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27 avril, une date Arc-en-Ciel : Ayoba !

mercredi 27 avril 2011, par Eric Bruckmann

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Ce mercredi 27 avril, j’ai hissé le drapeau Sud Africain sur la façade de ma maison. Un drapeau qui flotte tel un arc-en-ciel, porteur d’espoir pour ceux qui luttent contre la discrimination idiote. Aujourd’hui, c’est « The Freedom Day », fête Nationale en Afrique du Sud.

 



 
C’est en effet le 27 avril 1994 que les premières élections libres ont eu lieu en Afrique du Sud. C’était aussi un 27 avril (1950) que le Group Area Act entérinait la mise en œuvre formelle de l’Apartheid.

 Le sport, encore une fois, fédérateur

 Lors de mon passage en Afrique du Sud en 2010, j’ai eu l’occasion de parler à beaucoup de Sud Africains. Nous étions même sensés rencontrer Nelson Mandela mais la maladie et la perte de sa petite fille dans un tragique accident n’ont pas permis cette brève rencontre. Vous voyez, y a pas que le Prince Laurent qui fait des trucs sans en parler à Leterme I… Une chose est certaine, tous les Africains du sud aiment leur Pays. Pourtant, il subsiste des différences de mentalités assez marquées entre les blancs et les noirs que j’ai pu rencontrer.

 Tout d’abord, les blancs que j’ai rencontrés ont pour la plupart exprimé que depuis qu’ils ne dominent plus la vie politique, le pays est à la dérive économique, que le gâchis est une constante, que les luttes tribales minaient la politique et que l’actuel président (Jacob Zuma) n’était pas  un véritable homme d’Etat. Pourtant, je n’ai jamais senti de réelle amertume ou de réelle expression raciste dans leurs propos. La différence est sans doute un nuance entre « depuis que les noirs dirigent, c’est le chaos » et « depuis que nous ne dirigeons plus, c’est le chaos ». Comprenez : « ce n’est pas parce qu’ils sont noirs que c’est le chaos mais c’est une réalité que nous sommes écartés des décisions ». C’est un peu ce que De Wever reproche aux francophones, peut-être à raison, non ?

 Cette nuance est très importante parce que certains blancs accusent la communauté noire d’être devenue raciste à son tour par le biais de l’Affirmative Aksie ou Discrimination positive. En effet, être noir donne beaucoup d’avantages et empêche certains blancs d’accéder à certaines positions, ce qui a appauvri le Pays en termes de main d’œuvre mais aussi en termes de capitaux puisque beaucoup de blancs sont partis en Angleterre, en Australie ou aux USA pour exercer leur profession avec moins de barrières. Sans doute ont-ils raison sur le fond mais tout de même, les blancs ne sont pas persécutés comme les noirs l’ont été et c’est la sans doute la plus grande œuvre de Nelson Mandela : la réconciliation. Le gouvernement Sud Africain actuel a reconnu les effets néfastes de la discrimination positive et met de nouvelles mesures en œuvre pour essayer de faire revenir au Pays ceux qui se sont exilés.

 Pour comprendre la portée et l’importance de cette notion de réconciliation, je vous conseille vivement de voir le film Invictus qui relate la première coupe du monde de rugby à laquelle les Springboks (équipe nationale) ont pu participer, en 1995. C’était aussi la première fois que l’Afrique du Sud organisait le tournoi. Morgan Freeman et Matt Damon sont magistraux dans ce film.

 Cette référence au rugby est un détail qui a toute son importance : en Afrique du Sud, on dit que le rugby est le sport des blancs tandis que le foot est le sport des noirs. La Coupe du Monde 2010 était donc très importante pour les bafana-bafana (équipe nationale) pour la population Sud Africaine mais aussi pour l’Afrique tout entière. En tant qu’amateur de foot (même si davantage de rugby…), je peux vous dire que sur place, l’organisation ainsi que l’engouement de la population pour cet événement planétaire ont été exceptionnels et l’Afrique du Sud a prouvé au monde entier que l’Afrique pouvait relever les grands défis qu’on lui prête impossibles.

 C’était bizarre pour moi de voir des blancs avec le maillot des Springboks dans les pubs et les noirs avec le maillot jaune des bafana-bafana. Mais tous ensemble, ils restaient Sud Africains.

