A propos du mal qui frappe la Belgique, aujourd’hui il faut parler de peste.
J’ai cru jusqu’à ce jour qu’il y avait moyen d’user de raison, que nous pourrions soigner le mal sans chirurgie. Pour la première fois je change d’avis. Aujourd’hui une goutte de trop nous montre que le vase a débordé irrémédiablement, et je ne vois plus comment nous pourrions éviter les épreuves de force.
La Belgique souffre d’être divisée d’absurde façon, certes, et il y a gros à parier que, de ce point de vue, nous ne soyons pas au bout de nos peines, c’est le moins qu’on puisse prévoir. Mais, je l’ai déjà dit souvent, ce n’est pas tellement pour nos structures grotesques que je m’inquiète, parce qu’elles seront perfectibles dès le jour où nous aurons retrouvé le régime de liberté et de raison que nous méritons. Non, ce qui est grave c’est que, derrière nos querelles linguistiques, c’est notre régime qui a été changé.
Aujourd’hui, en septembre 2007, un haut fonctionnaire vient de se faire purement et simplement limoger pour ses opinions politiques qui ne conviennent pas aux autorités. Aujourd’hui, en Belgique, le gouvernement d’une région se conduit comme un vulgaire soviet. Le secrétaire général d’une de ses administrations, Monsieur Rudy Aernoudt, (une grosse tête en économie qui est aussi philosophe et excellent bilingue) a osé se prononcer ouvertement contre les vues séparatistes d’une certaine Flandre, vues dont il s’évertue à dénoncer, avec une grande liberté de ton, les conséquences, à ses yeux, désastreuses. Avec cette même liberté, il a aussi donné son avis sur certains dossiers de gestion pour le moins douteux, en montrant ainsi que les autorités flamandes n’ont pas tant de leçons que ça à donner à l’archéo-socialisme wallon omnipotent. Les oligarques de la particratie ne peuvent pas supporter une telle liberté de ton et Rudy Aernoudt vient de se faire limoger.
Plus grave encore : quand un journaliste demande un commentaire au nouveau mini président du ministère flamand, il reçoit une confirmation cinglante : « Monsieur Aernoudt a été remercié ( ?) pour des raisons parfaitement valables. » Sans le moindre doute ni scrupule apparent, le Président du Présidium du Soviet de Flandre couvre donc totalement la faute démocratique la plus grave : une condamnation sans appel pour délit d’opinion.
Quand on observe que ces mêmes dirigeants nous jouent, la main sur le cœur en parfaits tartuffes, la comédie permanente du cordon sanitaire vis à vis de toute attitude d’extrême droite, pendant qu’ils agissent eux-mêmes sans le moindre scrupule, on réalise que, noire, brune ou rouge, peu importe, la peste est bien là, et les plus grands de nos principes de liberté sont réduits au rôle de façade et de décor qu’on nous repeint soigneusement pour nous, les naïfs qui ont encore besoin d’y croire.
Derrière les dorures toutes fraîches des grilles de Laeken, derrière la façade du Palais de la Nation, sous la coupole nouvellement rutilante de notre Palais de Justice, bref derrière les décors de notre monarchie constitutionnelle qu’on n’oublie pas de faire blinquer, s’est installée une oligarchie particratique qui ne se donne même plus la peine de se cacher.
Ce que je veux vous faire voir clairement à tous, c’est que les blocages insupportables d’aujourd’hui ne sont que la conséquence d’un mal bien plus grave. Ces vingt-cinq dernières années ont permis la cristallisation d’un régime nouveau derrière la façade bien conservée de notre bonne monarchie constitutionnelle : une oligarchie de dirigeants de partis. Et les malheurs de Rudy Aernoudt ont ceci d’important qu’ils nous montrent, sans plus de doute possible, que ce nouveau pouvoir est tellement installé qu’il n’éprouve plus le besoin de se cacher ou d’agir par voie détournée. Non, Rudy Aernoudt a dit la vérité, il doit être exécuté. Et il l’est, sans autre forme de procès. Avis aux amateurs contestataires : vous savez maintenant ce qui vous attend. C’est votre carrière que vous jouez.
Cette nouvelle forme de despotisme où l’on se coopte entre « chers amis », autant en place utile sur les listes électorales qu’aux mandats intéressants dans tous les organismes publics ou parapublics et même dans les entreprises privées (voyez, par exemple, les mandats très opportuns de certains anciens ministres), ce nouveau régime, qui est devenu tout naturellement héréditaire, se partage les territoires et les pouvoirs, en abuse tous les jours d’avantage, et n’est pas près de les lâcher.
