Devenez rédacteur
|
Mais ce soir, vous vous en foutez. Car vous êtes invité à une soirée très spéciale. Vous arrivez dans un hôtel, lieu célèbre du microcosme people parisien. La déco intérieure du dernier étage a fait son temps, et elle sera bientôt entièrement revue et corrigée par Philippe Starck, une célébrité du design. Il y a un monde fou, fêtards, jet-setters, personnalités du show-biz. Très rapidement, le champagne coule à flots, car c’est à la bouteille, et non à la coupe, qu’on le distribue. Les DJ présents s’occupent de faire monter la sauce. Alcool et décibels. C’est là qu’on vous remet une très seyante tenue de chantier, avec son casque assorti. Et une masse, une bonne masse de carrier bien lourde. Car voilà le principe de la soirée : démolir soi-même l’étage voué à une rénovation. Les premières cloisons sont fracassées, le plâtras vole. Les bombes de peinture spray apparaissent comme par enchantement, et chacun y va de son tag et de son graphe.
Certains s’enferment à plusieurs dans les chambres et suites, pour baiser. À ce stade d’ébriété et d’hystérie ambiante, je ne vois pas quel autre terme employer... Vous croyez que ceci est une fiction ? Ah mais pas du tout : cette soirée a bel et bien eu lieu ce jeudi 26 juin à l’Hôtel Royal Monceau, en cette bonne ville de Paris. Dérive grotesque de bobos friqués ne sachant quoi inventer ? Décadence sous couvert de branchitude ? Peut être...
Mais au fond du fond, il ne te faut pas grand chose pour que tu retombes à 4 pattes en grognant, comme ton lointain ancêtre pré-hominien. Rien qu’un peu d’alcool, rien qu’un désinhibant ajouté à l’effet de groupe et hop ! Tu pars dans un délire de destruction aveugle et catharsique. Tu te bats. Tu te saoûles. Tu t’accouples. Et toutes les choses que tous les théoriciens de tous les âges ont pu inventer pour mettre tes pulsions en laisse ne sont qu’emplâtres sur autant de jambes de bois et vernis superficiels. Idéologies, systèmes éthiques, superstitions, j’en passe et des meilleures : dès qu’on gratte un peu c’est peau de balle et peau de boudin. Tout cela fait une belle cocotte-minute bien pleine de pulsions et de désirs refoulés, et à la moindre occasion de lâcher la vapeur, badaboum. Mais tu aimes te dire civilisé, cher animal à deux pattes. C’est tellement plus rassurant. Et tu me traiteras volontiers de pessimiste quant à ta nature profonde. Car j’ai tort, à n’en pas douter. J’ai forcément tort. Si ce n’était pas le cas, le JT de 20h et les livres d’Histoire seraient plein d’horreurs, forcément. Y aurait p’têt même des viols, des destructions, du vandalisme gratuit, des guerres, des massacres. Ouep, forcément ! Mais heureusement, t’es civilisé. Ouf, on l’a échappé belle ! Laisser un commentaire |
?
Derniers articles de Internecivus raptus : H. R. Giger rencontre Arcimboldo. D'autres articles: FranceConforter la présence française dans l’OTAN (Institut Thomas More - Comité belgique) Les atouts délaissés de Clipperton (Argoul) Sortez les sortants ! (Argoul) CivilisationLumières sur la polémique Guéant (Argoul) Cataclysme japonais et changement de civilisation (Argoul) Les dessous du retour à la nature (Argoul) VandalismeLa maison d’Anne-Marie Lizin vandalisée (Gargamelo) |