 Moi, je porte les deux maillots dès que la météo le permet. Indifféremment.

 Each One Teach One

  Je reviendrai dans un autre billet sur ma visite à Robben Island, lieu de détention durant 27 ans de Nelson Mandela. Je n’aurai sans doute pas le même talent qu’Argoul pour vous faire voyager mais ce sera écrit avec le cœur.

 Parallèlement à ce que je viens de relater à propos de la communauté blanche, je voulais évoquer ce qui a permis aux prisonniers de tenir là-bas et qui a construit la Nation Sud Africaine Nouvelle : l’éducation. La devise « Each One Teach One » était celle des prisonniers de Robben Island. Lorsqu’on est un sous homme, traité comme une bête, sans respect, sans confort, sans considération et avec mépris, la seule chose qui vous différencie d’un animal, (outre le rire et on peut comprendre que ce rire soit étouffé par le silence des matraques) c’est le savoir. « Que chacun apprenne à un autre ». N’est-ce pas là le vrai salut d’une Nation plutôt que l’évolution des indicateurs économiques ?

 Du côté de Rustenburg, au Nord de Prétoria, les Bafokeng, la population dont un Roi est le leader, l’a compris mieux que personne. Lorsque l’Apartheid est aboli, les Bafokeng ont réclamé une partie des revenus des nombreuses mines de platine de la région. Ils l’obtiennent… et réinvestissent la plupart de ces revenus dans l’éducation !

 Inutile de vous dire que j’ai adoré ce Pays et que je voulais profiter de l’occasion de cette fête Nationale pour vous faire remarquer quelques similitudes entre Mon Pays et celui-là :

 -       Apartheid : il est des endroits où l’on ne peut construire une maison si l’on n’appartient pas à la bonne communauté. Là-bas, ce n’est plus le cas, en Belgique bien.

-       Multilinguisme : il est interdit de parler le français dans certains endroits et il est compliqué de décréter que trois langues nationales doivent être administrativement égales dans un Pays de 10 millions d’habitants. Là-bas, ils ont onze langues officielles pour 50 millions d’habitants. Et ça marche. Ca marche tellement bien que l’Afrique du Sud adoptera bientôt la langue des signes comme douzième langue. Ici, on appelle là-bas « la brousse ».

-       Discrimination positive : l’enseignement de la communauté française mais aussi une large partie de la vie sociale est axée autour de ce concept qui a montré ses limites là-bas et qu’on continue à financer ici. Avec toutes les inepties et les dommages au développement de la société. Aurons-nous l’humilité d’apprendre des erreurs des autres ou allons-nous continuer à nous sentir supérieurs ?

-       L’enseignement : si la discrimination positive a engendré un cercle vicieux de nivellement par le bas de l’éducation publique rendant une éducation correcte dans des écoles privées très coûteuses (jusqu’à 10 000EUR par an et par enfant pour l’enseignement primaire…), l’Afrique du Sud et son Each One Teach One a compris que seul un enseignement massif pouvait élever la Nation. Ici, non seulement la discrimination positive persiste mais en plus, on préfère dépenser des moyens dans des structures de réseaux plutôt que dans l’éducation des jeunes. Pendant ce temps, nos F-16 bombardent la Lybie, sans doute pour préserver la démocratie sous couvert d’un gouvernement illégitime pour engager la Nation dans une guerre.

 Et ces « arrièrés » d’Africains, eux, ils ont un gouvernement… dingue, non ?

 Comme vous le voyez, nos problèmes et les leurs présentent un certain parallélisme. Mais les yeux fixés sur nos petits problèmes, on oublie de regarder ailleurs… comment les vrais Hommes d’Etat comme Mandela ont unifié leur Nation plutôt que de la diviser comme nos pseudo-représentants ont été occupés à le faire durant plus de trente ans. Et malgré la cruauté de l’Apartheid, la diversité culturelle et l’idiotie de la discrimination positive (comment peut-on prôner l’égalité et favoriser celui qui veut être égal ?), leur Nation grandit. La réconciliation et l’enseignement sont les clés de notre avenir car l’avenir de la Nation est sa jeunesse, pas sa rancœur.

