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Bernard Anselme

lundi 29 mars 2010, par PAN


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Profession : Conseiller communal et ex-bourgmestre de Namur, ex-Ministre-président de la Région wallonne (PS)

Age : 64 ans

Signes particuliers : Victime de l’affaire Sotegec dont on attend toujours le moindre bout de début de procès, Nanard a évidemment gardé une dent contre ses tombeurs aujourd’hui à la tête de la capitale de la Wallonie, qui l’est grâce à ce régionaliste qui doute.

Les Flamands ont toujours envie de nous quitter !

 

Serez-vous sincère pendant cette interview ?

Pourquoi pas ?

Après les communales de 2006, vous aviez juré que vous vous retireriez de la politique. Aujourd’hui, vous êtes toujours là.

En effet. J’ai eu une pression importante de pas mal de dizaines de militants.

Avez-vous un modèle ou un héros ?

Moi qui suis un grand lecteur depuis tout jeune, j’ai évidemment des héros de roman. Et puis j’ai des héros de la réalité, et les deux peuvent se confondre comme d’Artagnan – j’ai appris à aimer l’Histoire grâce à Alexandre Dumas, qui faisait du roman partiellement historique et partiellement fictif. De toute façon, à cette époque-là, les héros pour moi étaient, comme Robin des Bois, des gens de cœur. Et puis il y a les héros qui font progresser l’humanité, ce sont les scientifiques.

Pas de régionalistes dans vos héros ?

Si, mais c’est beaucoup plus récent, finalement. J’ai forcément quelques personnes qui sont devenues quasi des personnages de légende, comme André Renard ou André Genot, que j’ai bien connu quand j’ai créé les jeunes MPW avec François Janssens ici à Namur. Mais ça, c’est moins des héros que de la réalité de combats politiques, c’est moins prenant.

Pensez-vous avoir rencontré des hommes d’État ?

Oui, mais ce ne sont pas nécessairement des mandataires politiques. Les hommes d’État, ce sont ceux qui font progresser la collectivité. D’une manière ou d’une autre. Si on parle d’hommes de gouvernement, c’est autre chose, j’en ai connu quelques-uns, comme Eyskens père, FreddyTerwagne, André Cools – c’est lui qui m’a fait rentrer au bureau du parti et désigné secrétaire en 1978. C’était un type extraordinaire, mais il était parfois un peu caractériel, il fallait savoir le supporter. Alors, Guy Spitaelsest pour moi un homme d’État, il a eu aussi une énorme autorité, sans crier. Busquin aussi, je dirais. Et je trouve qu’Elio est un homme d’État, pourtant je n’ai plus rien à recevoir.

Philippe Busquin fait pourtant figure de mièvre parmi la série des derniers présidents plutôt autoritaires du PS…

Ah non, il ne faut pas croire ça… Peut-être bien que Philippe a souffert d’un manque de bonne expression. Mais c’était une tête, et il avait de l’autorité, il ne faut pas croire.

Le PS a-t-il abandonné son régionalisme, sauf à laisser s’exprimer un courant minoritaire avec Christophe Collignon, etc. ?

Je crois qu’on est dans une nouvelle phase. Il y a eu une phase de récession importante, que j’ai vécue de façon un peu malheureuse, parce que j’avais peur qu’on oublie nos convictions fédéralistes de peur que les Flamands nous entraînent vers des concessions impossibles si on demandait plus. Ça m’effrayait parce qu’on ne se préparait plus à prendre des responsabilités importantes. C’est pour ça que vous avez un tout petit parti qui dit, de manière excessive peut-être, que c’est la fusion avec la France qui va nous sauver. D’autres comme moi, on préfère essayer une collaboration Wallonie-Bruxelles.

Les revendications fédéralistes ont-elles toujours un sens aujourd’hui ?

Les Flamands ont toujours envie de nous quitter. Mais ils ont eu envie, jusqu’il n’y a pas longtemps, de garder et de reconquérir Bruxelles. Il faut se souvenir que dans le projet de texte du pacte d’Egmont, qui n’a pas été réalisé puisque Tindemans a dit « Ik ga naar de Koning », la capitale de la Région flamande était Malines, et pas Bruxelles. Les Flamands ont changé d’avis et décidé que chacun pouvait choisir la capitale de sa région à sa guise. Nous socialistes wallons trouvions que c’était d’un farfelu pas possible, mais il fallait plier sinon il n’y avait pas de loi !

Durant toute cette période, vous êtes-vous senti soutenu par les autres partis ?

