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Claude Eerdekens

vendredi 9 avril 2010, par PAN

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Profession : Député-bourgmestre d’Andenne (PS)

Age : 62 ans

Signes particuliers : Plus ancien bourgmestre de Wallonie (depuis 1972 !), Le Glaude mène sa dernière croisade contre les écolos, sous sa bannière de socialiste indépendant/socialiste de droite/libéral de gauche – à vous de choisir.

 

 

 

 

« Elio, ne te laisse plus entuber par les écolos ! »

 

 

-          Serez-vous sincère pendant cette interview ?

-          Je devrais peut-être parfois m’efforcer de ne pas l’être, mais je suis toujours sincère.

-          Vous êtes député socialiste ou indépendant ?

-          Je suis socialiste, très indépendant d’esprit – personne ne m’empêchera de penser – mais socialiste. J’ai eu une réaction d’humeur qui s’est transformée en mauvaise humeur.

-          Souffrez-vous d’écolophobie ?

-          Non, je ne pense pas. J’apprécie le programme de tous les partis, et je peux souscrire à 80 % à celui d’Ecolo. Ce que je n’aime pas, c’est leur côté rigide, extrémiste et dangereux pour l’économie et le niveau de vie des Wallons.

-          Dangereux ?

-          Je prends un exemple : quand les écolos avaient l’Energie au fédéral (1999-2003) et à la Région (1999-2004), ils ont piloté la libéralisation de l’électricité. En 2000 déjà, j’avais dit que c’était de la folie pure, et que dix ans plus tard, on paierait l’électricité bien plus cher. J’ai récemment posé la question au ministre Nollet, qui a reconnu qu’effectivement, l’électricité est aujourd’hui en Wallonie 30% plus chère qu’en France. Tout ça parce qu’ils ont voulu une libéralisation avec leur phobie à l’égard des communes et intercommunales qui distribuaient l’électricité !

-          Le PS était aussi au pouvoir à cette époque-là ou quand on a privatisé Belgacom, or on paye Internet beaucoup plus cher en Wallonie qu’en France !

-          Bien sûr, c’est clair et net. Quand des entreprises ont une assise monopolistique, vous n’avez pas de concurrence et donc pas de jeu sur les prix.

-          Jusqu’à nouvel ordre, c’est le MR qui défend le plus les libéralisations…

-          Non, il est clair que le MR est plus à droite que nous, mais je ne suis pas sûr qu’Ecolo soit un parti de gauche. Ecolo est un parti qui ratisse à gauche, au centre et à droite mais dont les cadres sont souvent réactionnaires. Je ne crois pas que la baronne [Thérèse] Snoy et d’Oppuers, députée fédérale du Brabant wallon qui ouvre son château une fois l’an au peuple Ecolo, soit vraiment une femme de gauche dont les convictions sont franchement ancrées à gauche.

 

 

 

-          Le développement durable, c’est de la couillonnade ?

-          Non, du tout. J’adore la nature, je suis un défenseur de la biodiversité. Mais les écologistes n’ont pas le monopole de l’écologie, qui est une science bien définie. Ce qui est gênant, c’est qu’ils se sont accaparés une science bien définie et en ont fait une doctrine politique. C’est particulièrement dangereux parce que la science, elle évolue, elle n’est pas une et indivisible… Ca me gêne très fort sur le plan philosophique. Quant au respect de la nature, oui ! Mais l’homme doit-il en être l’esclave ? Je pense que l’homme est l’égal de la nature et qu’ils doivent se respecter mutuellement. Ce que je ne supporte pas, c’est la pensée unique qui règne en Belgique, où on considère que l’homme est responsable de tous les maux de la Terre. Je pense plutôt que l’homme est responsable de tous les bienfaits de la Terre, même si à certains moments, certains de ses comportements sont nuisibles pour la nature.

