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Les journaux l'ont annoncé avec fracas ce mardi 23 février, Carrefour, numéro 2 mondial de la Grande Distribution va fermer 21 magasins et licencier 1.672 travailleurs. Depuis, je lis partout que c'était annoncé, que c'est honteux, que c'est la faute du management qui a manqué de vision, etc... Je vais dans ce billet nager un peu à contre-courant de tout ce qui peut se dire tout en n’exonérant pas Carrefour et son management des fautes et erreurs commises. Un partie de mon analyse repose sur un très bon article du soir d’avril 2009 (Le Soir 4 avril 2009) . qui m’a été communiqué par @karimmajoros (encore merci) Je comprends très bien l’émotion face au drame social. Je comprends la rage et la tristesse des travailleurs et des syndicats. Il n’en reste pas moins que certaines affirmations sont pour le moins osées. Mon but n’est pas d’expliquer pourquoi Carrefour en est arrivé là, je ne suis pas expert dans le domaine de la Grande Distribution mais bien de m’offusquer quelque part des hurlements sur l’échec de carrefour. Les raisons invoquées Il est néanmoins important que je fasse un court paragraphe sur les raisons qui ont mené Carrefour à l’échec qu’il connaît aujourd’hui. Pour ce faire, je vais réutiliser ce que j’ai pu lire par ailleurs sans préjuger de leur « vérité », je le répète, je ne suis pas expert du secteur. -Le manque de vision de la direction. (rappelons qu’une vision ne porte ses fruits qu’à long terme ~5ans), on ne peut donc pas aussi facilement que ça corriger le tir -Un positionnement Commercial flou. Carrefour s’est trompé de concurrent à son arrivée en Belgique. Le changement tardif de positionnement pour contrer son réel concurrent a ensuite brouillé son image -Trop de marques, trop de formats entre les ex GB-Express, les GB, les Carrefour, les Hyper…on finissait tous par s’y perdre -Un coût de personnel élevé. On invoque un coût supérieur de 29% par rapport à la concurrence. -Un dialogue social difficile : qui ne se souvient des blocages des grands magasins Carrefour à chaque initiative de la direction ? -Un format en perte de vitesse : de fait, et Carrefour travaille énormément ces deux dernières années à réduire la taille de ses grandes surfaces -Un Parc Immobilier en mauvais états… mais il n’appartient pas à Carrefour… l’achat des magasins il y a 10 ans à donné lieu à la revente des murs à une société Hollandaise Reveco… Ceci pour les raisons. Stupeur et hurlement : Carrefour le nouveau Grand Satan… S’il y a une chose qui m’insupporte au plus au point en ce moment, c’est le «haro sur Carrefour», ce sont les hurlements anti-Carrefour, ce sont tous ces journalistes et autres politiciens qui fustigent soudain Carrefour le laissant apparaître comme une mauvaise entreprise, sans cœur et pleine de reproche. Cette médiocrité, je ne la supporte pas ! Dans toutes les courses, il y a un gagnant, il y a un perdant. Voilà, c’est dit, c’est moche mais c’est comme ça ! Carrefour en Belgique, ce sont dix années tentées pour s’imposer. Et vous savez quoi ? Si Carrefour avait réussi, ce serait peut être Colruyt, Mestagh ou Delhaize qui aurait dû retsructurer ! La naissance, le vie et la mort des entreprises font partie du cycle économique menant à l’mélioration de la qualité, à l’innovation, à la baisse des prix etc. Ca n’enlève rien au drame social, ça explique juste que Carrefour a réellement voulu s’implanter et réussir ici. Il a échoué. Et croyez moi, vu les plumes qu’il y a laissé, il ne l’a assurément pas fait exprès ! Si on refuse que les magasins se fassent concurrence, soit. Alors passons à l’économie planifiée où tout les magasins sont égaux… et où tout le monde est mal servi ! 10 ans de pertes… Carrefour en Belgique, ce sont 10 années de perte et de non rentabilité ! Alors avant de hurler que Carrefour c’est un «gros méchant», je n’ai entendu personne dire «Merci»… «merci de vous être obstiné pendant 10 ans», «merci d’avoir racheté GB», «merci d’avoir tenté», «merci d’avoir proposé un autre modèle». Pendant 10 ans, Carrefour a assumé ses pertes contre vents et marrées. Alors qu’il réussit partout dans le monde, il échoue sur la Belgique.. et bien oui. Il aurait pu se retirer plus tôt, il ne l’a pas fait. Il va même tenter une nouvelle opération de sauvetage. Des acquis sociaux enviés par les employés des concurrents Derrière les hurlements syndicaux, je n’ai entendu personne dire : «en fait, Carrefour au lieu de racheter GB, aurait du laisser fermer tout les magasins et relancer la chaîne avec un modèle social from scratch». Quand il y a 20 ans Geert Noels a fait un job d’étudiant chez GB, il gagnait 65.000bef alors que pour le même job chez les concurrents, un student n’en gagnait que 40.000. Qui s'en plaignait? Aujourd’hui encore, le coût d’un salarié