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Voir en ligne : http://www.lepan.be/?p=5170 Profession : Ministre bruxellois de l’Économie, de l’Emploi, de la Recherche scientifique et du Commerce extérieur. Âge : 48 ans Signes particuliers : Sérieux comme un ministre, sage comme un enfant de cœur ! Le petit Benoît est toujours autant le garant de l’image du cdH. À croire qu’il ne passe vraiment rien au parti…
« J’en ai assez de mon étiquette de centre-droit ! »
Serez-vous sincère pendant cette interview ? Je suis toujours sincère. Sur toutes les thématiques ? Certaines sont plus touchy que d’autres au cdH… Comme le voile ! C’est une thématique qui pose réflexion dans toutes les formations politiques. On est peut-être, au cdH, un peu plus à l’avant de l’actualité sur cette thématique. Parce que Marie-Dominique Simonet est titulaire du portefeuille de l’Enseignement ; et parce qu’on est la première formation politique à avoir une élue qui porte le voile. Depuis l’introduction de Mahinur Ozdemir au Parlement bruxellois, le cdH se fait plus discret sur le sujet… Je ne pense pas que le cdH est en retrait sur cette problématique. Ce qu’on n’a pas voulu, c’est traiter cette problématique dans la précipitation. C’est un enjeu important du brassage culturel que nous voulons pour notre ville, notre région. Venir dire qu’on est en retrait alors que c’est Joëlle Milquet qui a lancé les assises de l’interculturalité, ça ne me parait pas exact. En lançant les assises de l’interculturalité, le politique se débarrasse de la patate chaude ? On tente de dégager un consensus social. Les assises ne se limitent pas à la question de la burqa ou du voile. C’est beaucoup plus large que ça. Il y a aussi les discriminations au Logement, à l’Emploi… Consulter le monde associatif, la société civile, c’est une volonté de dialoguer plutôt que d’imposer. Le débat sur le voile est un faut débat ? Ce n’est pas le seul aspect de la problématique de l’interculturalité et du vivre ensemble, très certainement. S’il vous plaît, ne limitons pas le débat sur l’interculturalité à cette simple problématique du voile et de la burqa ! Les enjeux sont beaucoup plus larges, plus vastes que ceux-là. Ça n’a pas empêché certains de faire leur beurre électoral sur la question du voile uniquement. Vous savez, il y en a toujours qui profitent d’un certain nombre d’événements pour surfer sur ces événements et essayer d’en retirer un bonus électoral. Et c’est vrai qu’au moment de la prestation de serment de Mahinur Ozdemir, il y en a qui en ont profité pour essayer de déposer des règlements dans toute une série d’assemblées. Cette problématique doit être analysée dans le calme, la sérénité et dans le dialogue. C’est la faute au cdH si le débat s’est enflammé ? La problématique du voile, notamment à l’école, a été posée avant la prestation de serment de Mahinur Ozdemir. Que ce soit dans l’enseignement ou la fonction publique, ce problème n’est pas neuf ! L’arrivée de Mahinur a fait en sorte que la question se pose au niveau des assemblées parlementaires. Le débat s’est sans doute un peu développé avec l’arrivée de Mahinur. Mais aussi à l’occasion d’une série de décisions de justice qui imposent au législateur de prendre des mesures. La loi anti burqa : un bazooka pour tuer une mouche ? C’est vrai que le phénomène n’est pas d’importance en Belgique et à Bruxelles. Mais il appartient à une société de déterminer un certain nombre de balises. Balises qui ont déjà été déterminées dans un certain nombre de règlements communaux. Il était important que notre Parlement fédéral envoie un signal. Pour des raisons de sécurité publique mais aussi pour la cohésion sociale. On doit réussir le brassage culturel dans notre société. Le vêtement ne doit donc pas vous isoler de tout contact humain. Et c’est ce que la burqa fait. Le débat sur le voile occulte-t-il le débat sur la crise socio-économique ? On peut dire ça de tous les débats. Ça signifierait que le fait qu’on soit en crise économique ne nous permet pas de parler des autres enjeux de la société. Votre présidente est aussi ministre fédérale de l’Emploi. Vous ne craignez pas d’avoir une contestation anti-cumul telle que celle contre Didier Reynders au cdH ? La présidente avait clairement dit qu’elle ne souhaitait plus cumuler ses deux fonctions. C’est la réalité, je l’ai vécu de près. Et il y avait un consensus autour de la personnalité de Benoît Lutgen. Et Benoît a considéré que, face aux enjeux institutionnels à régler d’ici 2011, il