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Voir en ligne : http://blog.pickme.be/2010/10/12/a-... Monsieur le Président, Je vous fais cette lettre que vous lirez peut-être si vous avez le temps… Quoique francophone, je suis de ceux qui pensent que vous êtes un homme honnête et sincère, avec vos qualités et vos défauts. Comme moi. Vous poursuivez des objectifs politiques qui ne sont pas les miens. Je veux essentiellement parler là de l’indépendance de la Flandre. J’ai toutefois bien compris qu’il s’agissait pour vous d’un idéal dont vous savez qu’il ne pourra éventuellement être approché, un jour, que dans le cadre d’une Europe unie. C’est votre choix. En attendant, hic et nunc, nous sommes vous et moi citoyens d’un Etat que vous n’aimez pas et dont les citoyens vous ont conféré une légitimité électorale, certes relative, mais qu’aucune autre ne surpasse aujourd’hui puisque vous êtes à la tête du parti qui a obtenu le plus grand nombre de suffrages. Fort bien. Vous avez ainsi la responsabilité morale de faire en sorte que ce pays soit gouverné. Cela ne dépend évidemment pas que de vous. Mais sans vous, ce ne sera pas possible, à moins de considérer que les Flamands ont « mal voté » le 13 juin dernier et qu’il convient de les rappeler aux urnes, dans l’espoir (probablement illusoire?) qu’ils changent d’avis. Vous devez donc rassembler une majorité. Une large majorité car on ne peut pas vous demander de mener une politique si différente de celle pour laquelle vous avez été élu qu’elle fasse l’impasse sur toute réforme de l’Etat. Nous y voilà.
Vos partenaires pressentis, les francophones surtout, vous reprochent de n’être pas assez souple et de refuser tout compromis. Je ne pense pas que ce soit le problème. Le problème, à mon avis, est que vous et eux, vous n’êtes pas encore arrivés à parler en même temps de la même chose. Eux, ils accepteraient éventuellement, du bout des lèvres, une sixième réforme de l’Etat qui s’inscrive dans la ligne des cinq précédentes. Vous, vous proposez de changer de paradigme. On peut appeler ça comme on veut mais disons pour simplifier – et même si vous ‘aimez pas trop le substantif car vous n’êtes pas « révolutionnaire » – qu’il s’agit d’une « révolution copernicienne. Un compromis « à la belge » entre ces deux attitudes est impossible. Le choix est binaire. C’est l’un ou l’autre. Il n’y a pas d’option médiane. C’est un moment important dans l’histoire de notre Etat. Un choix déterminant. Si essentiel même qu’on peut se demander s’il n’appartient pas au peuple, directement, plutôt qu’à ses représentants. A l’échelle d’une collectivité aussi grande, je ne suis pas fort partisan des procédés dits de démocratie directe. Leur processus est trop souvent pollué par des considérations qui n’ont rien à voir avec la question posée. Mais peu importe. D’autres procédés sont envisageables pour faire échapper cette décision aux parasites ordinairement produits par la politique politicienne. Lesquels? Réfléchissons-y. Tenez, par exemple: la première Constitution du royaume n’a-t-elle pas été écrite par un Congrès national fondateur? Ce n’est qu’un indice parmi d’autres sur la piste d’une formule qui reste à mettre au point. L’essentiel, c’est d’arriver, au terme du processus, à ce que la nation décide de la voie à suivre. Ne vous récriez pas tout de suite: je sais bien qu’à vos yeux, la « nation belge » n’existe pas, ou plus. Mais ce n’est pas la question. Je n’entends ici le mot « nation » que dans le sens très concret de l’ensemble des citoyens d’un Etat. Et je dis bien de l’ensemble. Pas d’une de ses composantes avec ou contre une autre. Ce choix ne peut être fait, par chacun, individuellement, qu’en conscience et en toute connaissance de cause, comme un jury d’assises décide collectivement de la culpabilité ou de l’innocence d’un accusé au terme d’un débat contradictoire. Vous commencez à voir où je veux en venir? J’ai fait un long détour, c’est vrai, mais