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Collaboration, De Wever se trompe, le malaise est belge !vendredi 24 septembre 2010, par Claude Thayse 2 réactionsVoir en ligne : http://www.claude-thayse.net/articl...
La chronique de Bart De Wever au journal flamand « De Standaard » (et reprise par « Le Soir » !) consacrée à la collaboration a fait couler beaucoup d’encre et de salive. Sans revenir sur les aspects politiques de son message, ce dernier et les réactions qu’il a suscité montre qu’il faut bien comprendre que la crise belge est bien plus qu'une querelle de communautés, elle est le choc de deux principes fondamentaux. De deux visions du monde, de deux conceptions de la Nation. Je ne reviendrai pas sur le billet précédent que j’y avais consacré.
Il n’empêche, Bart De Wever a soulevé un lièvre. Aveuglés par leur souci de maintenir un avenir bien improbable pour la Belgique en diabolisant les propos, certes provocateurs, commentateurs politiques, journalistes et politiciens ont perdu une occasion d’ouvrir le débat sur la réalité de la collaboration. Comme pour Leterme jadis, vous dites De Wever et les voyants rouges s’allument…
On connait les chiffres (*) de la répression individuelle : - Entre septembre 1944 et la fin de l'année 1949, 405.067 inculpations ont été ordonnées pour des actes de collaboration. - 288.101 de ces dossiers (soit 71 %) ont été classés sans suite. - 59.712 (15 %) ont débouché sur un non-lieu. - 57.254 (14 %) ont donné lieu à des poursuites pénales. - 53.005 Belges seront finalement condamnés pour faits de collaboration avec l'occupant allemand. - L'emprisonnement à perpétuité a été prononcé contre 2.340 personnes. - 2.940 condamnations à mort seront prononcées. La majorité des condamnés à la peine capitale seront finalement graciées. - 242 collaborateurs ont été exécutés. Parmi eux, il y a Victor Matthijs et José Streel, le chef officiel de Rex durant l'occupation nazie et l'idéologue du mouvement rexiste. - 43.093 Belges ont perdu leurs droits civiques et politiques dans le cadre de l'épuration. - Plusieurs milliers d'ex-collaborateurs s'enfuiront, souvent avec leur famille et la complicité de réseaux nazis - ou catholiques - et des services secrets occidentaux, à l'étranger : en Allemagne, en France, en Espagne, en Afrique du sud, en Amérique latine... - Parmi les 2.895 condamnations à mort et les 2.340 condamnations à la perpétuité, respectivement 1.693 et 501 furent prononcées par contumace.
Mais ce n’est là que les chiffres de la répression individuelle. Je ne reviendrai pas ici sur la différence de traitement des collabos entre la Wallonie où la répression fut plus importante et les autres Régions. Tout ça est connu et publié.
Quand je dis que De Wever a soulevé un lièvre, c’est celui dont personne n’a parlé (ou n’ose parler). En réalité, les autorités publique st économiques de la Belgique officielle ont collaboré d'une manière indigne pour une démocratie. C’est un des épisodes qu’on occulte dans ce pays depuis 1945. Les archives concernant cette époque ne sont pas publiées. Si mes souvenirs sont bons, elles sont sous scellés jusqu’en… 2045.
La collaboration administrative maximale a été la règle des autorités qui n'entendaient certainement pas se poser trop de questions alors que par ailleurs, la collaboration économique battait son plein.
La Belgique officielle n’a ainsi jamais fait son auto-critique. Comme l’a écrit quelqu’un un jour : « la guerre révèle l'âme d'une société ». Peu de publications sont venues en support à cet indispensable devoir de mémoire. A part – à la demande du Sénat – « La Belgique docile », une étude accablante effectuée par le CEGES sur le comportement des autorités belges et la persécution des Juifs.
Là où De Wever se trompe (volontairement ?), c’est quand il parle du malaise des Wallons à propos de cette période. Les Wallons n’ont pas de complexes à avoir. C’est aux non-dits belges qu’il aurait du réserver ses attaques. Evidemment, qui dit belge… dit comment cette période – comme d’autres – a favorisé la Flandre. Ceci expliquant cela… De Wever ne pouvait évidemment pas l’écrire.
(*)Sources : http://www.resistances.be/amnistie02.html - «La répression des collaborations 1942-1952 – Un passé toujours présent», s.d. De Luc Huyse et Steven Dhondt, éditions du CRISP, Bruxelles, 1993 (traduit du néerlandais, 1991), 345 p - «Collaboration, répression – Un passé qui résiste», s.d. De José Gotovitch et Chantal Kesteloot, éditions Labor, Bruxelles, 2002 - «Dictionnaire de la Seconde Guerre mondiale en Belgique», s.d. De Paul Aron et José Gotovitch, éditions André Versaille, Bruxelles, 2008
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