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Du danger d’être un riche actionnaire…

vendredi 20 novembre 2009, par Charles Bricman


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Voir en ligne : http://blog.pickme.be/2009/11/19/du...

C’est une bien triste histoire que rapporte La Libre, ce matin. Celle d’un quidam qui veut rester anonyme, un médecin apparemment. Le malheureux avait hérité d’un joli paquet d’actions Fortis. Un très joli paquet. Et il a tout perdu, c’est ça? C’est bien pire…

L’homme donc fait gérer l’épargne qu’il a patiemment accumulée par un banquier privé. Une affaire d’environ € 180.000. Rien d’exceptionnel, mais un très joli bas de laine. Quand il reçoit un peu plus de 50.000 actions Fortis par donation, plus 200.000 autres en nue-propriété (c’est-à-dire sans le droit au dividende – le « fructus»  – ni celui de les vendre – « l’abusus»  – que se réserve le donateur), il passe brutalement au statut enviable de véritable fortune mobilière.

Là-dessus, en 2007, Fortis annonce une augmentation de capital à € 15 par titre. Les actionnaires peuvent y souscrire à raison de 2 actions nouvelles pour 3 anciennes. Classique. Mais notre homme ne peut évidemment pas suivre: il n’a pas tous les millions nécessaires.

Qu’à cela ne tienne. Son obligeant banquier propose de lui avancer les fonds. Et insiste. Vous pensez bien: pour lui, l’opération est fort lucrative, commissions sur le montant de la souscription et sur les lignes du portefeuille, plus les intérêts de l’emprunt. Et elle est très peu risquée. Elle se limite à la solvabilité de l’emprunteur qui se met sur le dos une charge annuelle de € 96.000, soit l’intégralité de ses revenus professionnels. Mais avec la perspective de devenir, théoriquement, multimillionnaire en euros. Et de se préparer la plus dorée des retraites. Sans effort.

Ouais. Aujourd’hui, on sait ce qui est arrivé en 2008. La « chute de la Maison Fortis» . Les centaines de milliers d’actions détenues par notre médecin ne valent plus grand-chose. Mais la dette, elle, est toujours là. Et le banquier en exige le remboursement. Le médecin distribuera désormais ses ordonnances pour la banque…

Il est furieux, vous pensez bien. Et effondré. Ruiné. Son seul espoir, désormais, est de faire constater les fautes, lourdes et grossières, de son banquier. Il l’assigne en justice pour 4 millions de dommage à réparer. Plus de 160 millions d’anciens francs. Il en a probablement pour des années de procédures.

Et la banque n’est pas gênée? Elle ne propose pas une transaction pour réparer ça discrètement? Pensez-vous! Elle reproche même à son client qu’elle a plongé dans la m…, l’article paru dans La Libre. « Nous interprétons cela comme une manière de vouloir nous nuire« , déclare-t-elle à Philippe Galloy qui a mené l’enquête de manière impeccablement impartiale, donnant scrupuleusement la parole à l’accusation et à la défense, comme il se doit.

Le sujet est intéressant en soi, mais il est aussi ce qu’on attend d’un journal et de ses journalistes. Personnellement, je l’aurais même fait annoncer en « une»  car à ma connaissance, c’est ici un vrai scoop. Un bon exemple de ce que doivent faire les gazettes si elles veulent convaincre leurs publics de l’intérêt qu’il peut y avoir à les lire, et l’opinion de ce qu’elles restent leur chien de garde. Il y a juste qu’à la place de La Libre, j’aurais mieux soigné la promotion de l’enquête de Philippe sur mon site internet, où j’ai dû chercher l’article principal qui ne renvoie même pas à tous les compléments que l’on peut trouver dans l’édition « papier» . C’est un peu dommage, mais bon: Rome ne s’est pas reconstruite en un jour…




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