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BLACK PANTHER DE REVE

mercredi 14 octobre 2009, par Michel Gheude


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BLACK PANTHER DE REVE
Cet été, la diffusion mondiale du Michael Jackson Memorial, a soudain rendu évidente une pensée que personne jusque là n'aurait osé exprimer : l'Amérique qui a élu Obama était enchantée depuis quarante ans par le rêve que dansait Michael Jackson. 

Depuis Thriller, Michael Jackson était devenu un des plus grands artistes pop de l'Histoire. Le chanteur qui jouait dans la même catégorie qu'Elvis et les Beatles. Le danseur qui pouvait disputer la première place à Fred Astaire. Mais l'enfant roi de Tamla Motown, le petit chéri de Diana Ross, le jeune camarade de classe de Marvin Gaye, des Temptations, des Four Tops et de Stevie Wonder, aura surtout été un immense chanteur politique. Le disciple de Martin Luther King et de son rêve foudroyé. Le chantre de l'antiracisme, l'idéologie progressiste de l'après communisme. La voix de l'Amérique, une fois gagnée la longue bataille des droits civiques. 

Dans un disque de 2007, intitulé Blues vs Rock 'n roll, quelques titres phares d'Elvis sont confrontés à leurs originaux blacks, oubliés pour la plupart. La critique désormais classique du rock est celle de l'éternelle édulcoration de l'originalité noire, populaire et révoltée, par le show biz blanc, conservateur et mercantile. Mais le sous-titre Elvis pays tribute to the blues laisse entendre au contraire que Le R'R n'a pas été la récupération blanche du Rythm'n blues, mais une étape décisive de la conquête de la musique blanche par les noirs. Celle-ci était inscrite dans la longue marche des droits civiques de la black America. En ce sens, MJ est le vainqueur ultime d'un combat centenaire. Après que la pop blanche se soit lentement laissée investir par le r'n'b, il a raflé la mise. Avec lui, la pop devient noire et la soul cesse d'être ethnique. Le jour où MTV programme pour la première fois Billy Jean, la dernière frontière entre cultures noire et blanche est ouverte. La soul a réussi son o.p.a. sur la musique américaine et Michael est à Elvis ce qu'Obama sera à Kennedy. 

Au contraire des rappeurs qui relancent tous les clichés de la culture ghetto, il en a brisé la géographie. Beat it ne raconte pas autre chose : la rixe entre communautés, héritée de la tragédie shakespearienne via West Side Story, se transcende dans la danse de la panthère noire. MJ est l'homme de la synthèse. Ami d'Elysabeth Taylor, épousant la fille de Presley, chantant avec le Beatle Mc Cartney, transformant ses clips en condensés hollywoodiens, vivant dans un Neverland inspiré de Disney, MJ s'est placé au point de rencontre de toutes les icônes de la culture de masse de l'après guerre. Centre de l'union, il efface toute opposition radicale du noir et du blanc et, logique jusqu'à la folie, il inscrira cet effacement dans sa chair. Dansant à la surface du temps, il est tout à la fois la figure inversée du minstrel et la version Broadway de la black panther. Noir déguisé en blanc qui se déguise en noir. Clivage déclivé. L'Amérique, c'est moi.


28 octobre : sortie mondiale du film « Michael Jackson : This is it ».


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