valait mieux que Joëlle Milquet poursuive son travail jusque là. Elle pouvait très bien assurer les négociations institutionnelles en quittant la présidence… Chacun son rôle. Et il est utile de profiter de son expérience face aux enjeux actuels. Selon vous, elle remplit sa fonction de ministre de l’Emploi ? Quand je pense au chômage économique étendu aux employés, qui a été une mesure bien utile en période de crise ; quand je pense aux mesureswin-win en termes de réductions du coût du travail pour les jeunes de moins de 26 ans et les plus de 50 ans ; quand je vois l’accord sur l’activation lors de la discussion sur le budget où on a d’ailleurs tenu compte de la spécificité bruxelloise, je dis que les dossiers ont solidement bien progressé ! Vous êtes heureux lorsqu’on prend en compte la problématique bruxelloise… Je suis très content ! Bruxelles comme capitale nationale et internationale n’est pas assez choyée par les deux autres régions et le gouvernement fédéral. Et Bruxelles ne s’en sortira que si elle bénéficie d’un refinancement structurel important. On ne peut pas demander à Bruxelles de jouer ce rôle de carrefour, de centre économique au profit de l’ensemble du pays, si on ne lui donne pas les moyens. Une Bruxelles correctement financée, ça sert non seulement à la Région bruxelloise, mais aussi aux deux autres régions et à l’ensemble du pays. Tout le monde dans ce pays a intérêt à ce que Bruxelles soit correctement financé. Et ça, ce n’est pas un enjeu institutionnel. C’est un enjeu de développement pour l’ensemble de la Belgique. Sur le problème institutionnel, j’ai tendance à faire confiance à Jean-Luc Dehaene pour trouver une solution sur BHV. Il a déjà participé à des réformes de l’État et ce n’est pas pour rien qu’on l’appelle le plombier, le démineur, etc. Vous ne le voyez pas comme un plombier flamingant ? C’est un plombier flamand, ça… Comme il l’était dans les négociations institutionnelles précédentes. Par contre, une chose m’inquiète : le mouvement nationaliste qui se développe de manière importante du côté flamand. Et ça, c’est quand même une évolution par rapport aux réformes institutionnelles précédentes. Un récent sondage démontrait que la NV-A, le Vlaams Belang et la Liste Dedecker, qui ont à leur programme l’indépendance de la Flandre, représentent plus de 40% de l’électorat flamand. Ça, c’est inquiétant ! Vous croyez encore à l’élargissement de Bruxelles ? Il ne faut jamais aller à une négociation sans croire à une position qu’on met sur la table. Mais vous n’allez pas miser votre retraite dessus… Je mise ma retraite sur une solution qui respecte les droits des Francophones qui se situent en périphérie, et qui n’isole pas complètement la Région bruxelloise. Au fur et à mesure du temps, des procédures et des tutelles extrêmement tatillonnes ont limité les droits octroyés aux Francophones dans la périphérie. Le plus mauvais garnement communautaire : Geert Bourgeois, Bart DeWever ou Olivier Maingain ? De Wever en duo avec Bourgeois. Quand je vois que Bourgeois légitime les pratiques des bourgmestres de trois communes flamandes de soumettre à la connaissance du flamand l’acquisition de la propriété immobilière… C’est inacceptable ! C’est illégal, contraire aux dispositions constitutionnelles, internationales et européennes, et contraire au respect et à la loi sur la vie privée. Quelle image on donne à l’international ? Vous êtes un investisseur étranger, et vous comptez vous installer à Machelen, Zaventem ou Gooik. Vous vous dites que vos employés ne vont pas pouvoir habiter à côté du siège social de votre entreprise parce qu’ils sont sud-américains ou anglophones. C’est très négatif comme image que l’on donne. Je ne comprends pas ! Les investisseurs étrangers, qu’on a besoin [sic] comme de pain en cette période de crise, cherchent la stabilité et la sécurité juridique. Ce n’est vraiment pas intelligent ! C’est digne de l’occupation allemande ? Je trouve que les propos d’Olivier Maingain étaient déplacés. Et tout ce qui est excessif est insignifiant. Comparer ce qui se passe en périphérie et l’occupation allemande, c’est faire preuve de peu de respect par rapport à la Flandre et par rapport à ceux qui ont vécu cette occupation allemande. Le respect n’empêche pas d’être extrêmement ferme et décidé ! En nommant le trio Fassi-Fihri – Fremault – De Keyser à la tête du cdH de l’arrondissement de BHV, Joëlle Milquet a encore fait un coup de force ? Ils sont représentatifs de cette nouvelle génération et de la sociologie