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La situation des marchés boursiers en ce début d’année marque la prise de conscience des effets encore à venir de la récession économique. Nombre d’acteurs, notamment français et notamment en province, n’en ont pas encore pris vraiment conscience, si j’en juge par une conversation récente avec un ami notaire en Charente. Le réveil risque d’être brutal et accentuer la propension à la déprime qui touche si facilement la France. Mais que nous disent les marchés ? Ils sont plus contrastés que le pessimisme qui vient. Pour eux, la reprise viendra des États-Unis.
Car le dollar se tient, le yen suit, et l’euro est à la traîne. La devise européenne avait fortement monté contre dollar durant la phase financière de la crise, tout 2007 et jusqu’à l’été 2008. Le dollar avait alors renversé la tendance dans la phase aigüe de la crise des banques, d’août à décembre 2008, jouant son rôle de devise refuge avant que le plan Paulson et le différentiel de taux entre Fed et BCE ne fassent rebondir à court terme l’euro. Désormais, c’est un scénario de franche baisse des taux de la Banque centrale européenne qui est joué, avec menace de déflation (chute de l’activité économique, taux très bas et inflation négative). Le dollar aura certes à pâtir un jour de la formidable injection de liquidités dans le système… si sa banque centrale ne parvient pas, lorsque tout ira mieux, à éponger l’excès de monnaie déversé sur l’économie en crise. Rappelons cependant que TOUTES les devises dans le monde sont soumises aux mêmes contraintes de relance par injection de liquidités, et que le dollar a dores et déjà « effacé » une grande part de la masse monétaire – fictive – accumulée par les spéculateurs sur tous les marchés (immobilier, actions, monétaire, matières premières). Je ne vois donc pas de risque majeur sur le dollar durant cette année 2009. Au contraire. Le dollar leader montre que l’économie américaine demeure l’économie-monde sans laquelle rien ne se fait sur la planète. Le fameux « découplage » vanté par le marketing anglo-saxon jusqu’à l’automne 2008, pour tenter de vendre aux clients leurs fonds asiatiques faute de pouvoir vendre les fonds américains ou européen en crise, n’existe pas encore. Un jour, la Chine sera autonome – elle ne l’est pas. Quand la consommation occidentale chute, les exportations chinoises aussi, et sa croissance (« officielle ») se trouve divisée par deux (de 13% déclarés pour 2008 à 7% attendus pour 2009). Au risque des troubles sociaux et peut-être politiques qui incitent le parti communiste chinois à faire de la relance massive. Le plan américain souffre de n’être celui ni du Président sortant, ni du Président-élu, mais un bricolage d’entre-deux. Cela ne va pas durer et, dès que l’équipe Obama sera aux affaires, une politique claire va être proposée. La Fed a réagi plus vite et plus fort que les autres en baissant ses taux à quasi zéro pour éviter la trappe à liquidités classique qu’ont connu les Japonais dans les années 1990 et les Américains dans les années 1930. Le recul de l’inflation importée (matières premières et énergie en baisse), soulage le pouvoir d’achat des ménages américains, très dépendants du prix du carburant. Tous ces éléments vont dans le sens d’une reprise américaine en premier – comme d’habitude. Peut-être tardera-t-elle un peu plus qu’auparavant, en raison du choc psychologique inédit de la crise immobilière et bancaire, mais elle viendra. Se pose en revanche une vraie question sur les banques. La banque d’investissement et de financement sera beaucoup moins lucrative cette année avec la chute des dérivés, des émissions et des fusions ; les produits toxiques invendables fautes d’acheteurs ne permettent pas de former un prix qui soit évaluable dans les bilans, ce qui va peser sur les ratios de solvabilité malgré les mesures de prise en pension des banques centrales ; la restauration des bilans passe par une réorganisation et par le maintien de marges suffisantes, ce qui n’aidera pas l’immobilier dans un premier temps. Le grand malade de l’économie américaine est le système bancaire. Or, sans système bancaire efficace, pas d’économie fluide ni réactive. La première tâche du gouvernement Obama sera sans doute de remettre à plat le système de ratios et de contrôles pour qu’enfin les banques se prêtent entre elles et fassent des crédits aux entreprises et aux particuliers, plutôt que de se lancer dans la spéculation.
Mais voyons les choses en relatif : les banques européennes sont peut-être un peu moins mal en point, notamment les banques françaises. Mais la bureaucratie et la lourdeur psychologique en Europe font que le marasme économique est attendu peut-être un peu moins marqué qu’ailleurs, mais ne se résorbera que plus lentement. Notre scénario (optimiste) :
Alain Sueur, auteur des “Outils de la stratégie boursière” et rédac chef du Blog Boursier écrit régulièrement sur Fugues. Laisser un commentaire |
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