je crois que n’aboutirons à rien si la décision finale n’est pas prise par des hommes et des femmes bien informés et délibérant en conscience, sans être soumis à la ligne de leur parti. Vous dites, fort justement je crois, que nous sommes désormais deux démocraties dans deux pays. Monsieur Di Rupo, qui n’en est pas toujours à une contradiction près, le dit aussi entre les lignes quand il vous rappelle en vous faisant un gros doigt que c’est lui qui décide de ses partenaires et que vous devez vous occuper de vos oignons. Mais passons. Un choix comme celui que vous – et probablement une majorité de Flamands avec vous – proposez de faire ne pourra jamais être fait s’il est placé entre les mains de deux démocraties. Car que fait-on si le choix de l’une n’est pas celui de l’autre? On ne choisit plus? Cela conduit automatiquement au choix de l’une des deux et cela ne va pas. C’est d’autant plus vexant quand ce choix est celui d’une minorité de l’ensemble. La « majorité » se retrouve alors « opprimée ». C’est justement ce que vous reprochez à l’Etat belge. Mais ce que cela veut dire, c’est que vous allez devoir tenter de convaincre non seulement « votre » démocratie, mais aussi celle d’Elio Di Rupo et de Didier Reynders. Un avocat d’assises ne plaide pas devant la moitié du jury, l’autre étant condamnée à n’entendre que le ministère public. Or c’est bien ce qui se passe aujourd’hui en Belgique. En discutant avec les francophones que je rencontre, j’ai parfois bien du mal à les convaincre que la « révolution copernicienne », ce n’est pas la mort. Rien ne dit d’ailleurs que je ne me trompe pas. Mais debout sur ma caisse d’oranges, au coin de Hyde Park, il y a sans doute des concitoyens qui m’écoutent et qui discutent avec moi, mais il y en a aussi qui passent en haussant les épaules, d’autres qui me considèrent comme un marginal, un doux rêveur, un dingue sinon un transfuge qui abandonne la « cause francophone », et plus encore qui ne m’ont jamais vu ni entendu, sur ma petite caisse. Les francophones n’ont jamais vraiment pu entendre les arguments des Flamands, ils ne s’en font que des idées. Les Flamands ne connaissent pas non plus ceux des francophones et ils ne s’en font eux aussi que des idées. Vous savez pourquoi? Chez nous, c’est parce que trois présidents de parti se sont investis de la mission de penser pour quatre millions et demi de francophones. Ils « représentent » 70% du corps électoral francophone, c’est vrai. Ils ont aussi une légitimité. Ils doivent aussi intervenir, à armes égales dans le débat qui n’a pas encore eu lieu. Mais comme vous, comme moi, comme n’importe qui, ils ne sont pas parfaits, ils ne savent pas tout. Ils ont d’ailleurs eux-mêmes leurs intérêts personnels de présidents de parti, comme vous. Mais moi, je ne me satisfais pas que dans une affaire comme celle-là, ils décident pour moi, sauf le respect que j’ai pour eux. Je crois qu’on ne peut bien décider que si les francophones entendent la voix des Flamands, et les Flamands des francophones. Et des germanophones aussi, bien sûr. De tous les citoyens. Alors ce sera ma conclusion. Vous devez parler aussi aux francophones. Vous devez leur faire entendre la voix de la Flandre. Comme il faut faire entendre aux Flamands celle de la Wallonie, de Bruxelles, des cantons germanophones, de tout qui n’est pas Flamand. Ce n’est que comme ça qu’on arrivera à faire un choix qu’on pourra assumer en conscience. Oui, je sais, c’est « belge » et ça ne vous plaît peut-être pas.Vous vous en êtes abstenu jusqu’ici. Mais vous avez choisi de vous faire élire dans un parlement qui est encore fédéral, non? Vous ne vous renierez en venant plaider votre cause dans le Deep South. Vous pourriez même la faire avancer, qui sait? Et au bout du compte, on aura une décision qui aura été prise par cette fameuse « nation ». Bien à vous, Les derniers commentairesLaisser un commentaire |
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