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Ambivalence ou ambiguïté : les paradoxes de l’éolien industriellundi 27 octobre 2008, par guido 4 réactionsLe lobby éolien entretient savamment la confusion entre KYOTO 1 (réduction des gaz à effet de serre) et KYOTO 2 (quotité de renouvelable), en faisant croire à l’ambivalence de l’éolien industriel, alors qu’il s’agit d’une énorme ambiguïté.
Très rapidement quelques chiffres : les émissions de CO2 imputables à la production d’électricité en Belgique représentent grosso modo 15% du total. La production éolienne représentant 2% de l’ensemble des vecteurs de production d’électricité, la potentialité de réduction des GES est donc de trois millièmes de l’ensemble des émissions. Mais tous les énergéticiens savent que cette valeur théorique doit être corrigée à la suite de l’intermittence et de ses corrections en matière de back-up thermique. Ni le nucléaire, ni l’hydraulique ne sont capables d’intervenir rapidement. Rappelons qu’en vertu de la loi de Betz une chute de la vitesse du vent de 10% se traduit par une chute de la production de 30%. Seul le thermique (TGV, gaz, fuel, charbon) peut fournir une correction instantanée avec pollution consécutive (de 456 à 1000 gCO2/KWh). Les études européennes montrent que, pour l’ensemble de la production décentralisée d’origine éolienne, la quotité de thermique en stand-by varie de 5% à 29% (dépendant du taux de pénétration de l’éolien). Même à du 5%, le pouvoir dépolluant de l’éolien descend à moins de vingt-neuf dix millièmes. Mais il y a également la dynamique de l’intervention et la variation brutale du taux de charge du back-up thermique. C’est un peu comme la consommation d’une voiture, qui, sur autoroute, est de 6l/100km et qui en cas d’accélération brutale monte à du 20l/100km. Même si cette dynamique chaotique ne cause que 30% d’augmentation des GES, le résultat sur le pouvoir dépolluant de l’éolien se réduit à moins de vingt dix millièmes ! Rappelons tout simplement, sans se perdre dans des chiffres toujours discutables, que l’effet d’un dimanche sans voiture tous les mois, représente une réduction de GES quatre fois supérieure à celle des parcs éoliens belges en une année !
On ne peut donc pas parler d’un apport significatif de l’éolien industriel en matière de réduction des GES.
En revanche, le second volet de l’ambivalence éolienne est bien réel. Pour qu’en 2020 nous atteignions notre quota de consommation de renouvelable (pas de production, mais de consommation !) de 13%, l’éolien a donc un rôle à jouer puisque la biomasse est relativement limitée, le photovoltaïque pas encore suffisamment entré dans les mœurs, et l’hydraulique plafonne. On a donc intérêt à un développement éolien « efficace », c.à.d. offshore, et non une prolifération anomique on-shore comme en Wallonie. Citons le Ministre Paul Magnette : « "Vu les limites du potentiel de développement de l’éolien sur terre, tant en Région flamande qu’en Région wallonne, le Plateau Continental belge (de compétence fédérale) offre un potentiel important pour l’implantation de parcs éoliens offshore. Le développement attendu de l’éolien offshore jouera un rôle important dans le développement global des énergies renouvelables en Belgique… ». Le seul développement éolien intelligent est donc l’off-shore.
Il est attristant de constater qu’à la suite de la perfidie de l’intox du lobby éolien, des citoyens de bonne foi croient encore que l’éolien industriel joue un rôle important en matière de réduction de GES (c’est faux !) et qu’il faut faire le sacrifice d’en admettre chez soi (c’est faux !).
Au-delà des seuls jugements subjectifs quant à l’esthétique d’une éolienne, il convient d’analyser son effet paysager et sociétal, sachant que nous vivons dans un état de droit où le citoyen est sensé être respectueux des lois et décrets. Il y a tout d’abord la Convention de Florence sur le Protection du Paysage. Toute implantation éolienne doit être évaluée eu égard à cette Convention, qui a été ratifiée par le Parlement wallon et implémentée en droit wallon. Ensuite le CWATUP, et la jurisprudence en matière d’aménagement du territoire.
