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Courez au Parc, Fracasse y est encore !

lundi 12 octobre 2009, par Charles Bricman


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Voir en ligne : http://blog.pickme.be/2009/10/10/co...

Il ne vous reste – hélas – que quelques jours pour vous précipiter au théâtre du Parc, mais allez-y, vous ne le regretterez pas. Jusqu’à vendredi prochain, on y joue Le Capitaine Fracasse, d’après Théophile Gautier. C’est un pur bonheur, je l’ai connu hier soir.

L’extrait ci-dessus vous donne le ton de la pièce: il y a du spectacle, dans l’esprit des comédiens ambulants du XVIIe siècle et des grands romans de cape et d’épée (Dumas, Féval…) du XIXe. Thierry Debroux, qui signe l’adaptation et la mise en scène, explique dans le programme qu’il a vu à dix ans, à Boitsfort, le film de Pierre Gaspard-Huit avec Jean Marais et quelques débutants de la classe 61: Louis de Funès, Philippe Noiret, Jean Rochefort, excusez la modestie de cette distribution.

Je sortis émerveillé de cette projection et, tout au long du chemin qui me ramenait à la maison, je fus Sigognac se battant pour l’amour de sa belle (…) J’étais tous les personnages, je bondissais sur le trottoir, armé d’une épée imaginaire et je me battais contre des ennemis invisibles. J’ai toujours su qu’un jour, je ferais quelque chose des agitations naïves de cet enfant qui se prenait pour un héros de cape et d’épée.

capitaine fracasseJ’ai vu ce même film au même âge. Dix ans plus tôt sans doute. Je devais être moins expansif que Debroux, mais moi aussi j’ai vraiment vécu en rêve des exploits de redoutable bretteur.

Il y a cependant bien plus que de l’agitation dans la belle pièce que j’ai vue hier soir dans une salle pratiquement bourrée jusqu’au rebord de ses baignoires. Car ce n’est pas seulement une histoire qu’on y montre, il y aussi l’histoire de l’histoire et, à côté des moments de bravoure et des coups d’éclat (ah! les beaux combats ordonnancés par Jacques Cappelle…), se glisse ainsi la méditation de Gautier sur l’art et sur les relations de l’artiste avec le public et avec ses personnages.

 

Je m’explique, sans trop déflorer le sujet: quand le rideau se lève (ce qui n’est ici qu’une figure de style), c’est sur l’éditeur qui implore son auteur d’enfin écrire ce feuilleton qu’il promet depuis trente ans à ses lecteurs; et sur le fidèle serviteur de son héros (quelle présence en scène, ce Waleffe). Il se lamente de voir son maître se dessécher dans sa gentilhommière gasconne qui prend pourtant l’eau par toutes les failles de sa toiture. Et il engueule copieusement Théo, l’auteur indigne sur qui pèse la responsabilité de cette cruelle vilénie.

Voici donc une pièce dans la pièce, un enchâssement qui renvoie sans doute à un autre morceau du répertoire, L’Illusion comique du grand Corneille que la troupe de saltimbanques ne jouera sans doute pas par hasard à Paris. Avec Sigognac, qui a repris dans l’équipe l’emploi de Matamore, tombé un peu plus tôt sous la neige.

Il y en a donc pour tous les goûts. Vous pouvez vivre cette pièce au premier degré de son intrigue bien connue, comme dans le film. Vous pouvez aussi en profiter pour vous envoler sur les ailes d’un autre rêve, quand vous tombe en même temps sous les yeux une confidence comme celle que Houellebecq vient de faire au Magazine des Livres:

Tout personnage réussi se lance à un moment donné dans une tentative de prise de contrôle hégémonique sur le roman dont il fait partie.

Et c’est ainsi que Gautier a réussi Sigognac, au-delà de toute espérance. Car Fracasse n’a semble-t-il pas fini de vivre sa vie propre et d’inspirer les auteurs. Il doit être immortel.

Info pratiques:

La belle adaptation de Thierry Debroux est publiée chez Lansman, elle est vendue € 9.

Nous avons payé € 25 chacun, nos fauteuils au 3e rang, mais il y a aussi des places à 22, 16,5010,50 et même 5 (3e loge et 4e balcon), les seniors (60+) ne paient que la moitié, les étudiants encore moins. On peut réserver en ligne.




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