chez Carrefour en Belgique et de 38% plus élevé que dans les autres pays frontaliers. Ce sont des coûts salariaux qui restent supérieurs à la concurrence locale (on parle de 29%.) Alors, le management a peut être manqué de vision, mais avant de critiquer le retrecissement nécessaire du personnel, ce même personnel pourrait remercier Carrefour de les avoir mieux payé, mieux traités que la concurrence. Condamnation de l’échec Dans un pays qui manque cruellement d’entrepreneurs et de créateurs, fustiger l’échec est le meilleur moyen de dire aux gens : SURTOUT NE TENTEZ RIEN ! D’ailleurs, c’est aussi dans ce même pays qu’on est montré du doigt quand on réussi, qu’on est traité de fraudeur quand on entreprend, qu’on est jalousé de nos résultats mais jamais de notre dose de travail ! Carrefour, ce sont 4 grands managers qui se sont fait virer en dix ans. Carrefour a essayé, des hommes ont «sautés» aussi au niveau du management. Alors, il y peut être 1.672 perte d’emplois aujourd’hui… mais soulignons les 15.000 que le groupe Carrefour occupe en Belgique. 1.672 emplois perdus ? Chez Carrefour sans doute Mais la majorité de ces personnes retrouveront plus que probablement un emploi dans les sociétés ou franchisés qui reprendront ces sites ! Plutôt que de parler de tout casser, voyez comment construire votre futur que diable. Par contre, effectivement, on ne peut leur garantir le modèle social qui fut le leur. A force de refuser de revoir ses "acquis sociaux", on finit par les perdre tous. Le roseau qui ne plie pas finit par craquer A pousser toujours plus loin la logique du blocage, du status quo et du refus du changement, les syndicats portent aussi une part de responsabilité. A force de s’opposer à tout changement, a ne pas vouloir devenir plus flexibles sous prétexte d’acquis sociaux, il ne faut pas s’étonner que le navire finissent par couler sous le poids des contraintes venue d’une autre époque. Les contraintes changent mais on veut conserver le modèle… ce genre de chose ne marche pas. Wal Martisation Le cas Carrefour illustre aussi le phénomène low-cost et ce que j’ai appelé la Wal-Martisation de la société. Ne rêvez pas, pour augmenter votre pouvoir d’achat, vous voulez acheter toujours moins cher. Moins cher, moins rentable mais dans un modèle à haut coût social. Vous avez le choix, soit vous revoyez vos standards à la baisse soit vous acceptez que consommer, ça coûte de l’argent quelque part. Cessons de crier avec les Loups. Encore une fois, les causes sont multiples, mais ne comptez pas sur moi pour massacrer Carrefour ! Je suis abasourdis de lire les réactions d’un président de parti, Elio Di Rupo, qui dit «Carrefour a manqué de vision». Et monsieur Di Rupo ? Qu’a-t-il géré pour nous donner d’aussi brillantes leçons de gestion ? La Sabena (faillie)… l’ex-RTT devenue Belgacom (combien de plan sociaux pour s’adapter ?). Quelle est la vision de Monsieur Di Rupo ? Nous ressortir des bains de sang social et des crises libérales à tout bout de champs ? Elles sont où les belles avancées de son parti ? (les réactions des autres partis furent tout de même plus retenues et plus constructive…enfin, heureusement que le PS est à tout les niveaux de pouvoir, sans lui c’aurait été le bain de sang social…) Je suis peiné de lire les réactions des journalistes qui bêlent bêtement avec le troupeau. Oui, certes, il y a aujourd’hui un important plan social, oui, 1.672 personnes vous perdre leur emploi chez Carrefour mais il est plus que probable qu’une bonne partie d’entre elles soient reprises par les repreneurs des différents sites ! A côté de ça, quels sont les journalistes qui parlent des 15.000 emplois directs de Carrefour ? Des pertes assumées pendant 10 ans ? Cessez, je vous prie, de cracher sur ceux qui créent de la richesse et financent la sécurité sociale de ce pays ! Carrefour a tenté une aventure, il a échoué (et pas encore totalement au passage) jusqu’ici : il ne quitte néanmoins pas la terre de son échec et nul ne peut présager du futur ! Merci Carrefour de tenir depuis 10 ans et d’offrir 15.000 emplois dans notre pays. Carrefour n’a pas gagné mais c’est aussi le modèle dans lequel on vit qui veut ça. Merci Carrefour de vous obstiner comme vous le faites, malgré les obstacles ! Carrefour a fait des erreurs. Mais le manque de flexibilité et les blocages face aux changements n’ont sûrement pas aidé à les corriger. Malgré cela, Carrefour reste ! Que Carrefour ET les partenaires sociaux tirent les leçons de ces 10 années d’histoire et permettent une nouvelle tentative qui peut être cette fois réussira. Cette aventure, c’est Carrefour, ce sont les salariés de Carrefour et les partenaires sociaux de Carrefour qui doivent la relever. Les derniers commentairesLaisser un commentaire |
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