Citons quelques éléments de cette jurisprudence : « Considérant, quant à l’impact visuel du projet, qu’il convient de rappeler que l’article 1er du CWATUP impose à la Région wallonne de veiller, dans le cadre de ses compétences, à la conservation et au développement du patrimoine culturel, naturel et paysager ;
Ou encore : « Considérant, …que de plus, la Région a ratifié, le 20 décembre 2001 la Convention européenne du Paysage, laquelle impose également, notamment, de prendre en considération la dimension paysagère de toute demande de permis… »
Ou encore : « Considérant, en conclusion, que le parc projeté ne peut être autorisé du fait de la pression qu’il exercerait sur le paysage en cause, caractéristique du Condroz et de qualité ; que la condition de respect, structuration ou recomposition des lignes de force du paysage énoncée à l’article 127, § 3 du CWATUP n’est pas remplie en l’espèce et que la dérogation au plan de secteur ne peut dès lors être octroyée »
Citoyens respectueux des lois et décrets, nous entendons que les promoteurs éoliens et les décideurs le soient également !
Faut-il rappeler que L’Académie française des Beaux-Arts juge, dans un "Livre Blanc" remarquable (2007), après consultations, que les éoliennes sont en "contradiction avec la tradition française d’harmoniser l’architecture avec le paysage".
Afin de "prendre part aux débats" sur les éoliennes, l’Académie a décidé de constituer un groupe de travail dirigé par Michel Folliasson, membre de sa section Architecture et composé d’Académiciens et d’experts français et étrangers. Elle conclut que "la confrontation de ces machines de 150 m de haut (...) avec les sites remarquables et les paysages de qualité est difficilement acceptable".
L’Académie demande, dans une lettre transmise fin octobre 2007 au Président de la République, de les interdire "dans les zones les plus sensibles" dont elle doit elle-même publier la liste et que, dans tous les cas, les autorités procèdent avant implantation à une consultation démocratique des populations concernées.
Nous avons tous une responsabilité commune dans la manière dont nous gérons notre environnement. Si « développement durable » est un concept respectable, celui d’« environnement durable » l’est tout autant. Que penseront les générations futures d’un environnement mutilé à la suite de la déstructuration des paysages, causée par les éoliennes, dans notre belle Wallonie ?
La controverse au sujet des nuisances sonores est un bel exemple de l’adage léninien : mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose. C’est ce qu’applique assidûment le lobby éolien : « les éoliennes ne font pas plus de bruit que le doux murmure d’une petite rivière ».
Depuis 2002, l’expérience acquise en Belgique et dans les pays voisins a permis de voir plus clair dans certains aspects, et non des moindres, de l’incidence des éoliennes sur l’environnement en général et la santé des personnes en particulier. Le Cadre de Référence estime, dans son résumé des orientations reprises, au point 5 qu’à une distance de 350m il n’y aurait aucun impact au niveau du bruit[1].
A un moment où les maladies environnementales commencent enfin à être étudiées méthodiquement et que l’on y constate l’omniprésence du bruit (avions, camions, motos, voitures, machines, etc.) le rapport de l’Académie française de Médecine (23 mars 2006) vient à point nommé pour révéler l’apport de l’éolien dans les nuisances sonores[2]La conclusion de ce travail de groupe est de recommander fortement qu’aucune éolienne ne soit implantée à moins de 1500m d’une habitation.
On peut donc estimer que la norme du Cadre de Référence est singulièrement dépassée, plus particulièrement en ce qui concerne les grandes éoliennes. La pollution sonore, infrasonore et stroboscopique et visuelle (flashes de balisage puissants) causée par les éoliennes que l’on implante un peu partout en Wallonie et dont la presse parle abondamment, engendre les maladies environnementales dont les symptômes sont désormais bien connus : gênes visuels, bourdonnements, insomnies, irritabilité, maladies dégénératives ou auto-immunes, allergies, syndrome de fatigue chronique...