-          Vous êtes quand même un peu climato-sceptique…

-          Mais regardez ! Il y a eu des variations climatiques tout le temps, dans l’Histoire ! Au Moyen-âge, il y a eu l’optimum médiéval où le Mont-Blanc n’était pratiquement plus blanc et où on cultivait du blé à 2000 mètres d’altitude dans le Tyrol ! Venir dire que nous sommes responsables, non ! Quelle est la part de la Wallonie parmi les émissions mondiales de CO² ? J’ai posé la question à Philippe Henry et il y a répondu, à celle-là, en citant des statistiques de 2000 : à l’époque, la Belgique représentait 0,46% des émissions mondiales de CO². Depuis, la Chine, l’Inde ou le Brésil se sont développés, et la part de la Belgique ne doit plus représenter qu’un tiers de %. Là-dedans, celle de la Wallonie n’est que d’un tiers. Au final, la Wallonie représente donc un millième de la production mondiale de CO² ! Et on nous demande, par exemple dans la Déclaration de politique régionale, de prendre des mesures comme si on était responsables de 99% ! J’aime autant vous dire qu’à Pékin ou à New Delhi, ils en rigolent encore ! Et quand Monsieur Javauxfait un congrès sur les petits pas à adopter pour lutter contre le réchauffement climatique, je ne pense pas que les scientifiques chinois, qui préparent 141 nouveaux sites nucléaires, l’écoutent pour savoir quel climat il fera dans vingt ans.

-          A en croire Ecolo, le réchauffement climatique nous conduit pourtant vers la fin du monde !

-          Oui ; l’homme a besoin de religion, et l’écologie politique répond à ce besoin du monde judéo-chrétien. Luc Ferry, ancien ministre français de l’Education et professeur à Lille, a écrit il y a quelques années Le nouvel ordre écologique, dans lequel il retrace les origines de l’écologie politique. Il mentionne ainsi qu’au Moyen-âge, alors que les seuls tribunaux de l’époque étaient ecclésiastiques, dans le Midi de la France, quand un viticulteur voulait lutter contre les pucerons sur ses vignes, il ne pouvait pas les tuer : il devait prendre un avocat et saisir le tribunal ecclésiastique pour avoir l’autorisation de tuer les pucerons. Et l’évêque désignait un avocat commis d’office pour défendre la cause des pucerons ! C’est aussi au nom de l’écologie qu’Hitler, en 1933, va prendre un des premiers décrets nazis, qui consiste à interdire aux juifs d’aller dans les forêts en raison de leur « impureté ». L’écologie politique n’a évidemment rien à voir avec le nazisme, mais voilà des preuves qu’au nom de la nature, on a pu faire tout et n’importe quoi ! Ce que je reproche aujourd’hui à certains écolos, c’est qu’ils sont comme des pénitents, des bourgeois de Calais en robe de bure, qui se promènent en se flagellant le dos parce qu’ils sont responsables des maux de la Terre.

 

 

 

-          Comment avez-vous réagi à la récente confession religieuse de Jean-Michel Javaux ?

-          C’est un problème de vie privée, qu’il étale avec délectation pour culpabiliser Joëlle Milquet qu’il traite de mauvaise catholique, parce qu’elle ne se signe pas dans les églises. Il veut être plus catholique que le pape, c’est assez extravagant. J’ai aussi lu qu’il se met au garde à vous et que ses enfants se lèvent quand il entend la Brabançonne le jour du discours royal de Noël ; même dans la noblesse ultracatholique et au Renouveau charismatique, on ne pousse la religiosité aussi loin ! Monsieur Léonard doit être très fier d’avoir un homme politique qui suit ses principes avec une telle fidélité.

-          Le dossier Citta verde ou celui de l’implantation de Delhaize dans votre commune sont-ils des exemples de l’impossibilité de concilier emploi et écologie comme le promet la DPR ?

