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Hommage à un Homme, un Père, un Grand-Père, un Frère, un Ouvrier, un Sicilien.
Tonton Gino, J’ai eu une très dure nuit. Tu sais bien, ces chevaux pour les USA… et, je te l’avoue, j’ai beaucoup pensé à toi, ce qui m’a perturbé.
C’était pas la bonne nuit, non. Pas seulement parce que cet abruti de gestapiste de la sécurité aéroportuaire a vraiment pollué les opérations mais aussi parce qu’en pensant à toi, j’ai réalisé que je n’avais pas pensé à toi assez avant ce jour. Je pense souvent à tous ceux qui ont compté pour moi mais c’est difficile dans le train fou de la vie de voir où on est. Alors on fixe l’horizon parce que c’est le point qui bouge le moins vite… on fixe une destination sans plus profiter du voyage.
Aujourd’hui, j’ai consulté la Dhnet quelques minutes, plus pour essayer de fuir ces questions existentielles que pour réellement m’informer. J’aurais voulu qu’on y parle de toi…
Qu’y lit-on ? Que la rédaction se révolte (enfin) contre la tyrannie du Standard, qu’une maison a encore explosé (à Bruxelles, pas à Bagdad), beaucoup de sport, qu’un clown pleureur organise un putsch pour évincer le putschiste comique du même parti pathétique, que Colruyt est le moins cher, que la DH remplit votre frigo pour rien (pauvre Colruyt…), … et d’autres conneries en tout genre qui me pèsent en tant qu’Homme parce que combinées à la profonde débilité humaine manifestée cette nuit où la bureaucratie appliquée par un imbécile me remet à la place de son neurone : tellement seul et perdu dans un océan de vide dont ma complainte ne produit qu’un écho entrecoupé de silences étourdissants.
Mais non, Tonton, c’est pas tous les jours comme ça. Enfin, si, mais ça ne prend jamais une telle dimension surréaliste.
Pas depuis que j’ai reçu le message de mon cousin, ton fils, cette nuit, m’annonçant ta disparition. A 64 ans… même pas l’âge de la pension…
J’aurais voulu y lire quelque chose sur toi mais on ne parle jamais des gens comme toi dans les journaux. Un Homme qui a bossé toute sa vie jusqu’à en devenir malade au point de ne plus pouvoir travailler, un simple Citoyen qui n’a jamais volé personne, qui n’a jamais fait de l’ombre à personne. Il y en tellement des « comme toi » dont les racines siciliennes sont ancrées dans notre Liège sidérurgique. Fils de mineurs (comme tant d’autres) qui sont venus vivre dans une misère relativement opulente en comparaison à ce qu’ils connaissaient chez eux. Et, au final, tu n'as pas mal réussi, pour le bien être de tes enfants, notmament. Non, Tonton, on ne peut pas parler de tout le monde qui te ressemble dans les journaux. Mais tu es ma famille et je réalise combien il est plus important de penser à toi si discret. Surtout pour moi, peut-être.
Ces souvenirs de pêche et de camping, de handball et d’autres anecdotes comme nos déplacements en Lada qui ont pavé mon enfance et mon adolescence envahissent mes glandes lacrymales parce que même si ça fait longtemps que je sais que c’est fini ce temps-là, je sais que jamais on ne passe assez de temps à s’efforcer de rester des gamins dans ce monde où l’être humain n’a plus de vocation mais bien juste une fonction, dans le meilleur des cas.
Tu laisses derrière toi des neveux et des nièces qui n’ont jamais su t’exprimer tant de tendresse ni beaucoup d’autres choses, d’ailleurs, mais sois sûr que la tristesse qui les mine ce matin est sincère et aussi infinie que le temps qui ne nous laissera jamais l’opportunité de nous ratrapper. Tu laisses derrière toi une épouse qui a toujours été le bâton sur lequel tu as pu t’appuyer ; deux sœurs qui, même dans les moments typiques de querelles à la sicilienne n’ont jamais cessé de t’aimer profondément et de te respecter en Frère comme il se doit sur l’île de la Trinacria… mais surtout, une fille désemparée et un fils courageux dont tu peux être fier.
Je rentre à la maison, je pense énormément à toi, à eux, à tes quatre petits enfants… et à tous ceux qui s’en vont et qui ne sont rien d’intéressant pour les journaux parce qu’ils sont formidables. Sans plus.
Tonton, n’oublie pas d’embrasser Nona, Nono pour nous et garde bien précieusement le petit bout de moi que tu as emporté avec toi.
Ciao, Bello…
Ton Neveu (au nom de son frère et de ses deux soeurs).
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