Est-ce cela que nous voulons laisser à nos enfants : une Belgique malmenée, décomposée, abusée par ses propres dirigeants ? Poser la question c’est y répondre et nous devons donc entrer en résistance.
Ainsi notre difficulté de ce jour n’est plus d’analyser le pourquoi, elle est de choisir le comment.
Vous n’avez donc pas fini de me lire... tant qu’internet sera libre !
Les derniers commentaires
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> Derrière les rodomontades communautaires : la peste.
par
Eric Bruckmann
(IP:xxx.x17.50.66) -
25 septembre 2007 16:57
En Birmanie, les bonzes organisent des marches de protestation. Nous, les gros gâtés, on devrait sortir de nos gongs une bonne fois pour toute et investir le parlement pour ne le quitter que lorsque le changement de système aura eu lieu.
Ou alors s’inscrire tous à l’office des étrangers... chacun son tour, hein ! Ca, c’est une idée, non ? Demander à tous les francophones, flamands et germanophones de demander l’asile car nous ne nous reconnaissons plus dans la Particratie Belge... si vous allez en prison suite à votre article, je promets d’organiser une marche au Flamand beau pour exiger votre libération ! 
Blague à part, c’est inquiétant de constater que cette analyse nous pend au nez depuis longtemps ! Mais comment renverser la tendance ???
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> Derrière les rodomontades communautaires : la peste.
par
François Collette
(IP:xxx.x5.154.27) -
25 septembre 2007 22:32
Monsieur de Roubaix, votre "franc" tombe enfin. Croyez bien que je respecte vos opinions belgicaines, mais ne me faites pas croire que c’est maintenant, tout à coup, avec cet épiphénomène Aernoudt, que vos certitudes de Belgique unitaires viennent de disparaître comme par enchantement. Seuls les "fervents croyants" d’une Belgique unie autour de sa monarchie, se voilant la face, se persuadaient - méthode Coué - que tout ce qui se passe n’étaient que querelles et billevesées.
La perfide et arrogante Mère Flandre n’est plus belge depuis belle lurette et la famille royale n’a plus aucun avenir "politique" en ce qu’il faut encore bien appeler la Belgique. Vu de l’étranger - en l’occurrence la France où je vis -, le spectacle donné par notre pays est affligeant. Même recollé par un quelconque « conseiller conjugal » qui sera toujours d’un bord ou d’un autre, la fracture est irrémédiable et les conséquences incalculables.
Albert II pourra toujours trouver exil à Bormes-les-Mimosas. Je plaisante, quoique.
Voir en ligne : http://francoisquinqua.blog.lemonde.fr
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> Derrière les rodomontades communautaires : la peste.
par
Pascal de Roubaix
(IP:xxx.x5.233.196) -
26 septembre 2007 09:18
Monsieur Colette, il faut que vous relisiez mon article !
Nulle part je ne dis que le dossier Aernoudt "n’est qu’un épiphénomène" qui me fait perdre mes illusions sur l’unité de la Belgique. Je dis même presque le contraire : le dossier Aernoudt est un révélateur dramatique du fait que le régime belge est tombé dans une oligarchie qui ne se cache plus. Et c’est gravissime. Par contre nos stupidités séparatistes, elles, ne sont qu’un épiphénomène, dont nous devrons sans doute encore souffrir quelques années, ou même une ou deux générations, à cause des "minorités de blocage" que s’est taillé flamingantisme, mais qui se règlera de lui-même le jour où nous aurons rétabli chez nous le régime de liberté et de raison que nous méritons.
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> Derrière les rodomontades communautaires : la peste.
par
Eric Bruckmann
(IP:xxx.x17.50.66) -
26 septembre 2007 08:04
Ne doit-on pas faire quand-même la distinction entre la Flandre Politique en complexe d’infériorité et les Flamands ? Plaidons pour une démocratie plus directe et je suis certain que certaines frustrations disparaîtront !
