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Dire « je », signer et prendre ses responsabilités

mardi 9 mars 2010, par Charles Bricman

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Voir en ligne : http://blog.pickme.be/2010/03/08/di...

Roger Gicquel est mort. Un infarctus, à l’âge où, précisément, on perdrait le droit, d’après le slogan, de lire le journal de Tintin reporter, « le journal des jeunes de 7 à 77 ans ». C’était, c’est et ça restera le journalisme comme je l’aime. Un journalisme d’auteur, à mille lieues du journalisme aseptisé, émasculé qu’on veut nous imposer comme le modèle d’une illusoire objectivité et qui n’a plus aucun sens à l’âge où la nouvelle est connue de tous avant de paraître dans la presse.

 

Illustration:

Ceci, que vous avez sûrement déjà revu ailleurs, était l’ouverture du journal de TF1, le 18 février 1976.

Selon les canons de la profession, c’est parfaitement incongru. Le commentaire vous est livré tout chaud, en même temps que l’information. Et la présomption d’innocence est balancée aux orties: Gicquel vous présente l’individu qui a été arrêté comme le coupable, bien avant que le jury se soit prononcé. Il vous dit que c’est « une sorte de malade mental ».

Et pourtant, c’est du grand journalisme.

Je crois qu’un autre très grand reporter, Jean Lacouture, acquiescerait à cette opinion que j’avance ici. Dans le numéro de février-mars deLa Revue pour l’intelligence du monde (pp. 90-107), je lis son interview et je relève ce court extrait:

Le journaliste tel que je le conçois, c’est quelqu’un qui dit « je », qui signe et qui prend ses responsabilités.

Tout est dit. Dire « je », signer et prendre ses responsabilités.

Il y avait certainement d’autres manières, plus « classiques », d’ouvrir le JT du 18 février 1976. Celles qu’on enseigne dans les écoles de journalisme.

On dirait qu’un petit garçon a été assassiné, qu’un suspect a avoué et a été écroué, qu’on l’a transféré dans une maison d’arrêt à l’écart de la ville où le crime a été commis. Et on poursuivrait par quelques images de la famille et commentaires des voisins. On rappelerait que le coupable – on est en 76 – est passible de la guillotine à l’aube démocrate (Ferré); la Veuve aux bras de laquelle il a quand même échappé.

C’est un art difficile que pratiquait Roger Gicquel. Le dérapage menace à tout moment. C’est un métier hautement qualifié. Mais c’est le journalisme dont on a besoin, au risque de l’erreur qu’il faut savoir assumer et des émotions qu’il faut savoir exprimer tout en les maîtrisant.

Voir aussi: l’hommage de Maître Eolas, avec l’intervention de Gicquel sur – et contre – la peine de mort, le 28 juillet 1976, jour de l’exécution de Christian Ranucci.

 


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Les derniers commentaires

  • Dire « je », signer et prendre ses responsabilités

    par Pascal de Roubaix (IP:xxx.x6.3.122) - 10 mars 2010 13:49

    Je ne voudrais pas avoir l’air de profiter de cette funèbre occasion pour polémiquer (d’ailleurs Gicquel aussi devait sans doute s’en exaspérer) mais comment accepte-t-on partout sur internet ce déferlement d’anonymat qui permet toutes les dérives, tous les simplismes, toutes les bassesses ? Et qui étouffe sous la masse la plus part des essais de débats véritables.



    Ne devrait-il pas y avoir des lieux et des moments réservés à ceux qui disent "je" et qui signent ?

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