Devenez rédacteur


Chroniques de crise (2) : bye, bye, l’euro ?

vendredi 2 décembre 2011, par Charles Bricman


translate : Nederlands English Deutsch +

 

Voir en ligne : http://blog.pickme.be/2011/11/29/ch...

Avec des taux au-dessus d’intérêt au-dessus de 7%, la question n’est plus de savoir si l’Italie va s’effondrer. Elle est de savoir quand l’Italie va s’effondrer si ça perdure. La troisième économie de la zone euro après l’Allemagne et la France, oui.

Ce n’est pas de l’astrologie ni de la divination, c’est de l’arithmétique. Lorsque les taux d’intérêt sont durablement supérieurs au taux de croissance, la dette grossit inexorablement toute seule car vous devez emprunter toujours plus pour couvrir des charges d’intérêt toujours plus importantes. Et il arrive alors immanquablement un moment où vous ne trouvez plus de prêteur pour vous fournir de quoi payer vos dettes. Cessation de paiement et ébranlement du crédit. Les deux éléments constitutifs de la faillite. Dans le cas des Etats, on appelle ça faire défaut sur sa dette.

 

Avant l’euro, les nations entraînées dans cette spirale avaient une issue de secours: la planche à billets. C’était douloureux car lorsque la masse monétaire croît plus rapidement que n’augmente la richesse produite par le travail, la monnaie perd de sa valeur. C’est l’inflation dont on a coutume de dire qu’il en faut toujours un peu – sinon, c’est la déflation, pas plus agréable -, mais pas trop. Depuis le temps, on aurait pu se dire qu’un système qui exige « un peu » d’inflation permanente doit bien avoir un défaut quelque part, mais c’est comme ça dans le Système et ce n’est pas le sujet ici, j’y reviendrai sans doute. Toujours est-il que l’Italie n’a plus à sa disposition de planche à billets pour annuler peu à peu la dette qu’elle a en trop, en la remboursant avec des lires dépréciées, valant moins que les lires de l’année précédente.

L’Italie rame comme tout le monde dans la galère de l’euro. Qui serait assurément un beau bateau, n’était la Crise, si tous les rameurs y ramaient en cadence. On savait bien que ce n’était pas tout-à-fait le cas, au début, mais « ils » s’étaient dit qu’avec le temps, ça devait s’améliorer tout seul. Tout le monde comprendrait qu’il faut faire un effort et ajuster ses pratiques de rameur (c’est-à-dire sa politique) sur la moyenne générale, ce qui réduirait par le fait même les divergences ente les économies.

Tiens, donc… C’est tout le contraire qui s’est produit. La même monnaie pour tout le monde, au début, ça voulait dire aussi à peu près les mêmes taux d’intérêt d’Helsinki à Salonique et Séville. Et l’euro fonctionnait en somme comme une moyenne de toutes les monnaies européennes au début de l’opération, moins forte que l’aurait été le mark, mais plus que l’auraient été la drachme ou la lire. Au Temps zéro, c’était supportable par définition puisqu’il s’agissait d’une moyenne. Mais les Allemands ont donc pu vendre plus à leurs voisins qui ont acheté à crédit, sans pour autant pouvoir se mettre en situation de produire plus et mieux. Au lieu de converger, les économies ont divergé encore plus, aggravant les tensions au lieu de les réduire.

On en est là. Au bord de la falaise. La seule solution technique pour sauver l’euro, serait de faire de la zone euro un véritable Etat. C’est en somme ce qu’a l’air de demander maintenant Angela Merkel avec la réforme des Traités. Et ça ne se limite pas à nommer Van Rompuy super euroministre des Finances pour la forme: cela suppose aussi que les anciens Etats abandonnent ce qui reste de leur souveraineté, en échange d’une autonomie relative, comme celle dont jouissent les Etats fédérés dans les Etats-Unis, au profit d’une Europe dont les chefs ne sont toujours pas élus par les Européens, ni politiquement responsables devant le parlement européen. Des Etats qui deviendraient donc de simples provinces, placées sous la tutelle de l’Union habilitée à les contraindre. Comme elle le fait déjà largement avec l’Etat grec.

Sarkozy en préfet du pouvoir bruxellois? Je me demande comment la France et les grandes nations européennes vont prendre ça. Et ce que vont dire les peuples qui, lorsqu’on leur demande de se prononcer par referendum, ne paraissent pas vraiment enthousiastes. Pourtant, c’est ça ou le chaos, maintenant. Ceux qui prédisaient que l’euro forcerait la convergence n’avaient pas tout-à-fait tort, au fond. Ils n’avaient seulement pas dit que si ça se faisait, ce serait au knout et qu’il pourrait y avoir des résistances.

Ce ne serait pas « la faute des banques », alors? Vous ne m’avez pas entendu dire ça. La crise de l’euro n’est au contraire qu’une manifestation parmi d’autres de la Crise Systémique, la poudrière qui menace de faire sauter toute la boîte.

PS: Voyez dans les commentaires du billet précédent les sources proposées par d’autres. Je les rassemblerai bientôt dan un billet de synthèse. N’hésitez pas à encore alimenter la réserve avec vos lectures favorites.



translate : Nederlands English Deutsch +

Laisser un commentaire

?

Derniers articles de Charles Bricman :


Brouillard artificiel

Liberté d’expresion

Une fessée pour Richard

 

D'autres articles:

Belgique

Des nouvelles du café du commerce des agences de notation : et si on se faisait la Belgique ? (Jean Quatremer)

Les indépendantistes flamands en embuscade (Jean Quatremer)

I had a dream… (Charles Bricman)


Crise

Connaissez-vous les SWAPS ? (Claude Thayse)

Nos élus font ils fausse route ? (Jamy)

Face à la crise, pas de salut sans industrie ! (LucasAimont)


Euro

Faut-il sauver l’euro ? Peut-on sauver l’Europe ? (Institut Thomas More - Comité belgique)

Angela Merkel veut mener l’euro à coup de stricte (Jean Quatremer)

Trichet, président de la zone euro ? (Jean Quatremer)





Medium4You.be  Politique éditoriale | Conditions générales et vie privée | Contactez-nous