-          Non, il faut favoriser les alliances emploi-environnement, et le monde économique ne s’y est pas trompé : comme les gens ont mauvaise conscience parce qu’ils polluent, ils veulent acheter du bio même si c’est plus cher et pas nécessairement meilleur, mais c’est leur choix. Et pourquoi pas ? J’adore le bio, ma femme est très sensible aux poudres à laver moins polluantes et je peux me l’offrir, mais ce n’est pas le cas de tout le monde ! Ceci dit, c’est bien : ça fait du fric.

-          Vous couvrez l’Olivier de tous les maux, mais vous en avez voté la Déclaration de politique régionale !

-          Oui, je l’ai votée, mais je dois dire qu’au bureau du PS, je suis le seul à m’être abstenu sur l’accord Olivier. J’avais dit à l’époque que j’avais envie de souscrire à cette déclaration mais que si on donnait l’Aménagement du territoire à Ecolo, tout allait être bloqué. Si j’avais su qu’Ecolo ne l’aurait pas, j’aurais voté pour, et inversement. Comme on ne savait pas encore, je me suis abstenu. Et je pense que l’actualité a révélé que ce n’est pas du tout évident !

-          Même avec 18%, Ecolo ne décide quand même pas plus que le PS avec ses plus de 30% !

-          Au PS, on a peur des réactions des écolos, on dirait qu’ils sont les Pères Fouettard de la politique belge – pour moi, ce sont plutôt des épouvantails qui font fuir les investisseurs, on ne sait rien faire avec ces gens, c’est une catastrophe ! Or il faut bien se rendre compte que sans investisseurs, la Wallonie n’est rien ! Je ne crois pas à l’intelligence, à la rationalité du politique lorsqu’il s’agit de décider à la place du privé. Ou alors on tombe dans ce que j’appelle la soviétisation de l’économie, et moi je n’ai pas envie que demain la Wallonie soit la Corée du Nord de l’écologie radicale !

 

 

 

-          Vous avez gardé une frustration de votre éviction du ministère des Sports en 2007 ?

-          Non, c’est vrai que j’ai été un peu déçu à l’époque parce que je trouvais que j’avais fait du bon boulot et que j’en avais encore à faire. C’était d’ailleurs l’avis des fédérations sportives qui n’ont pas compris, tout comme moi, que Michel Daerden ne pense plus six mois après au centre sportif de haut niveau que je préparais, et pour lequel il m’aurait fallu un an de plus – Michel n’avait pas la même conception que moi du sport, il est plutôt supporter que sportif. Mais quand j’étais ministre, j’étais orphelin de ma ville. Je préfère cent fois être parlementaire et bourgmestre que d’être ministre, a fortiori ministre qui n’a rien à dire comme c’est le cas de beaucoup de ministres.

-          Vous n’avez pas voté le récent texte wallon concernant lerévisorat d’entreprise. Pourquoi ?

-          Ce n’est pas du tout pour défendre ou cautionner Michel Daerden : je me suis abstenu parce ce que ça me gêne qu’on fasse une loi pour un cas, je n’aime pas les lois d’exception. Pourquoi ne pas faire une loi générale qui concerne aussi les avocats, les médecins, etc. ? Toutes les lois d’exception sont des lois mal fichues qui ne résistent pas à la censure des tribunaux internes, qui créent une insécurité juridique et qui portent en elles le germe de la vendetta politique.

-          Faut-il revoir le Code de la démocratie locale ?

-          Bien sûr ! Ce Code de la démocratie locale, c’est le Code de la méfiance organisée à l’égard des pouvoirs locaux, des 262 communes wallonnes qu’on considère comme 262 zones de non-droit, à telle enseigne qu’il faut tout organiser pour elles ! 262 assemblées d’incapables ! Et c’est le gouvernement wallon qui va dire comment elles doivent faire ! J’aime autant dire que si les 262 communes étaient gérées comme l’a été le gouvernement wallon, je ne sais pas dans quel état elles seraient !

-          Vous êtes toujours rattachiste ?

