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Voir en ligne : http://blog.pickme.be/2010/12/10/18... Le compteur qu’affiche imperturbablement la RTBF sur son site vient de passer la barre des 180. Six mois qu’on a voté. 180 jours sans gouvernement de plein exercice. Et rien à l’horizon, que la route qui poudroie et la troupe qui merdoie. Mais la rue reste calme. La classe politique, toute la classe politique a démissionné. Et tout le monde s’en fout. Les extraits de rôle arrivent quand même dans les boîtes aux lettres. Les pensions sont encore payées. On expédie les affaires courantes. Coulantes. Gluantes. Sans les lamentables pitreries de qui l’on sait, on se réjouirait presque que le gouvernement belge ait eu tout le temps de se consacrer aux affaires de l’Europe. La querelle actuellement en cours est obscure, d’autant qu’elle se déroule à huis-clos. Elle porte sur la façon de parvenir à la « responsabilisation » et à l’autonomie fiscale des régions. Elle n’en est pas moins fondamentale car elle concerne la portée et l’ampleur des réformes à mettre en œuvre. Pour ses détracteurs flamands (N-VA et CD&V) la méthode des crédits d’impôts préconisée par la gauche (verts et socialistes, plus les humanistes francophones) n’est qu’un relookage de la vieille technique des dotations; pour ladite gauche, le recours ausplit-rate n’est qu’un artifice pervers en vue de démontrer l’impraticabilité du fédéralisme belge.
Je me garderai bien d’opiner dans un sens ou dans l’autre, il faudrait pour cela des éléments d’appréciation que nous, l’opinion, nous n’avons pas. « Eux » non plus d’ailleurs, c’est probable. Mais qu’ils n’arrivent pas à s’entendre là-dessus démontre bien que la bagarre se situe d’abord au niveau de la perception: ces gens ne s’imaginent toujours pas en partenaires d’une future coalition, ils se voient en adversaires, sinon en ennemis d’une « guerre froide ». Ils se méfient maladivement les uns des autres. Si ça ne change pas, il finira sans doute bien, de… guerre lasse, par y avoir un fantôme de gouvernement, contraint par les circonstances, avec ou sans de nouvelles élections. Un gouvernement qui durera ce que durent les roses et dont on ne retiendra que les épines. Un gouvernement passe-temps, avec pour seul programme de nous conduire à la prochaine crise, son unique échéance. Cela seul me paraît démontrer qu’il est un point au moins sur lequel la N-VA, la partie du CD&V rangée derrière Kris Peeters et une poignée de Wallons ont raison: il faut une rupture dans le processus de réforme de l’Etat belge. Un changement de méthode. Une révolution copernicienne. Repartir d’une page blanche. Tirer un trait sur quarante année d’errances et de bricolages improbables. Ce qui, dans la configuration actuelle des forces politiques, paraît impraticable. Je l’ai déjà écrit mais je le réécris: cette situation est la même que celle de la IVe République française avant mai 58. Mais sans De Gaulle. Je ne crois pas aux hommes providentiels. Mais bien aux procédures démocratiques. Celles qu’on utilise pour ne pas résoudre cette crise ne le sont plus. Ce ne sont que processus opaques et caucus particratiques entre usurpateurs de la légitimité démocratique. Dans notre système, celle-ci réside au parlement. Que le Roi, puisqu’il est constitutionnellement le chef de l’Etat, abandonne donc l’idée saugrenue de désigner des informateurs, médiateurs, conciliateurs, explorateurs, préformateurs et autres temporisateurs généralement très quelconques. Qu’il mène ses consultations et charge, de préférence au sein de la représentation parlementaire, un candidat premier ministre investi de la double mission de constituer une équipe et de se présenter dans les quarante jours devant la Chambre pour y demander la confiance, avec ou sans l’approbation des bureaux et congrès de partis. Ça passe, ou ça casse. Si ça casse, on recommence le processus avec un autre candidat à la direction des affaires du pays. Jusqu’à ce que ça passe ou que le parlement se saborde pour retourner devant l’électeur. Il faut mettre les élus devant leurs responsabilités. Chacun avec sa conscience, devant le bouton vert du « oui », le bouton rouge du « non » et le bouton blanc de l’abstention. S’il faut retourner devant l’électeur, on saura au moins qui a voté quoi, et pourquoi. Au lieu que si l’on retourne aux urnes dans quarante jours ou dans trois mois, chaque parti aura le loisir de maquiller la vérité à ses couleurs: personne aujourd’hui ne sait de quoi ils discutent, derrière les volets clos. On sait seulement que personne n’a le courage de « tirer la prise », parce que ce serait se désigner comme responsable de la crise. Profitons-en et forçons les élus à prendre position pour ou contre un gouvernement constitué en dehors de leurs partis. Ce ne serait que revenir à l’essence de la démocratie parlementaire dont il faut bien constater qu’elle s’est évaporée dans la particratie. C’est fou, je sais. Ongezien. Mais quoi d’autre? Ce pays ne meurt pas de l’affrontement entre deux communautés qui ont des vues divergentes. Pas seulement. Il meurt aussi et surtout de la particratie souveraine. Et arrogante, en plus, dans son impuissance. Les derniers commentairesLaisser un commentaire |
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