Damseaux, très Wallon, était quand même président de parti ! Il a aidé à rapatrier les institutions régionales à Namur. Mais à ce moment-là, le PRL était divisé. Quant au PSC de l’époque, il était unitaire, même s’il y avait un peu de régionaux qui sont vite (re)devenus unitaires. Curieusement, un type comme Paul-Henry Gendebien donne des leçons de francophilie aujourd’hui mais à l’époque, il nous a laissés froidement tomber, alors qu’il pouvait nous donner une majorité absolue en quittant le PSC. Mais non : il était chef de groupe. C’est quand même aberrant !

Est-il utile de débattre de l’identité wallonne ?

En fonction du fait qu’on a laissé quand même tomber pendant quelques années toute idée de progression de l’autonomie régionale par peur des Flamands, il ne me semble pas inintéressant que nous retrouvions l’envie d’avoir une fierté d’être Wallons. Ne pas s’occuper de ce débat sous prétexte que c’est moins urgent que « les vrais problèmes », c’est une erreur : les Flamands s’occupent de leur identité en même temps que des « vrais problèmes ».

Mais même le PS réclame aujourd’hui plus de Belgique plutôt que plus de régionalisme…

J’espère que non. Je suis de ceux qui pensent qu’il faut accepter des responsabilités supplémentaires, mais bien les négocier, de telle manière que Bruxelles ne soit pas étouffée. Je ne suis pas pour le rattachement à la France : c’est un pis-aller, parce qu’ensemble, Bruxelles et Wallonie, nous sommes suffisamment forts sans doute pour faire un État si jamais, comme la Tchécoslovaquie, la Belgique venait à se disloquer. Je n’exclus donc pas l’idée, je donne ma préférence au cas où. Maintenant, si les Bruxellois n’en veulent pas, c’est leur droit.

Vous n’avez pas toujours plaidé pour un rapprochement Wallonie-Bruxelles…

En effet, je parlais de la Wallonie. Parce que je voulais justement que la Wallonie commence à exister, et que nous soyons fiers d’avoir une capitale, un Parlement, une administration, etc. Pour ça, les institutions sont importantes. Ceux qui ne voulaient pas de cela, ce sont ceux qui ne voulaient pas qu’il y ait une Wallonie autonome, parce qu’ils ne voulaient pas qu’il y ait un Parti socialiste fort, c’est aussi simple que ça. Le reste, ce n’est que de la littérature !

Les Namurois sont-ils, comme l’a dit José Happart, des « villageois » parce qu’ils n’ont pas voulu d’un nouveau Parlement wallon ?

Je crois que quand on fait de la politique, il faut de l’ambition, pas de la prétention. Certains ont pu considérer que José était un peu trop prétentieux. Mais il faut de l’ambition, et nous en manquons, je trouve, en Wallonie comme à Namur. Ça ne veut pas dire qu’il fallait accepter un énorme Parlement, mais il fallait laisser le choix à tous les Wallons, pas forcément aux seuls Namurois parce qu’ils vivent dans la ville qui accueille le Parlement. On ne dirige pas une ville sans ambition, si on ne réfléchit pas à la possibilité de se faire déranger un peu ! Je trouve que José est trop dur, qu’il devrait être plus souple au moins dans l’expression et qu’il aurait peut-être bien pu arrondir certains angles, mais ce n’est pas dans sa nature. De la même manière que ce n’est pas dans la nature de Jacques Étienne d’être diplomate – je suis très gentil en disant ça. Parce que dire que tous les autres sont des dégueulasses, des imbéciles, c’est d’une grossièreté invraisemblable. Prenez l’exemple de l’école d’administration : Jacques Étienne n’a pas pu s’empêcher de dire : « Mais enfin, vous n’allez quand même pas aller à Charleroi, cette ville de mauvaise gouvernance, à la limite cette ville d’immigrés, où il n’y a que des pourris… ». Mais ça va, la tête ? J’ai encore quelques amis bourgmestres, qui m’ont dit : « Mais vous ne vous rendez pas compte, à Namur, du grand fou, du grossier personnage que vous avez comme bourgmestre ! ».

Après des années de pouvoir ininterrompu, n’était-il pas nécessaire de renvoyer le PS namurois dans l’opposition ?