-          Oui ! Je reste Belge et je suis attaché à la Belgique. Mais je suis persuadé que ça ne va pas durer aussi longtemps que les contributions, notamment à cause de la radicalisation du paysage politique flamand composé à presque 50% d’indépendantistes. Si, à un moment donné, ces indépendantistes sont majoritaires à la Chambre, les heures de la Belgique seront comptées, ou alors elle restera aux conditions qu’ils poseront, avec des citoyens de seconde zone qui seront les Francophones. Dans cette hypothèse et pour autant qu’il y ait un référendum populaire, je suis pour le rattachement à la France et j’anticipe : j’ai le portrait du général De Gaulle dans mon bureau !

-          Anne-Marie Lizin ou José Happart ?

-          Je dirais José Happart, pour le combat qu’il a mené avec beaucoup de courage physique quand il était jeune.

-          Anne-Marie Lizin méritait d’être exclue du PS ?

-          Je pense qu’elle a un peu tellement tiré sur la corde que celle-ci s’est à un moment donné cassée. Elle a sauté sur des broutilles, mais qui s’étaient additionnées à d’autres. Même si nous n’avions pas de rapports particulièrement positifs ou négatifs, j’ai quand même de la peine pour elle.

-          Jean-Charles Luperto ou Eliane Tillieux ?

-          Ca dépend… pour quel dossier (rires) !

-          Mischaël Modrikamen ou Jean-Michel Javaux ?

-          Je préfère Javaux, parce que l’autre, c’est quand même le parti des Porsche et des Jaguar. Et je pense que Javaux est honnête, même si je ne partage pas ses idées.

-          Paul Magnette ou Rudy Demotte ?

-          J’ai envie de les mettre à égalité : Rudy parce qu’il a sa durée, etMagnette parce que c’est pour moi le plus brillant des socialistes. C’est un terrible espoir pour le PS, c’est quand même une intelligence pure, une mécanique intellectuelle exceptionnelle, avec un charisme fou.

-          Il a tout d’un futur président du PS ?

-          S’il fallait un jour voter, entre beaucoup de candidats, il aurait ma voix.

-          Philippe Henry ou Willy Borsus ?

-          Willy Borsus, sans hésitation. Mais si vous me demandiez de choisir entre Henry et Modrikamen, je dirais Henry quand même… J’ai été dur à son égard, mais je n’ai pas d’animosité. Je n’aime pas faire de la peine aux gens.

 

 

 

-          Si vous devez adresser un commentaire impertinent à votre président de parti ?

-          Elio, je t’adore mais nom de dieu, ne te laisse plus entuber par les écolos.

-          Comment vous voyez-vous dans dix ans ?

-          En France !

-          Après 35 ans de mayorat, n’avez-vous pas fait le vide autour de vous ?

-          Non. Le successeur est prêt…

-          …Vincent Sampaoli ?

-          Oui.

-          I reprendra le mayorat en 2012 ou plus tard ?

-          Au plus tard en 2018.

-          Qu’aimeriez-vous qu’on retienne de vous ?

-          Que j’ai vraiment un bon cœur, parce que sous des dehors bourrus, je suis un sentimental et un tendre.

 


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Les derniers commentaires

  • Claude Eerdekens

    par nicnol (IP:xxx.x64.206.168) - 26 avril 2010 09:46

    Très bonne interview ! Excellente démonstration de l’intégrisme insensé et imbécile d’Ecolo. Nouvelle Inquisition, les supplices et les bûchers en moins,les Ecolos s’y entendent cependant pour brûler "médiatiquement leurs têtes de turc ! Quant à leurs membres, de Josy Dubié au communisme-marxisme-trotskysme-maoïsme mal digérés à Jean-Michel Javaux, nouvelle incaranation du "saint" à la Fénelon en passant par Sandra Turine, Philippe Henry et Jean-Marc Nollet (n’oublions - SURTOUT PAS - Evelyne Huytebroeck), quelle smallah de fous dangereux !



    Et MILLE FOIS OUI au rattachement à la France !

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