Une très récente, mais fort médiatisée thèse de doctorat néerlandaise[3] sur les nuisances sonores d’origine éolienne, explique scientifiquement l’importante augmentation du bruit nocturne des grandes éoliennes. Alors qu’au ras du sol, et à 10m de hauteur, il n’y a pas de vent, des phénomènes météorologiques complexes font qu’il y en a à 100m de hauteur générant des nuisances sonores d’autant plus gênantes que le bruit ambiant diurne fait défaut. Ces bruits justifiaient les doléances des riverains jusqu’à deux km du parc. Parmi les conclusions de cette thèse nous pouvons lire « …eu égard au bruit des aérogénérateurs on peut affirmer qu’un phénomène important a été ignoré : celui du changement du vent après le coucher du soleil. Ce phénomène sera de plus en plus important compte tenu de la taille croissante des éoliennes et de la multitude des projets de parcs éoliens. Si ce phénomène n’est pas reconnu et résolu, il risque d’entraver sérieusement le développement de l’énergie éolienne ».
Un rapport récent (juillet 2006) de la UK Noise Association (Stewart, 2006) et qui intègre les résultats de la Première Conférence Internationale sur le Bruit Eolien de Berlin (octobre 2005), rejoint les conclusions de l’Académie française de Médecine et émet comme principale recommandation :
It would be prudent that no wind turbines should be sited closer than 1 mile away from the nearest dwellings. This is the distance the Academy of Medicine in Paris is recommending, certainly for the larger turbines and until further studies are carried out. There may even be occasions where, a mile is insufficient depending on the scale and nature of the proposed development.
En réponse à une lettre datée du 2 novembre 2006 (copie ci-annexée), attirant l’attention de Monsieur le Ministre Antoine sur les études récentes en matière de nuisances sonores, et du caractère obsolète de la norme de 350m, ce dernier nous a répondu en date du 20 décembre 2006 .
« Des études d’enquêtes de proximité ont été réalisées auprès de 4 parcs en fonction, tant sur des aspects paysagers qu’acoustiques et il en résulte qu’il n’y a pratiquement plus de nuisances perçues au-delà de 800 mètres ».
Il convient de signaler que les 4 parcs de référence concernent des petites éoliennes et non des aérogénérateurs de 152m de haut comme ceux qu’on tente d’implanter en Wallonie.
Plus près de chez nous, le Journal (belge) du Médecin d’Avril 2008 titrait :
« Selon plusieurs études, les parcs éoliens industriels ne sont pas sans effet sur la santé des riverains, jusqu’à une distance de deux kilomètres. Des médecins tirent la sonnette d’alarme »
Dans ce Journal, le cardiologue belge Marc Goethals (OLV-ziekenhuis Aalst), suivant de très près la problématique des nuisances nocturnes affirme :
« Le fait que, dans notre pays, on peut construire des éoliennes à une distance aussi proche des habitations est franchement délirant ».
La désormais célèbre pédiatre américaine Nina Pierpont[4], qui s’est spécialisée dans l’ensemble des effets néfastes sur la santé que provoquent les éoliennes et qu’elle appelle le « wind turbine syndrome » a conclu, devant le New York State Legislature Energy Committee en date du 7 mars 2006 que le respect d’une distance de 1,5 miles était nécessaire pour protéger la santé des citoyens contre les effets pervers de l’éolien industriel :
« To recapitulate, there is in fact a consistent cluster of symptoms, the Wind Turbine Syndrome, which occurs in a significant number of people in the vicinity of industrial wind turbines. There are specific risks factors for this syndrome, and people with these risk factors include a substantial portion of the population. A setback of 1.5 miles from homes, schools, hospitals, and similar institutions will probably be adequate, in most NY State terrain, to protect people from the adverse health effects of industrial wind turbines. »
Le prix à payer pour une modernité, douteuse par ailleurs, est peut-être inéluctable en ce qui concerne le bruit des avions et les ondes électromagnétiques des GSM, mais pas pour les éoliennes. Qu’on les mette en mer !
