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Black-out sur la situation au "Vif-L’Express" ?

mercredi 28 janvier 2009, par Charles Bricman


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Voir en ligne : http://blog.pickme.be/2009/01/27/bl...

Dernière mise à jour 22:18] Attention: ce billet est “liquide”, ce qui veut dire qu’il est mis à jour au gré des informations qui me parviennent. La dernière consiste dans la réponse circonstanciée de Michel Konen au CA de la société des rédacteurs de son journal. Vous la trouverez en deuxième page, à la fin du billet. Puis, on va laisser décanter tout ça, dormir dessus, et on y revient demain. Promis!

 

La Libre et Le Soir ont tous les deux refusé de publier une carte blanche vigoureuse d’universitaires sérieux et réputés qui s’inquiètent de la situation au Vif-L’Express et, au-delà sans doute, dans toute la presse qui plonge dans une crise structurelle majeure, aggravée par la conjoncture. J’en reste pantois… Quelle est encore la crédibilité d’une page op-ed si certains thèmes ne peuvent y être abordés, non en raison d’opinions mal ou scandaleusement exprimées, mais parce qu’ils dérangent? Les journaux belges veulent-ils vraiment faire fuir les lecteurs qui leur restent?

J’ai ce texte en ma possession, ses auteurs sont furieux et décidés à lui donner une diffusion maximale. Hugues Le Paige, un des auteurs, le publie déjà sur son site. Les journalistes de La Libre ne sont pas contents non plus, ceux du Soir ne semblent pas encore avoir réagi, collectivement du moins. La Société des rédacteurs de La Libre (SDR) a adressé à son rédacteur en chef, Michel Konen, une lettre quasi parfaite que voici:

Michel,

Le CA de la SDR vient d’apprendre que tu t’opposais à la publication d’une opinion de plusieurs universitaires et personnalités de renom spécialisées dans les médias relative au conflit du “Vif” (1).

Tu as jugé ce texte “trop subjectif”, semble-t-il, pour paraître dans nos colonnes.

Cet argument ne nous convainc évidemment pas vu que la subjectivité est évidemment la règle dans cette rubrique-phare du journal. Le débat n’est-il plus “ouvert” à La Libre dès qu’il s’agit de notre domaine d’activité?

Nous te demandons dès lors avec insistance de reconsidérer sans attendre ta position afin que la publication puisse avoir lieu dans les meilleurs délais.

Thierry Boutte t’a proposé de donner la parole conjointement à Amid Faljaoui. Cela nous paraît une solution tout à fait judicieuse.

La piètre conjoncture économique et la situation spécifique de la presse ne peut justifier en aucun cas ce déni d’information.

As-tu mesuré les dégâts qu’une non-parution pourrait occasionner? Ignores-tu les reproches fondés qu’on ne manquerait pas de faire à La Libre?

Nous condamnons tout type de censure contre lequel s’élève la charte de nos fondateurs.

Pour rappel, celle-ci précise: “Tout en exprimant ses prises de position, fondées sur les valeurs qu’elle prône, elle présente à ses lecteurs une large variété de points de vue”.
Ou encore: “Elle se refuse à toute complaisance à l’égard de quiconque”.

Nous te remercions pour ton attention et comptons bien que tu entendras cette requête pressante.

Le CA de la SDR

(1) Les signataires sont  Pascal Durand (ULg), Benoit Grevisse (UCL), François Heinderyckx (ULB), Claude Javeau (ULB), Jean-Jacques Jespers (ULB), Hugues le Paige (revue Politique), Gabriel Ringlet (UCL), Martine Simonis (AJP), Marc Sinnaeve (Ihecs)

Le conseil de la SDR de La Libre a évidemment raison, me semble-t-il.  Un journal est bien sûr maître de sa décision de publier ou non une contribution extérieure, mais celui qui s’est donné pour slogan d’amener nos idées à faire des rencontres perdrait beaucoup de sa crédibilité s’il prétendait limiter ces rencontres aux idées qui conviennent à sa hiérarchie… J’en ai autant pour Le Soir. Souviens-toi de Voltaire, Michel! Et toi aussi, Béatrice…

Et maintenant la réponse de Michel Konen à ses journalistes. Bien dans son style, disons: direct… Je ne déteste pas, c’est bon parfois de s’engueuler, ça décongestionne! J’en retiens surtout que si cette tribune n’a pas été publiée, c’est qu’elle n’atteint pas les standards de qualité requis, aux yeux de Michel. Dont acte. Le plus intéressant se situe toutefois dans le dernier alinéa… qui demande à être développé. Je m’efforcerai d’embrayer là-dessus dès demain.

La réponse de Michel Konen

Voici la réponse de Michel Konen au président du CA de la société des rédacteurs, mon vieil ami Pierre Loppe qui assume cette périlleuse fonction ad interim:

Monsieur le Président,

J’ai bien reçu votre courriel relatif à la Carte blanche proposée conjointement à La Libre Belgique et au Soir par diverses personnalités académiques.

J’estime en effet la diffusion de ce texte peu opportune et posant mal le débat. Mais pour que les mots gardent leur sens, écartons d’emblée tout malentendu. Vous parlez de censure. Le terme me paraît pour le moins inapproprié, du moins si l’on tient pour exacte la définition du Petit Robert : « Examen des œuvres littéraires, des spectacles et publications, exigé par le pouvoir, avant d’en autoriser la diffusion ». Il n’y a eu, cela va de soi, aucune intervention d’un « pouvoir » extérieur à propos de ce texte. Ce type de décision fait expressément partie des responsabilités relevant de ma fonction.

La citation que vous empruntez à la charte des fondateurs, en particulier celle-ci : « elle se refuse à toute complaisance à l’égard de quiconque » vaut évidemment pour tout le monde. Y compris pour vous dans le cas d’espèce.

Car enfin, à quoi faites-vous allusion lorsque vous parlez de « déni d’information » ?

La Libre aurait-elle manqué à ses devoirs d’informer ses lecteurs à propos des événements relatifs au conflit qui se déroule au VIF-L’Express ? Je vous renvoie à nos éditions du 22.01.08 pour me dire en quoi nous aurions fait l’impasse sur ce conflit social.

Pour ce qui est du texte proposé je considère qu’il pose mal le débat.

S’agit-il de dénoncer les pratiques de dialogue social chez Roularta ? Nos lecteurs les connaissent et ils sont sans doute nombreux à penser, tout comme moi d’ailleurs, que tout cela manque d’élégance. Et je ne vois pas la nécessité de donner à M Faljaoui un espace pour se justifier à ce propos.

Je passe sur les reproches adressés au directeur des rédactions francophones de Roularta : ils relèvent du procès d’intention en l’accusant de vouloir sciemment appauvrir le contenu éditorial du VIF. Je passe aussi sur le soudain statut d’icône de la presse de qualité accordé, sans autre forme de procès, aux journalistes licenciées.

Le débat, en réalité, porte ou devrait porter sur la mutation difficile de la presse écrite pour s’adapter, sans doute aux annonceurs, mais surtout à un lectorat de plus en plus infidèle. Cette adaptation de nos métiers aux nécessités d’aujourd’hui et de demain ne ressemblent certes pas à un accouchement sans douleur et mérite sans aucun doute toute notre attention. Et je suis évidemment tout prêt à y consacrer l’espace rédactionnel nécessaire pour y sensibiliser nos lecteurs.

Bien à vous

Michel Konen

Sur la situation au Vif-L’Express, voir aussi:



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