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Arnaud Montebourg, la germanophobie et le populisme de gauche

vendredi 2 décembre 2011, par Jean Quatremer


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Si cela avait été Marine Le Pen, je n’aurais pas écrit une ligne: flatter la haine de l’étranger fait partie de son fonds de commerce habituel. Mais là, il s’agit de l’un des responsables du PS français, un homme qui a fait un score plus qu’honorable lors de la primaire de son parti le mois dernier. Qu’a dit le chantre de la démondialisation, l’homme qui a voté non au traité constitutionnel européen, le socialiste qui verrait l’euro sombrer sans regret  pour susciter ce nouvel article sur sa personne ? Je ne vous fais pas attendre plus longtemps.

« La question du nationalisme allemand est en train de resurgir à travers la politique à la Bismarck employée par Mme Merkel », a-t-il déclaré cet après-midi lors de l’émission « Questions d’info » LCP/France Info/Le Monde/AFP. « Ça veut dire qu'elle construit la confrontation pour imposer sa domination », a-t-il poursuivi, « reprenant », m’apprend l’agence de presse Reuters, « une expression utilisée par les socialistes allemands à propos d'Otto von Bismarck, le fondateur de l'Empire allemand au XIXe siècle ». Bien chauffé, Montebourg a poursuivi : « Mme Merkel a décidé d'imposer à la zone euro un ordre allemand (…) C'est l'importation des exigences, des diktats allemands sur ce qui restera de la zone euro après avoir expulsé les pays qui ne peuvent pas s'en sortir ». Bref, c’est le retour du Reich, une nouvelle occupation allemande qui s’annonce.

 

Tout le reste de sa démonstration sur le modèle économique allemand, qui comporte pourtant des éléments intéressants, perd ipso facto tout intérêt. Invoquer les mânes de Bismarck, le fondateur du Reich allemand, c’est  flatter la germanophobie latente qui existe encore en France, exactement comme d’autres le font avec l’antisémitisme. On est même au-delà du sifflet à ultra-son qu’aimait utiliser Jean-Marie Le Pen lorsqu’il parlait de « point de détail » à propos du génocide. Dénoncer le « nationalisme allemand » est non seulement d’une bêtise sans nom, mais montre une profonde méconnaissance de l’Allemagne moderne, ce qui est, hélas, un trait largement partagé par la classe politique hexagonale. Il crache sa haine à coup de clichés nationalistes qui montrent que la réconciliation franco-allemande, qui date de 1950, n'a toujours pas réussi à pénétrer certains intellects.

Daniel Cohn-Bendit, celui qui a été qualifié en mai 68 par le PC "d'anarchiste allemand", coprésident du groupe vert au Parlement européen, élu alternativement en Allemagne et en France, a dit ce qu’il fallait dire : « Montebourg sombre dans le nationalisme au clairon qui ne sert qu'à raviver des sentiments qu'on croyait définitivement derrière nous. C'est du mauvais cocorico. Il fait du Front national à gauche ». De fait, Montebourg a clairement dépassé la ligne rouge de l’ignominie. Le populisme de gauche n'a pas grand chose à envier au populisme de droite dont il emprunte les codes.

Je précise, pour Montebourg, que ce billet n'engage que moi-même.Pas la peine, cette fois, de me dénoncer à ma hiérarchie. J'assume.



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