 Alors, Ayoba, qu’est-ce que ça veut dire, me direz-vous ? Je l’ai demandé à mon pote Pimani. Il m’a répondu ceci :

 « Ayoba, it means… Good, man… this is great… what a good day… This is it, man… Good Deal… Wonderful… Nice stuff… I am happy… I like it… Be cool, man… » et je vous épargne les quelques autres traductions… Ayoba, c’est un état esprit, on ne le traduit pas, on le vit. Comme un Pays.

 



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Les derniers commentaires

  • 27 avril, une date Arc-en-Ciel : Ayoba !

    par Personne (IP:xxx.x91.217.94) - 9 mai 2011 09:04

    Nous n’avons pas du aller dans les mêmes coins de l’Afrique du Sud !
    Je suis allée notamment à la capital et notre sécurité n’était pas assurée. Dans la brousse comme vous l’appelez non plus !
    On nous déconseillait de sortir seuls. Les blancs sont considérés comme des riches et des proies aux meurtres. Et cela date de 2005, donc 5 ans avant vous. Je ne pense pas que les mentalités aient changés en si peu de temps.
    C’est comme dans chaque pays (L’Afrique du Sud est un pays à la superficie beaucoup plus grande que le notre), il y a des bons côtés et d’autres moins bons.
    Je suis certaine que ceux qui commercent avec les blancs les respectent, les gens pauvres (à cause des ignobles blancs) le détestent. Voilà la réalité

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    • 27 avril, une date Arc-en-Ciel : Ayoba !

      par Eric Bruckmann (IP:xxx.x8.160.144) - 9 mai 2011 10:05

      Je n’ai jamais dit que c’était le paradis mais je ne peux parler de ce que j’ai vu. J’y suis allé avec un très mauvais préjugé et ça s’est très bien passé.



      C’est vrai qu’à Johannesburg, on a voulu aller au centre ville à pied et on nous a conseillé de prendre un taxi. C’est vrai aussi qu’on a traversé des quartiers qui ne rassuraient pas. Mais ce n’était pas aussi effrayant que j’imaginais.



      Dans les autres endroits, je ne me suis jamais senti en insécurité : Kimberley, notamment, où les gens étaient vraiment sympa dans la rue. Dans les petites villes, en tout cas, ce n’était pas comme à Jobourg. Par contre, étonnamment, Le Cap était exceptionnel et là, à deux, on s’est balladé partout sans problème, sans se sentir particulièrement en danger.



      Il est vrai aussi que le contexte particulier (la coupe du monde de foot), beaucoup a été fait au niveau de la sécurité et de grandes campagnes ont été menées pour essayer de donner une bonne image du Pays, ce qui n’était pas le cas en 2005, je présume.



      A vrai dire, à part à Johannesburg, on se sent plus en insécurité à Liège... j’y ai vécu des choses que je n’ai jamais vu là-bas (en un très court séjour, bien sûr !). C’est juste qu’on nous dresse un tableau très sombre de ce pays et je n’ai pas confiance dans les médias.



      En ce qui concerne les blancs, je suis certains que ça n’a pas changé. Comment cela pourrait avoir changé ? Il y a des bidonvilles à perte de vue où la misère est vraiment choquante, touchante... si je ne peux justifier ce sentiment anti-blanc, je peux comprendre le processus de pensée qui consiste à remettre les problèmes sur le dos des blancs. Faut bien que ce soit la faute à quelqu’un. D’ailleurs, ici, c’est pareil : quand quelque chose ne va pas, il est facile de faire croire aux gens que c’est à cause des étrangers. Les étrangers, ce sont les blancs... et il se fait qu’ils sont riches. C’est d’ailleurs curieux que les noirs disent souvent qu’ils n’aiment pas les blancs parce qu’ils sont riches mais qu’ils ne s’en prennent jamais aux riches noirs...



      Et comme vous dites, partout il y a des bons et des moins bons côtés....

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  • 27 avril, une date Arc-en-Ciel : Ayoba !

    par Eric Bruckmann (IP:xxx.x32.83.10) - 18 juillet 2011 07:48

    Happy Birthday, Mr Mandela !

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