Sur le plan micro-économique, l’éolien industriel s’avère être un maître-achat de placement financier, certes, mais battant également tous les records d’absence d’éthique. Grâce aux certificats verts (CV), financés par un prélèvement sur la facture d’électricité des citoyens, et aux subsides multiples financés par la Région, le taux de rentabilité interne d’un projet éolien, sur 20 ans, est de 34%, au départ d’un apport de 25% de l’investissement et de 75% d’emprunt. Sur le marché correspondant, le prix actuel du CV est d’environ 92euros. Le producteur éolien reçoit donc, pour chaque MWh produit, une somme de 92 euros (CV) plus 15euros (prix payé par le distributeur). Une éolienne de 2MW (investissement : 2Meuros) à taux de capacité de 2000h/an garantit donc un cash-flow de 4000 x 107 = 0,428 Meuros/an. Au bout de 4,67 ans ce flow correspond à la valeur l’investissement. Aucun projet industriel n’a un tel return on investment.
Pas étonnant alors de voir apparaître des sociétés coopératives d’éoliennes citoyennes, qui font de la concurrence aux promoteurs habituels, et qui peuvent souvent compter sur solidarité d’une émanation de la commune ou d’une intercommunale.
Ces coopératives citoyennes promettent un revenu de 6% pendant 10 ans (à comparer avec le taux de rentabilité interne de 34% !). Comme la part sociale est de l’ordre de 500euros/sociétaire, pour un investissement de 10 éoliennes de 2MW, il faut réunir le quart de la somme, à savoir 5 Meuros. Comme on ne trouve pas toujours 10000 citoyens coopératifs, on fait appel à la commune. Ce qui est totalement répréhensible et anti-démocratique car amplifiant le clivage social. Alors que beaucoup de concitoyens ne savent plus payer leur note d’électricité, d’autres (les sociétaires de la coopérative) s’enrichissent sur leur dos avec la lamentable complicité de la commune ! Ce serait donc vrai ce qui disait le politologue allemand, qu’on vit dans une démocratie sans démocrates ?
Nous dénonçons avec véhémence l’attitude laxiste du Ministre Courard en cette matière. Ce dernier estime que « Le gouvernement wallon est sensible à la participation et à l’intégration des citoyens à ces projets. Des bénéfices intéressants peuvent en être retirés dont notamment en termes de participation citoyenne à des projets de production d’énergie propre (ouverture du capital à la commune ou aux citoyens) ». Cette réponse est intervenue à la suite d’une plainte introduite au sujet du comportement excessif du collège communal de Ciney qui, eu égard à un avant-projet éolien sur Ychippe-Reux non seulement faisait appel aux citoyens candidats sociétaires à qui elle promettait des ristournes sur la facture d’électricité, mais s’est également rendu coupable de rupture de neutralité dans une procédure de demande de permis unique en cours où elle n’est pas le demandeur. En vertu des dispositions du décret du 11mars 1999 la Commune doit, en toute indépendance, donner un avis sur le projet, compte tenu des résultats de l’enquête publique. Comment peut-on, dès à présent, alors qu’aucune enquête publique n’a encore eu lieu, anticiper sur un avis positif de la commune et de la décision des autorités compétentes ? C’est un délit de démocratie que d’ignorer la volonté des cinaciens en annonçant indirectement que l’avis de la commune sera positif, puisque c’est la condition sine qua non pour l’opération. Et le Ministre Courard de conclure : « j’estime qu’il n’y a pas eu transgression de l’éthique démocratique dans ce dossier ». Nul n’ignore que des communes ont été condamnées en justice pour avoir passé des commandes groupées de combustible au profit des citoyens. Et on trouverait normal qu’elle s’occupe de placements financiers groupés au profit de ses seuls citoyens nantis ?
[1] Cadre de référence pour l’implantation d’éoliennes en Région wallonne. 18 juillet 2002. Résumé des orientations reprises, point 5.
[2] CHOUARD. CH (2006) "Le retentissement du fonctionnement des éoliennes sur la santé de l’homme". Rapport adopté le 14 mars 2006 (Séance ordinaire) - 14/03/2006
[3] van den Berg G.P. (2006). “The sound of high winds : the effect of atmospheric stability on wind turbine sound”. PhD Thesis. Rijksuniversiteit Groningen. The Netherlands).
[4] Nina Pierpont, MD, PhD (2008). “Wind Turbine Syndrome :A Report on a Natural Experiment”. Santa Fe, NM : K-Selected Books) 100pp.
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