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La Libre sort avec élégance, dans son édition “papier” de ce matin, du faux-pas qui l’avait conduite la veille à refuser, sans explication, la publication de la carte blanche des universitaires consacrée à la situation au “Vif” (voir mes précédentes… éditions!): elle publie finalement le texte dans sa page “débats” et propose, à côté, la réponse d’Amid Faljaoui, le directeur des publications francophones de Roularta. Avec en prime un commentaire de Michel Konen.
Le Soir, lui, reste sur ses positions et se contente, en page 36, d’un mini-dossier un peu hâtif, très “gazette 1.0″, dans lequel il donne la parole aux différents protagonistes de cette affaire qui a ému la belgosphère, des blogs à Facebook (mon petit blog a crevé, hier, tous ses plafonds de fréquentation…) Et maintenant, le constat qui tue: sur le site internet du Soir, pas une ligne, à 9h39 du moins. Peut-être cette nuit, en archives, pour ceux qui auront le courage d’y fouiller? Sur celui de La Libre, toujours pas de Faljaoui à 9h41. ni même le commentaire du rédacteur-en-chef, Michel Konen. On ne saurait mieux souligner à quel point tout reste à faire, dans les rédactions du Royaume, pour s’adapter à la nouvelle donne que constitue le web.
Parce qu’enfin, cette histoire, c’est sur internet qu’elle se passe, c’est internet le vrai sujet. Si la société des rédacteurs de La Libre a finalement obtenu gain de cause, si le journal a rouvert le débat qu’il n’aurait pas dû fermer, c’est bien parce qu’une véritable bronca s’est déclenchée sur le web, parce qu’internet a fait comprendre à la hiérarchie qu’elle avait commis une erreur. Et dans la culture internet, se tromper n’est pas grave, ça arrive à tout le monde. Mais quand ça arrive, il faut savoir le reconnaître, avec simplicité, sans façons, et repartir du bon pied. Ils y viendront, les journalistes, n’ayez crainte. Ou alors ils périront. Leurs confrères américains l’ont déjà pour la plupart bien compris, eux. Cela ne les sort pas de la crise, ils sont dedans, en plein milieu. Ils souffrent. Des journaux ferment. La vague n’a pas encore atteint nos rives avec toute sa puissance dévastatrice. Mais elle est en route. On n’est encore ici qu’au premier stade de la prise de conscience. Celui dans lequel les patrons de presse constatent la modification des habitudes de lecture et se demandent encore comment l’enrayer. Comment faire revenir les lecteurs au papier. Ou alors, comme me le disait récemment l’un d’entre eux, comment freiner cette évolution. Encore un instant, s’ils vous plaît, Monsieur le bourreau… Je crois, je suis convaincu que c’est vain. On n’arrête pas un TGV en se couchant sur les rails, c’est idiot. Suicidaire, évidemment. L’équation qu’ont à résoudre les patrons de presse et les journalistes est simple dans sa formulation, mais on en cherche toujours la solution, qui ne l’est pas: comment faire évoluer une industrie dont les recettes s’effondrent (publicité, abonnements, ventes au numéro) vers un modèle qui en génère suffisamment pour dégager des marges bénéficiaires? Il n’y a pas encore de réponse toute prête à cette question. Je crois d’ailleurs qu’il n’y en aura pas dans le cadre ancien. C’est le modèle du “journal” qui est en voie de devenir obsolète, je veux dire cette publication qui, pour un prix modique - nul sur le Net et dans les “gratuits” - prétend dicter à son public le menu de l’actualité qui doit l’intéresser.Le menu, ce sont désormais les publics, vous et moi, qui le composons selon nos goûts et nos centres d’intérêt. L’information, elle s’achète désormais à la pièce, chez une multitude de “vendeurs”. Comme la musique, qu’on n’achète plus chez les “majors” du disque, en albums, mais par morceaux, sur iTunes, pour en faire sa playlist à soi, sur mesure. Pour gérer cette transition, je pense que les journaux doivent impérativement repenser leur version “papier”, bien sûr, mais ils doivent aussi, et c’est un commandement plus pressant encore, mettre en place des stratégies internet adaptées au media. On en est encore très loin. Il y aura encore bien des tâtonnements. Mais c’est là que ça se passe. Si je repique un jour au journalisme professionnel, moi, je vous assure que ce sera online. Pas pour brûler ce papier que j’ai tant aimé et qui peut encore nous apporter beaucoup, de la profondeur surtout. Mais parce que c’est comme ça que l’on sauvera le journalisme et que l’on améliorera l’information du public. Background:Laisser un commentaire |
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