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12.000 enseignants à Liège. Preuve du ras le bol profond des enseignants. Le danger est de mal comprendre ce ras de bol. J’essaye ici de l’expliquer, même si c’est difficile. Car les réactions des ministres de l’enseignement dépendront de la compréhension de ce mouvement. Et surtout pour l’image que le public perçoit des enseignants.
Le mouvement de contestation a été présenté, surtout par les syndicats, comme le refus du protocole d'accord. Les trois points mis en avant par les syndicats concernent tous les trois le confort des profs: le départ à 55 ans, la revalorisation salariale et les conditions de travail.
Or, les réactions sur les forums, sur Facebook, dans la rue, montrent que la raison du mécontentement des profs est bien plus profonde. Et qu'en tenir responsable la ministre Simonet et le protocole d'accord est malhonnête et improductif. Malhonnête parce que la situation actuelle est le résultat de plusieurs années de décisions des ministres précédents qui ont agi pour répondre aux demandes des syndicats, ou en tout cas avec leur accord tacite ou exprimé. Improductif parce que la confrontation est stérile alors que la collaboration est la seule méthode pour sauver un enseignement qui est de moins en moins qualitatif et de moins en moins public. Le mécontentement des enseignants est général et le ministre Hazette avait initié une consultation des enseignants qui a eu lieu en 2004, sous la ministre Arena. Cette consultation a été soigneusement rangée dans un tiroir et il semblerait que la ministre Simonet l'ait retrouvée, comme je l'expliquerai plus loin. Cette consultation consistait en un questionnaire avec des questions ouvertes, envoyé à tous les enseignants du fondamental, du secondaire ordinaire et de l'enseignement spécialisé. Au total, plus de 11.000 questionnaires ont été complétés par les enseignants et renvoyés. La coïncidence avec le nombre d'enseignants dans les rues de Liège est importante. Ce nombre de questionnaires renvoyés est en effet un signal en soi, quand on sait que les taux de réponse pour ce genre de questionnaires dépassent rarement quelques pour cents. Dans son avis (1)sur ces consultations, le "Comité de Pilotage" de l'Enseignement, résume les raisons du malaise des enseignants: Incompréhension des référentiels et des programmes, jugés trop flous, et peu praticables. Ensuite les difficultés des enseignants en début et en fin de carrière. De même, un satisfaction faible en ce qui concerne les formations en cours de carrière, qui correspondent trop peu à leurs besoins réels. Cet avis est un résumé et la lecture des résultats des consultations (2) laissent transparaître d'autres éléments importants, telle la demande des enseignants d'être plus impliqués dans les réformes, et surtout celle d'être mieux reconnus. On aurait pu imaginer que l'identification de ces problèmes aurait été l'occasion d'un changement radical dans la manière de travailler de l'Administration. S'il est vrai que "le contrat pour l'école" affirme se baser entre autres sur ces consultations, la méthode n'a pas changé et l'équipe universitaire de Bruxelles qui a réalisé les consultations et les rencontres avec la ministre Arena en fait une évaluation (3) que nous pouvons qualifier de "mitigée". En effet si l'importance de la mobilisation de tous les acteurs est répétée plusieurs fois dans le "Contrat pour l'école", les moyens mis en œuvre pour arriver à cet objectif ont été très réduits, en tout cas peu efficients. Combien d'enseignants, combien de parents ont-ils connaissance de ce contrat et au moins de ses 6 objectifs? Le site "Contrateducation.be" par exemple, n'a plus été mis à jour depuis 2008 et ne contient aucune indication sur la réalisation des objectifs. Pour simplifier donc, le malaise voit ses racines dans les réformes des ministres Di Rupo et Onckelink,ce malaise est identifié par le ministre Hazette qui lance les consultations en 2004, la ministre Arena lance le Contrat pour l'école et lance le décret Mixité, que le ministre Dupont essaye d'améliorer. Arrive enfin la ministre Simonet qui doit faire face au mécontentement des profs, des parents et des syndicats pour la situation existante. Les profs parce qu'ils se rendent compte que l'espoir d'être écoutés, voire la promesse qui en a été faite en 2004 est vain (par exemple la réforme du premier degré, la réforme de l'Inspection, le décret Mixité ...). Les parents parce qu'ils ont l'impression que la seule réponse au manque de qualité de l'enseignement est le décret Mixité que l'on pourrait résumer par "au lieu d'offrir un nombre suffisant d'écoles qui correspondent aux demandes des parents, attribuons ces écoles de manière aléatoires ou selon des critères incompréhensibles et peu équitables", les syndicats enfin qui se rendent compte qu'ils ont été trompés, par exemple quand ils ont "échangé" les licenciements massifs contre les DPPR. Devant l'ampleur de la tâche, la ministre a paré au plus pressé. La deuxième version du décret Mixité étant à peine moins mauvaise que la première, elle l'a transformé en "décret Inscription", reconnaissant que l'objectif n'était pas d'augmenter la mixité sociale mais bien de gérer une pénurie créée, ou au moins, acceptée par ses prédécesseurs. Malheureusement, ce décret diminue la mixité dans les écoles et en met plusieurs en danger de ghettoïsation. Le