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> Derrière les rodomontades communautaires : la peste.
par
Philippe Schepens
(IP:xxx.x77.235.201) -
27 août 2008 20:33
Cher monsieur de Roubaix,
Vous avez tapé juste en dénonçant la particratie qui a remplacé de facto la démocratie. La caste politique qui se coopte elle-même (place uniquement pour les "petits copains") régit le pays, au grand dam de la démocratie ici apparemment défunte : La seule chose que l’électeur peut encore faire est de voter pour tel ou tel parti afin de tenter de changer les équilibres de coalitions. Cela même si ces coalitions sont souvent composées des perdants contre le ou les gagnants des élections. Car la loi électorale (qui mérite toute notre attention) est faite de telle manière que seuls les chouchous des bureaux de partis ont une chance d’être élus.
Si nous voulons sauver la Belgique, il ne suffit pas de pavoiser la façade de son habitation : il faut vouloir travailler ensemble avec l’autre communauté linguistique.
Pour cela la première chose à faire est de connaître sa langue. Si tous les Francophones se donnaient la peine d’étudier convenablement la langue de l’autre, on aurait assurément une toute autre perception de la Belgique , vu de Flandre.
Car le complexe d’infériorité des Flamands est dû en grande partie si pas en exclusivité à l’arrogance(et je pèse mes mots) de certains Francophones, qui continuent envers et contre tout sens des réalités, à considérer le néerlandais comme une langue à diffusion bien trop restreinte pour être intéressante à apprendre, pour ne pas dire pire.
Si c’est vrai sur le plan international et mondial, c’est totalement inexact sur le plan national, vu que c’est la langue de la majorité des habitants de ce pays merveilleux qu’est le nôtre.
Permettez-moi de me permettre de vous dire que si l’immense majorité des Francophones pouvait s’exprimer de façon normale en néerlandais, cela donnerait, vu de Flandre, une opinion totalement différente du Sud du pays.
Car, outre les mandataires et autres apparatchiks corrompus qui sévissent dans certaines régions de Wallonie (mais aussi de façon plus torpide, de Flandre), c’est l’arrogance de certains Francophones qui se refusent à soi-disant s’abaisser pour apprendre le néerlandais, qui fait le lit de l’extrémisme Flamand.
Finalement c’est l’extrémisme d’en face qui nourrit son propre extrémisme, cela dans les deux sens.
Si nous voulons désamorcer la "bombe" séparatiste, force sera de montrer qui est le plus intelligent, et qui veut *le premier* faire un pas vers l’autre. C’est le prix à payer pour l’unité et la cohésion du pays. Apprenons donc tous convenablement le néerlandais en triple vitesse, afin de sauver la Belgique avant qu’il ne soit trop tard, et apprenons ainsi à dialoguer avec tous les Belges.
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> Derrière les rodomontades communautaires : la peste.
par
Pascal de Roubaix
(IP:xxx.x5.154.84) -
28 août 2008 12:44
Vous abordez-là avec beaucoup de bon sens une des grosses difficultés de communication que les politiciens et les extrémistes ont exploitée sans vergogne pour mieux diviser la Belgique.
Il y a une énorme différence entre nos deux principales langues belges. Le français qui a depuis toujours relégué le Wallon au rang de patois, est une vieille langue dominante, aujourd’hui de moyenne importance géographique, mais dont le passé, l’importance historique et culturelle, et l’efficacité dans la qualité langagière (elle a eu la chance unique d’être académisée depuis le XVII ème siècle), sont tels qu’elle croit encore pouvoir regarder toutes les autres de haut.
Le flamand, devenu le néerlandais, est une petite langue locale extrêmement vivante et souple, cantonnée pendant des siècles à une dimension purement populaire et familiale, qui a accepté durant ce temps le français comme langue de culture et de communication extérieure. (Et qui est en train d’accepter aujourd’hui l’anglo-américain dans un rôle semblable sur le plan économique !)
Cette différence a pour conséquence que le français fait partie indissolublement de la culture flamande au sens large,(Voyez par exemple le nombre de mots flamands dont la racine est française ou latine) tandis que le flamand ne fait partie de la culture francophone belge qu’à titre tout à fait extérieur.
Il résulte de tout ceci que l’enfant francophone ressent peu (bien à tort mais c’est un fait) dès le berceau la nécessité d’une autre langue, alors que le néerlandophone sait depuis ses premiers mots qu’il devra très vite utiliser d’autres langues.
Pour vous répondre je dirais qu’il est évident que les belges doivent apprendre les deux langues, tout en sachant que l’effort pour les francophones est incomparable à ce qui reste une nécessité pour les néerlandophones. Mais avec un peu de compréhension et de bonne volonté de part et d’autre, tout ceci ne fait, en dehors de la politique , que très peu de difficultés dans la réalité de tous les jours.
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