J’ai fait l’objet d’attaques frontales contre ma politique, ce que je peux supporter, mais pas qu’on m’accuse de choses à la limite du vénal, c’est insupportable et totalement faux. Pourquoi cela a-t-il été tellement relayé par la presse, qui a eu un rôle épouvantable de pression ? Ça a été la grosse Bertha médiatique, pendant des jours on m’a assassiné – Vers l’Avenir, ça a été pendant des mois – et je ne pouvais pas me défendre, parce que quand un journaliste écrit que vous êtes un pourri, il est impossible d’obtenir du même journaliste qu’il écrive qu’il s’est trompé. Au mieux, il n’écrit plus rien. Ou il dévie sur l’éthique…

…On vous a viré au nom de l’éthique ?…

…L’éthique, c’est ce qu’on invente quand on n’a plus rien d’autre à discuter contre quelqu’un, et ça marche à tous les coups ! Enfin, on était en pleine affaire Carolo. Tout ça pour écarter les socialistes, qui avaient le mayorat de Namur depuis la fusion des communes. Donc je veux bien entendre que ça puisse être bénéfique de nous mettre dans l’opposition, pour qu’on se renouvelle ; je peux concevoir qu’on le pense. Mais admettre que ce soit indispensable, c’est autre chose. Ça peut être très utile pour le Parti socialiste, mais à ce moment-là, ça devient presque volontaire.

Éliane Tillieux sera tête de liste aux prochaines communales ?

C’est bien possible. On pourrait même dire que c’est probable. Encore faut-il voir si elle en a envie.

Vous préfèreriez que Frédéric Laloux, votre « fils spirituel », soit tête de liste ?

Je trouvais qu’il eût pu faire une excellente tête de liste, mais maintenant qu’Éliane est ministre… J’étais très heureux que Frédéric soit secrétaire d’État, c’était bien que le Parti socialiste choisisse, pour un certain statut et certaines attributions – il ne fallait pas en faire un ministre de la Justice – un non-universitaire, c’était un beau signal.

C’était l’anti-Magnette, en quelque sorte ?

Oui, sans discréditer Magnette, dont on a bien besoin aussi. Mais Frédéric a commis l’erreur de dire du mal – c’est-à-dire la vérité – d’Arnaud Gavroy, lequel avait manifestement volé, fût-ce par femme interposée.

Et vous, vous serez sur cette liste ?

Je ne sais pas encore, franchement. Compte tenu de ma situation judiciaire, dont on n’a toujours aucune nouvelle, je ne sais pas ce que je vais faire.

Jacques Étienne ou Arnaud Gavroy ?

Je crois que Jacques Étienne est moins pire. Arnaud, il n’a pas encore compris qu’il peut se tromper de temps en temps.

De temps en temps ?

Très souvent. Mais même de temps en temps, il le reconnaitrait, ce serait déjà un fameux progrès. Il reste d’une arrogance et d’une prétention à la limite de l’incommensurable. Tandis que Jacques se contente d’être assez grossier – je suis gentil.

Rudy Demotte ou Elio Di Rupo ?

Je suis très embêté parce que je les aime bien tous les deux ! Je trouve que Rudy Demotte a très bien évolué, parce qu’il avait une image de Belgicain. J’avais une relative méfiance, mais au cours de certaines réunions d’anciens Ministres-présidents, il a eu l’occasion d’exprimer sa vision des choses, et j’ai vécu un Rudy Demotte très régionaliste. Je partage sa vision d’une coopération entre la Wallonie et Bruxelles, et je trouve que Rudy a les capacités d’être un très bon Ministre-président et un très bon président de parti aussi, d’ailleurs. Comme Elio les avait et les a toujours.

Jean-Charles Luperto ou Claude Eerdekens ?

Jean-Charles incarne plus l’avenir. Mais Claude est un ami, je l’ai soutenu beaucoup et il m’a soutenu sans problème.

José Damilot ou Philippe Mahoux ?

Philippe Mahoux, parce qu’il a été un complice pendant longtemps. Alors que José est un syndicaliste qui arrive en politique et qui n’a pas nécessairement la même vision des choses, c’est-à-dire qui ne fait peut-être pas bien la différence entre le possible et le réel.

José Happart ou Robert Collignon ?

Là, je prends Robert Collignon. Même si j’ai beaucoup suivi le combat de José, Robert est un ami personnel de très longue date, nous avons travaillé de concert avec énormément de plaisir.

Si vous devez adresser un commentaire impertinent à Elio Di Rupo ?

Viens discuter plus souvent et plus longtemps avec nous, dans chacune des fédérations. Et fais en sorte que ton équipe réponde aux courriers qui te sont adressés – ça, ce sont des militants qui me l’ont dit, moi je n’ai pas besoin d’écrire à Elio. Pour prouver que tu es à l’écoute.

Qu’aimeriez-vous qu’on retienne de vous ?

Que j’ai toujours cherché à faire le bien et que j’ai parfois réussi.

 


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