bruxelloise. Et ils ont été largement soutenus lors de l’élection. Un peu moins par la Démocratie chrétienne, Joël Riguelle et Hervé Doyen compris… Je ne pense pas. Je trouve ça complètement désuet de parler de famille au sein du cdH. On est tous cdH ! Je peux vous dire que je n’ai jamais eu de problème avec Riguelle ou Doyen et qu’il n’y a jamais eu un papier de cigarette de différentiation sur le projet politique que nous souhaitons développer. Ce sont des gens qui ont toujours été d’une correction et d’une loyauté à l’égard du cdH. Ces étiquettes qu’on flanque aux uns et aux autres… Vous allez me dire que j’ai une étiquette centre-droit. Qu’est-ce que ça veut dire, ça ? J’en ai assez des étiquettes ! C’est parce que je travaille sur le développement économique d’une région qu’on dira que je suis plus de centre droit ? Et quand je mets sur pied mes politiques d’accompagnement personnalisé des demandeurs d’emploi : je ne suis plus centre-gauche ? Non. Je suis, et nous sommes tous au cdH, des personnalités politiques préoccupées par le capital humain. Et ce n’est ni de gauche ni de droite. Je réfute les étiquettes ! Vous réfutez aussi l’étiquette catho, alors ? Là, vous êtes dépassé ! Ça fait longtemps qu’on s’est déconfessionnalisé, qu’on s’est ouvert. On le voit au quotidien d’ailleurs. Le coming out confessionnel de Jean-Michel Javaux vous a plu ? Je n’ai pas trop apprécié. Ça relève de la vie privée. Soit, il a fait le choix d’en parler. Ce qui ne va pas, c’est de pointer d’autres de ses collègues, en disant que ce sont des bons et des moins bons catholiques… Ecolo se pipolise, dernièrement ? Pas que dernièrement. J’ai vu à plusieurs reprises des dirigeants d’Ecolo participer à des émissions de divertissement, dans les magazines… C’est un phénomène général au sein du monde politique auquel Ecolo n’échappe pas. Ce n’est pas trop difficile de gouverner à six à Bruxelles ? Ça ne rend pas les choses simples. Mais ça prouve que ce modèle de cogestion par les Francophones et les Flamands, modèle auquel peu croyaient en 1989 lors de la création de la Région bruxelloise, n’a pas si mal fonctionné que ça. Vous êtes pour un alignement des Oliviers régionaux au fédéral ? Attendons 2011. Il ne faut pas faire de prévisions. On vous colle souvent une image d’austère. Ça vous dérange ? J’ai une image d’homme sérieux, de dossiers. Mais qui sait ce qu’il veut ! Vous n’allez pas réussir à me faire dévier de ma ligne. Je ne considère pas que la politique soit un show ou un cirque. On est là pour faire des choses sérieuses. Et au-delà de l’image, j’espère qu’on juge les politiques sur leurs actes. Monseigneur Léonard ou Benoît XVI ? Benoît est un très beau prénom. Céline Fremault ou Hervé Doyen ? Ce n’est pas très galant, mais Hervé Doyen a toute mon amitié car c’est un excellent bourgmestre. Il doit gérer sa commune dans des circonstances politiques difficiles. Céline Fremault fait très bien son boulot de cheffe de groupe et représente l’avenir du parti. Joëlle Milquet ou Benoît Lutgen ? Joëlle Milquet parce qu’on a tout fait ensemble. En tout bien tout honneur ! Et Benoît a tout mon soutien. Le changement de présidence est annonciateur d’un changement de ligne idéologique du parti, selon vous ? La politique du cdH, et c’est peut-être la différence avec les autres partis, n’est pas portée uniquement par la présidente, mais par un groupe composé par les ministres et les chefs de groupes. C’est un positionnement commun. Benoît Lutgen aura peut-être une vision moins urbaine de par ses origines. Mais je serai là pour le soutenir. Avez-vous un commentaire impertinent à Joëlle Milquet ? Sois plus cool ! Avec vous ? Non. Elle veut tout tellement bien faire… À un moment donné, c’est humain : ça la stresse ! Un conseil à Benoît Lutgen qui va débarquer à la présidence ? N’oublie pas l’enjeu de Bruxelles ! Comment vous voyez-vous dans dix ans ? Je n’ai pas de projet de carrière. Je vis au jour le jour. Je rêvais à l’âge de six ans d’être ministre. J’ai réalisé ce rêve, et je vis donc un rêve éveillé au quotidien. En vrai régionaliste, vous n’êtes pas intéressé par le fédéral… J’ai encore beaucoup de projets pour ma région et je ne laisserai pas certains la détruire ou l’étouffer. Il faudra me passer sur le corps plutôt que détruire cette région. Qu’aimeriez-vous qu’on retienne de vous ? Que j’ai fait le maximum, fidèle à mes convictions. Je n’ai pas besoin de mon nom sur une rue. Laisser un commentaire |
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