décret Robin des Bois est un épiphénomène malheureux. Comme la ministre l'a elle-même relevé, les moyens dégagés par ce décret sont minimes (4). Ce qui est dommage c'est que ce n'est pas minime pour les écoles concernées et que les critères ne sont pas cohérents avec le "contrat pour l'école" puisque le critère de mixité sociale n'est pas retenu. Des écoles "mixtes" perdent des moyens pour des écoles "non mixtes". A part ces deux écarts que personnellement, je trouve contraires aux objectifs annoncés par la ministre, je continue à croire en sa démarche. La ministre Simonet a en tout cas compris qu'il était urgent de prendre le temps. D'arrêter de décréter à tout va, avec comme conséquence que l'on laisse son nom à un décret, mais que ce n'est pas de manière positive. Corriger les erreurs du passé est moins glorifiant, mais bien plus utile. Dans la situation actuelle il n'est pas réaliste, ni solidaire, de conserver un départ à la pension à 55 ans alors que tous les citoyens devront travailler au-delà de 65 ans, ni de demander des moyens supplémentaires, qui ne tomberaient pas du ciel, mais qui seraient prélevés sur d'autres secteurs. La ministre n'avait pas d'autre choix que d'aménager les DPPR et de limiter la revalorisation salariale. Dommage que les syndicats n'aient pas relevé que cela se faisait d'une part en aménageant le fin de carrière (tutorat pour les plus jeunes enseignants) et en donnant priorité aux traitements les plus faibles. La solidarité n'est-elle plus une valeur syndicale? Les 27 pages de l'accord sectoriel (5) reprennent quantité d'éléments qualitatifs demandés par les enseignants lors des consultations, et par les organisations syndicales. Que ce soient la simplification administrative, la transparence, ou encore le bien-être des enseignants dans leur travail. De belles avancées. Pas suffisantes? Certes, mais rectifier une situation qui a mis 15 ans à se dégrader ne peut se faire en deux, voire trois années. Je n'ai donc pas fait grève le 6 mai, comme bon nombre de mes collègues. Pas parce que je trouve la situation optimale. Mais parce que pour la première fois depuis 2004, une ministre a le courage de remettre en cause ce que ses prédécesseurs ont mis en place. Parce que j'espère que la ministre Simonet va continuer sur sa lancée et supprimer toutes les mesures prises qui vont à l'encontre de la qualité de l'enseignement. Parce que je ne comprends pas les syndicats qui n'ont pas réagi pendant 15 ans et initient une action contre une ministre qui commence à agir dans le bien de l'enseignement. Parce que à part le décret Inscription et le décret Robin des Bois (que le CDh remet en cause aujourd'hui, avant le décret Inscription?) les actions de la ministre vont dans le bon sens. Parce que les seuls points avec lesquels le syndicats ne sont pas d'accord dans la proposition d'accord sont deux points qu'il est impossible d'accorder (les DPPR et la revalorisation salariale) alors qu'il serait plus rentable d'identifier les dépenses inutiles ou mal maîtrisées (Cyberclasses, détachements, administration lourde,...). Parce que je crois en mon métier et que je reste convaincu que l'on pourra plus facilement améliorer la qualité de l'enseignement dans un esprit de partenariat que dans un esprit d'affrontement. Je sais que je ne représente pas l'avis de tous les enseignants, mais je sais aussi que beaucoup d'enseignants pensent comme moi. Certains m'ont dit que c'était courageux d'afficher ma prise de position. Mais il me semblait que je devais le faire. On ne peut pas demander à ses élèves d'être des citoyens responsables et ne pas donner son avis parce qu'il ne va pas dans le sens du vent. Sinon l'enseignement continuera à se privatiser. Il suffit de voir les chiffres des cours particuliers, coachings et autre aides de méthode de travail pour se poser la question: est-il normal que le privé pallie les déficiences du secteur public? Est-il normal que les élèves doivent avoir recours à des cours payants pour réussir. L'enseignement public est-il devenu incapable de remplir son rôle? Je crois de manière invincible que l'enseignement public est une nécessité absolue. Un enseignement public d'excellente qualité. Et encourage la ministre à persévérer dans la voie qu'elle a choisie, même si je ne suis pas toujours d'accord avec ses initiatives. C'est pourquoi je demande aux syndicats de travailler avec la ministre, avec les associations de parents, avec les Pouvoirs Organisateurs, avec les associations de professeurs pour sauver l'enseignement public. Travailler avec et non contre.
Parce que demain il sera trop tard. (1) http://www.enseignement.be/download.php?do_id=1405&do_check= (2) http://www.enseignement.be/index.php?page=23827&do_id=1405&do_check= http://www.enseignement.be/index.php?page=23827&do_id=1324&do_check= http://www.enseignement.be/index.php?page=23827&do_id=1326&do_check= (3) http://centres.fusl.ac.be/CES/document/WEBCES/DocsProjets/ConratEcole/ContratStratRN.pdf (4) 8 millions, c'est 0,1% du budget, c'est 10% du budget Cyberclasses sont on connaît l'échec. C'est aussi moins que "l'économie" réalisée "grâce" aux postes non attribués vu la pénurie de profs. C'est encore 2% du coût estimé du redoublement scolaire (5) http://www.desy.ucl.ac.be/documents/Protocole%20accord%20sectoriel%20enseignement%20-%201-04-2011.pdf
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