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Karim, ce garçon de douze ans ne sort presque jamais tout seul la nuit. Ce samedi là, il accompagne sa tante Kenza qui habite le même quartier. Il passe une journée très agréable avec ses cousins et en fin d’après midi il décide de rentrer chez lui. N’habitant pas très loin, sa tante le laisse partir tout seul. Seulement au lieu de rejoindre directement le domicile de ses parents, il s’arrête ça et là, à mi chemin pour jouer avec les enfants du quartier et regarder les passages en musique des nouveaux mariés. Quand il décide enfin de revenir chez lui il fait déjà noir et les rues sont presque désertes. Il prend peur en se dirigeant vers la maison, une habitation située dans une impasse non éclairée. Tout tremblant, il avance doucement, fait deux ou trois pas, s’arrête un instant, scrute tout sur son passage, prête l’oreille au moindre bruit avant de continuer sa marche. L‘apparition d’un chat ou le saut d’une grenouille lui font palpiter le cœur. Depuis qu’il avait six ans il a toujours entendu sa grand-mère dire que dès la tombée de la nuit les rues désertes sont fréquentées par des démons et notamment par des Baní Kelbounes mangeurs d’enfants. Ce sont explique-t-on dans les milieux populaires marocains des Djinns, des êtres extra-terrestres qui descendent toutes les nuits pour se nourrir de chair humaine. On les reconnaît, précise-t-on, à leurs têtes de chiens (kelb en arabe) et à leurs pieds fourchus. Karim s’approche maintenant de chez lui. La maison n’est plus qu’à quelques mètres. Encore cinq portes à dépasser et il arrive. Mais subitement quelque chose va l’inquiéter et dissiper son espoir et sa joie de rentrer enfin sain et sauf. Tout à fait au fond de l’impasse et juste devant leur maison, il aperçoit une ombre qui bouge et entend une voix. Le petit est complètement traumatisé et bouleversé. Son corps se crispe et ses dents claquent. Il veut faire marche arrière, se sauver et crier mais reste immobile et sans voix. Le mendiant s’attarde devant chaque porte demandant avec une articulation faible et chantante qu’on lui donne à manger. Karim se souvient des paroles de sa grand-mère selon laquelle les démons apparaissent souvent sous une forme humaine avec cependant quelques petites différences qui nous permettent de les reconnaître. Pour les Baní Kelbounes ce sont leurs têtes de chien et leurs pieds fourchus. L’obscurité ne permet pas à Karim de vérifier ces détails. A cette heure-ci de la nuit il ne peut s’agir pense-t-il que d’un démon. Il décide donc de ne pas s’approcher et de rester sur ses gardes. Allant de porte à porte le mendiant s’apprête à quitter l’impasse et à se diriger ailleurs. Mais quelle direction va-t-il prendre ? Deux possibilités, aller à gauche ou à droite. L’enfant ne pouvant savoir à l’avance la décision de l’individu, choisit de tourner à droite. Il s’éloigne un peu et s’arrête pour voir. Et à sa grande surprise le bonhomme le suit dans la même direction. Alors là il est tout simplement désemparé et ne sait plus quoi faire d’autant qu’il commence à faire tard. La nuit est plus sombre et dans la rue il n’y a pas âme qui vive. Karim fond en larmes et ne trouve plus de jambes pour continuer à fuir surtout qu’à l’autre bout de la rue il aperçoit quelqu’un qui se dirige vers lui d’un pas rapide. Pris en étau entre ce qu’il croit être deux démons de la nuit, il se jette à la première porte en face de lui et se met à sonner et à taper de toutes ses forces A une femme qui lui ouvre Karim s’adresse en lui tenant les mains très fort : - Tante, tante, vite, vite fermez, fermez la porte. Ils…Ils viennent. Ils sont… deux, deux. Ils vont nous dévorer - Calme-toi mon petit. De quoi s’agit-il et de qui tu parles ? - Des Baní Kelbounes tante. Ils sont juste là… dehors. Protégez-moi je vous en prie. Et surtout n’ouvrez pas… ils veulent m’attraper. Ayant constaté l’état de perturbation et d’épuisement du petit garçon, la dame comprend sans difficulté qu’il a tout simplement paniqué à la vue d’un passant. Elle le fait entrer, lui donne un verre d’eau et le fait asseoir le temps de reprendre son souffle. -j’étais chez ma tante Kenza et en retournant chez moi j’ai été intercepté par des démons. C’est vrai tante, des Baní Kelbounes. Ma grand-mère nous dit toujours qu’ils sont très méchants et mangent les petits enfants. La dame se contente de sourire et explique au petit garçon naïf que ces démons et Baní Kelbounes n’existent que dans son imagination. Sur ce, elle demande à son mari d’accompagner Karim chez lui et de le confier à ses parents. Mohamed BOUHOUCH Laisser un commentaire |
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