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Dehaene ou de Gaulle ?

mercredi 21 avril 2010, par Charles Bricman

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Voir en ligne : http://blog.pickme.be/2010/04/21/de...


Voilà, dit Dehaene. Moi, j’ai rempli ma mission. A vous, les politiciens d’active, de vous débrouiller maintenant. Je veux bien vous assister encore pour le service après-vente, mais c’est désormais à vous de mener la négociation.

Il y a de la classe dans ce geste théâtral. Mais il fait peur aussi. Le vieux « guide expérimenté » a rendu son oracle, c’est aux poupons dans la pataugeoire à faire la preuve qu’ils sont bien capables de gérer la boutique. Ce dont personne n’est sûr, au fond. Un bon point quand même: la discrétion dont a fait preuve la petite classe – à quelques exceptions près, précise-t-il à l’attention des Olivier et des Joëlle qu’il s’abstient de nommer pour ne pas les humilier – paraît le signe qu’elle a au moins l’intention de faire de son mieux.

Mais quelle gifle aussi. Quasi gaullienne. Une posture qu’on ne connaissait pas encore vraiment dans le registre du « plombier national ».

Le contenu des propositions jetées sur la table par le médiateur royal pour BHV en passe au second plan. Il dit des choses bien plus importantes dans son communiqué final. Jusqu’ici, je n’en ai trouvé laversion intégrale qu’en néerlandais, sur le site de la VRT. Mais il faudra lire et relire ce texte essentiel pour la compréhension de la Belgique de 2010 et après. Un texte fondateur, ou une oraison funèbre. Ses destinataires en décideront.

Et d’abord ceci, d’où découle le reste:

« J’ai en effet rarement vécu une illustration plus claire de la philosophie de base qui m’a été apprise par mon père, qui, comme vous le savez, était psychiatre, à savoir que pour comprendre la logique de ses partenaires de discussion, il faut accepter leurs prémisses. Dans ce cas-ci, cela signifie que chaque communauté croît détenir la vérité en se basant sur son propre point de départ. Une communauté part du principe de territorialité ; l’autre du principe de personnalité. Les deux sont en opposition totale. Un compromis n’est possible que si chaque partie est disposée à se départir en partie de sa propre logique, à intégrer des éléments de la logique du partenaire de discussion et inversement. Cela a été le cas lors des compromis conclus lors de chaque phase de la réforme de l’Etat« .

De Sirius, je crois que tout esprit honnête peut adhérer à cette analyse précise et sans complaisance du conflit qui mine l’Etat belge depuis les années 60 au moins. En ce compris la référence à la psychiatrie.

Je suis bien curieux d’observer la nature et l’intensité des ronds  que va déclencher ce pavé nucléaire dans les eaux glauques du marigot…

Curieux mais sceptique: le monde a changé; la Belgique aussi. on a perdu l’habitude d’accepter l’idée que l’Autre puisse se baser sur des prémisses différentes des vôtres. Or, c’était là-dessus que reposait, cahin-caha, le « modèle belge ». Sur une dose suffisante d’empathie. Nous perdrons tous beaucoup, s’il est invalidé.



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Les derniers commentaires

  • Dehaene ou de Gaulle ?

    par Pascal de Roubaix (IP:xxx.x6.3.122) - 21 avril 2010 18:44

    Là, je ne partage pas une minute votre appréciation du « geste » de M. Dehaene.
    Pour moi je dirais plutôt que sa brutalité sournoise habituelle a, cette fois, fait long feu.
    Je pense que pour le « bœuf de Vilvorde » c’était la mission de trop. Manifestement, ça ne le concerne plus très fort, et il avait sans doute accepté parce qu’il y a des gens auxquels on ne refuse pas d’aider un système dont on a tant profité.
    Mais terminer son dernier ( ?) tour de piste en nous annonçant, comme une grande découverte, qu’il y a incompatibilité entre droit du sol et droit des personnes …je ne vois de grand là dedans que l’évidence connue depuis toujours et par tous.
    C’est nous dire en d’autres mots : « Salut en de kost, maintenant vous vous débrouillez, moi j’ai d’autres tantièmes à palper » …On est loin d’un de Gaule !

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  • Dehaene ou de Gaulle ?

    par ploutopia (IP:xxx.x90.115.14) - 22 avril 2010 10:30

    Avec ses velléités séparatistes, la Belgique, centre de l’Europe, et bientôt présidente de celle-ci, est le parfait exemple des difficultés d’aboutissement d’une quête cathartique du genre humain. Une quête qui cherche à concilier intériorité et transcendance. Une quête qui cherche à unir sans confondre et à distinguer sans séparer. Une sorte d’union hypostatique à atteindre. « En mécanique du solide, une structure est hypostatique si et seulement si le nombre de liaisons indépendantes qui le lient est inférieur au nombre de ses degrés de liberté ». Autrement dit, ma liberté s’arrête là où commence celle des autres…

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  • Dehaene ou de Gaulle ?

    par Jacques LITWAK, Entrepreneur - Essayiste (IP:xxx.x79.78.236) - 22 avril 2010 11:54

    Bonjour,



    Le droit du sol >< le droit des personnes : voilà l’affaire.



    Le droit du sol implique une logique de territoire qui rappelle hélas trop de périodes guerrières dévastatrices.



    Il en est de même pour le droit des personnes lorsqu’il devient un enjeu unique de pouvoir politique.



    Doit-on véritablement continuer à s’engluer dans ce débat sans humanité opposant alternativement les partisans de l’un et de l’autre ?



    Peut-être une forme d’imbécillité ?



    Ce qui est digne d’intérêt, ce sont les droits et les devoirs de ceux qui assument (ou doivent) assumer les conséquences des décisions prises : à savoir les citoyens.



    Des droits et des devoirs pour quel projet ? Là réside la question fondamentale pour notre pays, pour l’Union européenne, pour notre époque.



    Où est le projet pour nous permettre de dépasser cela, nous projeter un avenir et nous grandir au delà du territoire et de nous-mêmes ?
    Où est le souffle qui permet de dépasser clivages stériles et noyades de nombril.



    Sommes-nous en panne à ce point ?



    "Rien ne sert de s’opposer à l’irréversiuble : on n’empêche valablement ce qu’on redoute qu’en proposant mieux" (Bernard Debré dans "la revanche du serpent ou la fin de l’homo sapiens" Editions du Cherche Midi , Paris, 2005).

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