Devenez rédacteur
|
BHV "Pas touche au principe de territorialité"lundi 28 février 2011, par Philippe Duvieusart 3 réactions
C'est le message que M. Vande Lanotte vient d'adresser solennellement aux Francophones. Mme Onkelinx avait invité à "repartir de zéro" pour BHV. Puisque BHV est le point sur lequel on semble buter tout particulièrement, allons-y en essayant d'utiliser les mêmes principes de part et d'autre et sans se fermer la voie par des tabous , des "onbespreekbaar", ou des "faire vos valises" : 1. BHV est un arrondissement, une circonscription, un territoire électoral et judiciaire qui remonte à la fondation de la Belgique. Ce territoire réunit 54 communes dont 19 font actuellement partie de la Région de Bruxelles et 35, dont les 6 communes "à facilités", de la Région flamande. Le maintien de cet arrondissement électoral et judiciaire fut un élément essentiel pour consentir aux divers équilibres et accords de fixation des différentes frontières et territoires linguistiques, électoraux, judiciaires et régionaux. 2. Il est faux d'affirmer que la scission de BHV serait une exigence du fameux arrêt de la Cour constitutionnelle: les juristes ont maintes fois exposé que cet arrêt peut être appliqué de différentes manières qui ne requièrent nullement la scission de BHV. 3. La scission de BHV telle que demandée par les Flamands n'est pas une scission (splitsing) mais un élargissement du territoire de la Flandre électorale et judiciaire par adjonction de 35 communes de l'arrondissement électoral et judiciaire de Bruxelles Halle Vilvorde, et une amputation du territoire électoral et judiciaire de Bruxelles Halle Vilvorde d'où ces 35 communes seraient retirées. Tout en gardant en tête cette correction, nous garderons le terme scission en y accolant le terme amputation puisque le terme scission est improprement employé en négociations plutôt que les mots, exacts, d' "élargissement flamand" et d'"amputation bruxelloise". 4. Les Flamands veulent la "scission-élargissement", les Francophones, et tout particulièrement les Francophones de ces 35 communes - dont au moins 6 sont à très large majorité francophones - ne veulent pas cette "scission-amputation territoriale". Il y a donc positions contradictoires concernant une situation qui fait partie d'un équilibre négocié et formellement accepté auquel donc toute modification requiert l'accord des deux parties. 5. A la demande flamande de la "scission", donc d'un élargissement, répond la demande francophone d'un élargissement régional de Bruxelles auquel seraient jointes les 6 communes de BHV à majorité francophone (avec modalités appropriées concernant le régime judiciaire des 29 communes qui sortiraient de l'arrondissement judiciaire de Bruxelles). Cette position francophone a fait l'objet d'un engagement solennel dans l'accord signé par les 4 partis le 29 mars 2007, ainsi que par la déclaration des 25 bourgmestres (ceux des 19 communes de la Région de Bruxelles et ceux des 6 communes à facilités) du 7 novembre 2007, engagements formels qui excluent toute remise en cause (sans distinguer scission (amputation) de scission (amputation) pure et simple ou de toute autre formule ) de la situation de BHV sans l'élargissement de Bruxelles à ces 6 communes. Ces engagements ont été confirmés par des déclarations explicites tant de Mme Milquet que des leaders socialistes et MR ainsi que dans le Manifeste MR du 31 janvier 2010. 6. A la table de négociations où l'"on repart de zéro" arrivent donc les Flamands qui demandent la "scission" de BHV, donc un élargissement de leur territoire électoral et judiciaire aux dépens des Francophones, et les Francophones qui en réponse conditionnent toute remise en cause de BHV à l'élargissement régional de Bruxelles. Si les Flamands disent "élargissement : tabou, onbespreekbaar, faites vos valises (Mme Genez), pas touche", les Francophones doivent en toute logique répondre "scission : tabou, onbepreekbaar, faites vos valises, pas touche" car, comme tant M. Di Rupo que Mme Milquet et M. Javaux l'ont dit et répété, il serait inconcevable que ce que les Flamands demandent doive être accordé et que ce que les Francophones demandent ne puisse être accordé, ni même discuté. C'est d'autant plus vrai que les dernières années ont montré que toutes les autres contreparties sont soit sans valeur, soit remises en question et vidées de leur contenu à brève échéance : décrets, circulaires, wooncode, engagement de ratification de la convention-cadre pour la protection des minorités en échange de la régionalisation de la loi communale, non-nomination de bourgmestres élus, "gifles", "loi du nombre", chambres flamandes, actions du TAK, "screening linguistique", etc . . . ; même les facilités "bétonnées dans la Constitution" sont agressivement menacées et les droits humains élémentaires bafoués malgré condamnations des Nations-Unies, de la Commission européenne et du Conseil de l'Europe, et aux yeux scandalisés de l'étranger. 7. En conclusion "BHV on repart de zéro" : une concession francophone, la scission, l'élargissement du territoire électoral et judiciaire flamand, et une concession flamande, l'élargissement du territoire régional de Bruxelles. Si les Flamands exigent des concessions francophones sur ces deux points - une élargissement flamand et pas d'élargissement bruxellois, une amputation bruxelloise et pas d'amputation flamande - , que les Francophones proposent alors la mise au point et l'adoption d'une des réponses possibles à l'arrêt de la Cour constitutionnelle autres que la scission, et que l'on oublie et scission - élargissement territorial flamand - et élargissement territorial bruxellois : il s'agit d'une négociation et non d'une dictée flamande et l'on a suffisamment répété depuis huit mois la nécessité de compromis de part et d'autre. Un refus flamand signifierait alors clairement que du côté flamand on vise à établir, au mépris des droits humains élémentaires ainsi que des accords antérieurs, le tracé de nouvelles frontières et la délimitation nouvelle de territoires qui ouvrent une voie royale à ceux qui veulent la scission du pays, une vraie scission celle-là, à leurs conditions et dans les frontières qu'ils veulent pour isoler Bruxelles et, demain, l'étouffer et l'absorber. Concéder alors, au mépris des engagements solennels, serait se ranger parmi les fossoyeurs de la Belgique et les déserteurs de la défense légitime des Francophones.
Les derniers commentairesLaisser un commentaire |
?
Derniers articles de Philippe Duvieusart : Carton Rouge Professeur Uyttendaele ! Déclarations Wouter Beke ou Joëlle Milquet ? D'autres articles: BHVDes accords qui sonnent faux. (Pascal de Roubaix) Changement de langage, de registre géopolitique et mourir pour BHV ? (Claude Thayse) Elio Di Rupo propose un referendum dans la périphérie (Philippe Duvieusart) ScissionPourquoi la Belgique pourrait-elle éclater ? (Didier Lagasse de Locht) De la « modernité » du despotisme éclairé (Claude Thayse) Crise Institutionnelle Un peu de clarté s.v.p. ! (Paul N. Goldschmidt) |