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Ces monuments sous échafaudage : comment concilier restauration et tourisme ?

lundi 1er septembre 2008, par Paul Villach


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De toutes les mauvaises surprises que peut réserver un voyage, il en est une assez frustrante : c’est de découvrir le monument pour lequel on a fait tant de kilomètres et qu’on se réjouissait d’avance de voir, enfoui sous un sarcophage ou dissimulé sous une immense tenture.



Les visiteurs de Paestum, ce site gréco-romain à 80 kms au sud de Naples, ont ainsi dû pendant plusieurs années se résigner à ne rien voir des temples doriques d’Athéna et d’Héra I couverts d’échafaudages au point de disparaître. Adieu la photo, sauf pour garder trace du spectacle insolite ! Le tremblement de terre de 1980 avait fragilisé ces chefs d’œuvre. Leur conservation à long terme était à ce prix.

Venise, des chantiers en permanence inévitables

Certains sites tendent même à devenir des chantiers permanents. Quand ce n’est pas une coupole, c’est une façade ou un dallage qui sont en réfection. Pour qui s’y rend une première fois, voire la seule de sa vie, on imagine la déception. Venise est sans doute un de ces sites où sont engagées des restaurations incessantes et on le comprend. Menacée autant par une intense humidité que par le niveau de la mer qui ne cesse de monter depuis un siècle et de l’envahir lors de « l’aqua alta », elle est le théâtre de gigantesques travaux qui sont en cours dans le cadre du plan de sauvetage « MOSE » pour contenir la montée des eaux quand conjuguent leurs efforts destructeurs marée, pluie et vent du sud. Les trois passes seront dans quelques années équipées de barrières mobiles pour tenter de contenir le flot à l’entrée de la lagune.

Mais, actuellement, certains lieux, qu’envahit régulièrement l’aqua alta, font aussi l’objet de travaux cyclopéens, comme le relèvement de leur dallage. Des palissades sont ainsi dressées aujourd’hui autour du campanile de San Marco. Tant pis pour la photo de cette place sublime ! Mais c’est aussi au tour de la coupole de la Salute avec ses volutes, à l’entrée du Canal Grande, d’être hérissée d’échafaudages, après la Tour de l’Horloge avec ses deux sonneurs maures, restée des années dissimulée sous une toile imprimée qui la représentait en photo.

Les deux façades du Palais des Doges, celle de la Piazetta et celle du quai, ont elles aussi longtemps disparu sous les toiles qui n’offraient également que la photo des murs et galeries cachées. On aurait donc pu croire être enfin débarrassé de ces travaux pour un moment. Pas du tout ! Les malheureux touristes qui ont découvert Venise pour la première fois en août 2008 ont eu quelque raison d’être dépités en voyant le fameux Pont des soupirs. On aurait dit que le spécialiste de l’emballage de monument, Christo, avait, après le Pont-Neuf de Paris et le Reichstag de Berlin, encore frappé : l’ensemble du paysage architectural qui se découvre du Pont de la Paglia, est enveloppé de gigantesques voiles publicitaires bleues à la gloire des voitures Lancia. Seule la passerelle du pont ressort avec une légende d’un humour douteux inscrite sur la toile au-dessous : « Il cielo dei sospiri » : de quoi lever les yeux au ciel, en effet, et de soupirer de rage !

En revanche, sur le Canal Grande, entre la Piazzale Roma et les abords de la gare de Santa Lucia, le nouveau pont Calatrava - du nom de son architecte - est désormais dépouillé de toutes ses prothèses et livre au regard la courbe pure de son arche qui enjambe l’eau d’un seul grand écart. Mais il n’est toujours pas ouvert. Il est objet de controverses si virulentes pour son architecture, son matériau, son coût et même son ascenseur pour handicapés, que son inauguration solennelle qui était prévue le 17 septembre prochain en présence du président de la République a été purement et simplement annulée par le maire de Venise.

La merveilleuse idée de Karlskirche à Vienne (Autriche)

Il est vrai que toutes ces constructions ou restaurations ne se prêtent pas à l’aménagement de visites qui associeraient le voyageur à ces nécessaires travaux, comme ceux engagés depuis plusieurs années à l’intérieur de l’Église baroque Saint-Charles - Karlskirche - à Vienne, œuvre de l’architecte Fischer von Erlach. Couverte d’une immense coupole ovale, sa nef est envahie d’un maquis d’écoperches, passerelles, plates-formes et ascenseur qui gâchent la visite puisque les fresques sont masquées et les perspectives détruites.

Or, l’idée est venue d’accueillir les visiteurs sur l’échafaudage. Il en coûte 6 euros pour monter à 45 mètres au-dessus du sol et approcher les peintures de J.-M. Rottmayr juste sous la lanterne où plane la colombe du Saint-Esprit. L’expérience est unique. Elle ne se reproduira sûrement pas avant plusieurs siècles : être en tête-à-tête avec les fresques à deux ou trois mètres d’elles, quand elles ne s’offrent d’habitude qu’à 45 mètres de hauteur, apercevoir en dessous la nef et ses parois de marbres polychromes dans un léger vertige, voler quelques vues sur Vienne à travers les fenêtres malgré leur grillage au-dessus des colonnes qui, imitées de la Colonne Trajane de Rome, encadrent fronton et coupole à l’extérieur, et enfin imaginer quelques instants l’audace, l’intrépidité même, et surtout l’expertise de tous ses artistes qui ont élevé et peint pareil prodige..., l’aventure est inoubliable. Sans doute, la restauration y trouve-t-elle une source de revenus, mais le visiteur, lui, y trouve plus que son compte.

Concilier restauration et tourisme n’est pas facile, puisqu’ils se contrarient l’un l’autre, alors qu’ils ne s’entretiennent pas moins l’un l’autre. Karlskirche est assurément une expérience qui devrait donner des idées aux restaurateurs et à leurs tutelles, puisqu’il n’existe pas de tourisme sans monuments préservés et que ceux-ci sont destinés à être offerts à l’admiration des visiteurs. Paul Villach





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