Devenez rédacteur
|
Voir en ligne : http://bruxelles.blogs.liberation.f...
Parmi les flots de commentaires qui ont suivi le demi-échec du sommet de Copenhague, certains n’ont pas hésité à stigmatiser une responsabilité européenne. L’agence anglo-saxonne Reuters a ainsi titré une dépêche :« l’Europe a perdu la bataille de Copenhague sur le climat ». Elle s’appuie, notamment, sur le député européen vert, Yannick Jadot, qui a estimé que « l’Europe, qui voulait être à la fois la plus vertueuse et le leader, n’a pas réussi à influencer le texte dans le bon sens ». Et de dénoncer, une« crise de leadership » au sein de l’Union européenne, « les jeux d’égo de Sarkozy, Brown et Merkel (ayant) créé d’énormes tensions ». D’autres ont conclu que, décidément, le monde était plus que jamais dirigé par le couple États-Unis/Chine, puisque ce sont ces deux pays qui ont dicté l’accord final. Le raisonnement est pour le moins curieux. Imaginons un instant qu’il s’agisse de commenter une agression sauvage contre Gandhi par deux voyous. En conclurait-on que le Mahatma a manqué de « leadership », qu’il est responsable de son malheur et que les voyous ont gagné ? Évidemment pas. En l’occurrence, on ne voit pas en quoi l’Union a failli : elle est le seul ensemble politique de la planète à avoir adopté des objectifs ambitieux et surtout contraignants en matière de lutte contre le changement climatique, conformes à ce que demande l’ONU. Elle a aussi déjà décidé d’aider les pays les plus pauvres de la planète à faire face à ce défi majeur. Mieux, comme l’a annoncé Nicolas Sarkozy, l’Union n’hésitera pas à porter son effort de réduction d’émission de gaz à effet de serre de 20 à 30 % d’ici à 2020 par rapport à 1990. Une exemplarité qui n’a certes pas suffi à emporter la décision. Mais est-ce la faute de l’Union ? Dans un système onusien où l’unanimité est la règle, on ne voit pas en quoi elle a failli. Par un masochisme extraordinaire, on en vient presque à pardonner aux États-Unis de Barak Obama, en invoquant les contraintes de politique intérieure, et à la Chine, en reconnaissant ses besoins de développement, leur responsabilité totale dans l’échec de Copenhague : ils ont certes dicté l’accord final, mais tout simplement parce qu’ils ne voulaient pas aller aussi loin que le souhaitait l’Europe, en particulier. On ne voit vraiment pas ce que l’Union aurait pu faire de plus et en quoi le leadership du monde revient à ceux qui disent non. Pourquoi ne pas étendre le raisonnement à l'Iran et à la Corée du nord sur le nucléraire? Certes, le choc des ego nuit à l’Europe, brouillant son message. Sans doute aurait-il été plus efficace de n’envoyer qu’un seul représentant à Copenhague pour que la voix européenne porte plus. Mais, de là à rendre responsable l’Union de l’égoïsme à courte vue des Américains et des Chinois, il y a un pas qui n’aurait pas dû être franchi.
Laisser un commentaire |
?
Derniers articles de Jean Quatremer : Quand la commission redécouvre la croissance... Euro : Sarkozy se « mélenchonise » dans la dernière ligne droite L’UE d’espoir au conseil européen D'autres articles: Union EuropéennePourquoi l’Union et le FMI demandent à la Grèce de diminuer ses salaires (et ses prix) (Jean Quatremer) Cohn-Bendit : "L’Europe négocie un traité dont elle n’a pas besoin" (Jean Quatremer) L’Union veut déjouer les fausses notes (Jean Quatremer) CopenhagueClimat : l’après-Copenhague sera européen (Jean Quatremer) Coup d’Etat raté à Copenhague (David Leloup) |