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"Elio Di Rupo est maintenant complètement à genoux dans la neige. Il a tellement abandonné et fait de concessions que cela s'apparente aujourd'hui à une reddition totale". C'est en ces termes que le négociateur socialiste flamand Frank Vandenbroucke décrit la position actuelle du grand leader socialiste francophone. La revue théâtrale "Sois Belge et tais-toi" met en scène l'interminable succession de renoncements par les trois partis francophones présents à des négociations décrites par ailleurs sous le titre "De reculades en reculades" tandis que le président du Gerfa intitule son éditorial "Silence . . . On capitule!" En effet, honte oblige, la discrétion est un ingrédient requis pour ces renoncements, ces capitulations. Et c'est dans ce cadre qu'on serait à deux doigts d'un accord . . . Reste à aborder, très prochainement se murmure-t-il, les derniers sujets communautaires, notamment Bruxelles et BHV. Pour le financement de Bruxelles abandonnera-t-on la mendicité d'un refinancement visant à corriger les injustes et pitoyables accords antérieurs et, là où il est tant question d'autonomie fiscale et de régionalisation de l'impôt des personnes physiques, Bruxelles pourra-t-il imposer la perception de cet impôt sur le lieu du travail, conformément à un principe général, résoudre ainsi tous ses problèmes financiers et avoir la marge pour un accord financier avec la Wallonie qui permettra de convaincre celle-ci . Peut-on au moins sur BHV espérer des négociateurs francophones le refus d'une capitulation supplémentaire dont les effets seraient définitifs. Les 4 partis francophones étaient bien conscients du caractère absolument crucial de l'enjeu lorsqu'ils ont solennellement signé un accord le 29 mars 2007 s'engageant à ce que toute modification du statut de BHV comporte comme contrepartie l'élargissement de Bruxelles. Philippe Moureaux déclarait "Ouvrons les yeux sur la réalité flamande. Il faut obtenir l'élargissement de Bruxelles, un préalable.. . . Les francophones doivent se préparer au confédéralisme. . ." Et pourtant il semble qu'ici aussi les concessions seraient unilatérales puisque les ingrédients déjà esquissés seraient : scission, comme le veulent les Flamands, (plutôt que les autres formules tout aussi compatibles avec le fameux arrêt de la Cour constitutionnelle) contre diverses soit-disant contreparties dont le passé a parfaitement mis en évidence soit qu'elles sont des non-valeurs dès le départ, soit qu'elles sont ensuite remises en question : décrets, circulaires, wooncode, non-nomination de bourgmestres élus, « gifles », « loi du nombre », chambres flamandes, inspection scolaire, actions du TAK etc. . . ; même les facilités « bétonnées dans la Constitution » sont agressivement menacées et les droits humains élémentaires bafoués malgré condamnations des Nations-Unies, de la Commission européenne et du Conseil de l’Europe, et aux yeux scandalisés de l’étranger. Les dernières agressions flamandes devraient prouver aux plus aveugles des Francophones que l’élargissement démocratique de Bruxelles est la seule solution à la protection des droits des Francophones, la seule contrepartie envisageable à la scission de BHV. Même Madame Myriam Delacroix, la si conciliante bourgmestre de Rhode-Saint-Genèse, avait déclaré après tous les excès flamands que maintenant pour elle - et donc pour ses administrés - la seule solution envisageable était l'entrée dans la Région Bruxellois. Demain, alors que le cdH l'a emmenée à la Chambre, Madame Delacroix sera-t-elle "invitée" par Joëlle Milquet à voter la scission de BHV sans élargissement, ce qui ferait sortir Myriam Delacroix de la circonscription qui l'a élue et priverait ses administrés des protections que leur bourgmestre, maintenant député, s'était engagée à défendre ? Ce qui est demandé par les partis flamands n’est pas en réalité la « scission » de BHV, mais bien l’amputation de l’arrondissement électoral et judiciaire bruxellois actuel de 35 communes pour joindre ces communes à un arrondissement flamand, celui de Louvain-Brabant flamand, et d'amputer ainsi le territoire électoral et judiciaire de Bruxelles de communes qui en font partie depuis la fondation de la Belgique, pour élargir le territoire électoral et judiciaire flamand. Il y aurait donc bien élargissement flamand et amputation de Bruxelles et non scission. De leur côté les Francophones souhaitent légitimement l’inclusion dans la région de Bruxelles de celles de ces communes ou quartiers de communes dont un vote démocratique exprimerait la volonté. Il s’agit ici également d’élargissement, en l’espèce du territoire régional bruxellois. Cet élargissement régional de Bruxelles est la contrepartie de l’élargissement électoral et judiciaire de la Flandre. Le diktat flamand - ce qui est à moi, la "territorialité" régionale flamande, n'est pas négociable; ce qui est à toi, la "territorialité" électorale et judiciaire de Bruxelles-BHV, est négociable - a un objectif clair : établir une frontière qui ouvre une voie royale à ceux qui veulent l’éclatement du pays, à leurs conditions et dans les frontières qu’ils veulent en prélude à l’absorption de Bruxelles par la Flandre et à la réalisation sur le terrain de la carte dessinée par l’office flamand du tourisme pour son invitation new-yorkaise. Bart De Wever, dont les sondages prouvent la popularité croissante en Flandre, vient encore de déclarer "Je n'ai aucun doute sur le but, il n'y a que la manière de l'atteindre à propos de laquelle je peux douter." Ce but c'est bien évidemment l'indépendance de la Flandre, article premier du programme de la N-VA, l'éclatement du pays, que prévoyait Elio Di Rupo lorsqu'il a invité les Francophones à "se préparer à une inéluctable sécession de la Flandre . . . car il arrivera un moment, même si on ne le souhaite pas, où la Flandre voudra voguer de ses propres ailes . . . Dans ces conditions, les Francophones peuvent-ils sérieusement admettre des concessions qui se retourneront contre eux dans 5, 10 ou 15 ans, au moment du partage de l'Etat belge ?" De son côté Madame Milquet déclarait à propos de l'accord prévoyant l'élargissement de Bruxelles qu'il s'agissait d'engagements essentiels "parce que l'élargissement de Bruxelles n'est pas qu'un problème purement communautaire : il y va aussi de l'équilibre dans le pays . . . " Que penser alors de négociations qui paveraient la voie à un tel aboutissement dans des conditions critiques pour les Francophones et, en tout premier lieu, les Bruxellois ? Peut-être, lassés après six, sept, huit . . . mois d'incroyables négociations, se trouverait-il des Francophones pour applaudir un tel accord. Qu'ils entendent alors l'écho de Daladier rentrant de Munich en 1938 qui, devant les applaudissements reçus à l'arrivée, confie à son bras droit "Les pauvres c. . . s'ils savaient ce qu'ils applaudissent !". Daladier aussi s'était mis à genoux dans la neige . . . Laisser un commentaire |
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