Devenez rédacteur
|
Voir en ligne : http://www.lepan.be/?p=5194
Pas facile de rassembler des sans-abri dès potron-minet. Les premiers désobéissants arrivent au compte-gouttes à la Porte de Hal, première étape de l’action de relogement du 17 mars dernier. Une heure plus tard, la vingtaine de personnes à reloger, les assistants sociaux qui les encadrent, le DAL (Droit au logement) de France en tournée chez nous et des citoyens lambda qui les soutiennent, ainsi qu’une poignée de journalistes s’entassent dans un café de la place du Jeu de Balle pour assister à une conférence de presse. Les représentants du syndicat des locataires y tirent une fois de plus la sonnette d’alarme : Bruxelles gèlerait entre 20 et 30 000 logements inoccupés tout en balançant 5 000 sans-abri dans ses rues.
Face au « foutage de gueule » systématique des communes et des CPAS de la région bruxelloise, la désobéissance civile reste la seule arme aux mains des sans logis et de ceux et celles qui les aident à faire valoir leur droit au logement pourtant inscrit dans la Constitution, et à obtenir « révolutionnairement » leur relogement. Ces actions de réappropriation d’habitations vides par des sans-abri, comme celle tentée le 17 mars dernier sur un immeuble du CPAS d’Yvan Mayeur-le-Terrible, sis à l’angle des rues Saint-Ghislain et de Nancy, juste en face du mont-de-piété de Bruxelles, résultent d’une étroite et insoupçonnée solidarité entre sans logis, milieu associatif et avocats. Leur collaboration dans un combat collectif et unitaire leur permet d’atteindre un niveau organisationnel d’une redoutable efficacité - même s’il est encore perfectible, comme l’a montré la brièveté de l’occupation de ce jour-là. Le caractère irréversible de leur mouvement de réquisition de logements est assuré non seulement par l’inertie des autorités mais aussi par la détermination avec laquelle certains travailleurs sociaux se lancent dans la bataille, conduisant parfois, comme ce fut le cas ce mercredi-là pour deux d’entre eux pendant quelques heures, à des arrestations administratives. « S’il en est pour croire que leur influence [se] dissipera » en prison, notait déjà Henry David Thoreau, dansLa Désobéissance civile (1849), ils se fourrent le doigt dans l’œil : « ils ignorent combien supérieur, dans le combat contre l’injustice, par l’éloquence et l’efficacité, est celui qui a un peu souffert dans sa chair ». Laisser un commentaire |
?
Derniers articles de PAN : Saint-Gilles et opium du peuple D'autres articles: SDFUne décoration (Bernard Delattre) Cachez cette misère que je ne saurais voir ! (Barnabé) Une errance (Bernard Delattre) |