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Politique de l’immobilité

jeudi 11 septembre 2008, par Michel Gheude

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Comme souvent en politique, un mot signifie exactement son contraire. Ainsi de la mobilité. Manifestement, pour le discours dominant, la mobilité idéale, la plus durable assurément, c’est l’immobilité.

Bruxelles a connu tous les excès de l’ouverture de la ville à l’automobile. Après le désastre urbanistique de la Jonction Nord-Midi, on a transformé la petite et la grande ceintures en autoroutes urbaines, on a défiguré à jamais l’avenue Louise et l’avenue de Tervueren, on a fait des percées, des tunnels, des viaducs sans considération pour les riverains, pour la beauté de la ville et pour la qualité de vie. À présent, toute vapeur inversée, il n’y a plus qu’une seule politique : freiner. Après avoir macadamisé, on revient aux pavés. Tant pis pour le bruit, l’inconfort et les amortisseurs. On parsème les avenues de casse-voitures, euphémiquement baptisés casse-vitesse. On installe à tout va des chicanes et des obstacles. On utilise les sens uniques non pour faciliter la circulation mais pour la drainer vers les grands axes embouteillés et interdire toute capillarité. On permet aux vélos de rouler à contre sens y compris dans des rues trop étroites pour faire se croiser un vélo et une auto. On diminue le nombre de bandes de circulation des grands axes. On élargit des trottoirs sur lesquels ne passe aucun piéton. Le résultat ? Une ville embouteillée du matin au soir. Du stress, de la fatigue, un immense temps perdu pour des centaines de milliers de personnes. Des ralentissements et des kilomètres de détour qui se traduisent par des millions de litres d’essence brûlés inutilement, de la pollution, du bruit. À contre sens de toutes les invitations à faire des économies d’énergie.

Cela s’appelle la dissuasion. Dissuasion, maître mot de la langue de bois du transport politiquement correct, se traduit en langage courant, par emmerdes, stress et retards supplémentaires. La dissuasion, c’est ennuyer une mère de famille par un réseau ubuesque d’interdictions et de détours quand elle cherche à conduire ses enfants de l’école à la piscine ou à l’académie de musique, à porter des courses à la grand-mère ou à passer chez le teinturier.

Les élus locaux justifient la fermeture d’une rue empruntée par des milliers de personnes par la tranquillité retrouvée de quelques riverains pour la simple raison que ces riverains votent dans la commune tandis que ceux qui circulent viennent des communes voisines. Mais bien sûr, ces derniers font la même chose chez eux. Ainsi chacun paie le calme qu’il obtient dans sa rue par un lot d’embouteillages et de temps perdu dès qu’il sort de chez lui. Idem avec le parking. On réclame des cartes de riverain pour pouvoir mettre sa voiture devant sa porte mais comme on fait la même chose partout, il devient impossible de parquer ailleurs que chez soi.

À cela, il faut ajouter, à l’occasion des 20 kilomètres ou de la journée du patrimoine, des journées sans voiture, présentées comme des fêtes conviviales, qui constituent en fait de véritables assignations à résidence. Des dizaines de milliers de personnes qui se trouvent à l’intérieur de la boucle ne peuvent en sortir ni en voiture, ni à vélo, ni à pied : aller voir sa vieille mère à l’hôpital, faire une course en ville ou une promenade en forêt sont interdits par des kilomètres de barrière et des centaines de policiers.

En bonne idéologie, la dissuasion rime aussi avec des promotions sans queue ni tête. Un professeur qui va à l’école en tram n’est pas dédommagé si son trajet est inférieur à 5 km mais s’il y va à vélo, il est remboursé de frais qu’il n’a pas exposés. A l’infirmière qui a des horaires coupés, on propose sans rire un abonnement de tram gratuit si elle abandonne sa voiture mais comment se passerait-elle de voiture quand il lui faut, quatre fois par jour, trois trams pour rejoindre son travail ? Et que fait-elle quand le bureau de poste voisin est supprimé, que le plus proche est désormais à 25 minutes à pied et que le transport en commun qui permettrait d’y aller est à dix minutes à chaque bout du trajet ?

Il ne s’agit pas de faire l’apologie de l’auto. C’est un moyen de transport du 19e siècle, cher, bruyant, polluant, encombrant et dangereux. Même s’il peut être plaisant d’avoir une belle voiture, la plupart des gens ne dépensent pas son coût mensuel exorbitant pour le plaisir mais parce qu’ils ne peuvent pas faire autrement. Leur souci est de se déplacer avec leurs enfants le plus aisément possible et de faire un maximum de choses en un minimum de temps. Ils attendent des pouvoirs publics qu’ils prennent des mesures qui les aident à mieux vivre et non qui font du moindre déplacement une galère. Avec ou sans voiture, le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est mal parti.



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Les derniers commentaires

  • Politique de l’immobilité

    par Lemaire Paul (IP:xxx.x9.73.75) - 25 octobre 2008 01:12

    Savoureux ce texte et bien croqué.
    Enfin deu bon sens et du réalisme.
    Que dire de Charleroi, et même des petites villes comme Couvin.
    A croire que l’immobilisme est devenu est devenu notre devise ...
    Mais il est vrai que nous sommes un vieux continent enkilosé, avec de vieilles habitudes et qui se contente de se laisser vivre (et bien souvent dépasser). Nous avons en RW accepté Namur (la cité du Lumeçon) comme capitale. Alors c’est tout dire.
    Faudrait peut-être se souvenir que l’être humain, par nature, est fait pour la rencontre de l’autre, l’ouverture ... et non le repli sur soi. La mobilité se justifie par l’âme nomade qui inspire notre civilisation depuis Abra(ha)m.
    Freiner cet élan et et vouloir se calfeutrer, chacun chez soi, dans nos petits mondes étriqués conduit à la tombe. Et mourir par étouffement n’est sans doute pas la plus belle des morts.

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