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Durban II ou comment la République tchèque a abdiqué la présidence de l’Union

vendredi 24 avril 2009, par Jean Quatremer


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L’histoire est incroyable et sans précédent : lundi soir, à Genève, le premier jour de la conférence de l’ONU contre le racisme, plus connue sous le nom de Durban II, l’ambassadeur de la République tchèque annonce à ses partenaires européens, consternés, qu’il a reçu instruction de Prague de se retirer de la conférence après les propos antisémites du président iranien Mahmoud Ahmadinejad (pendant son discours, les Européens ont quitté la salle comme un seul homme, la Turquie, pourtant candidate, restant à sa place). Les 23 États membres de l’Union européenne présents sont sidérés : « vous ne pouvez pas faire ça unilatéralement, vous exercez la présidence de l’Union », lui font-ils valoir. « Discutons-en avant, ce n’est pas à l’Iran de nous chasser ». Rien à faire. L’ambassadeur tchèque quitte la salle. Tout le monde se retourne alors vers son homologue suédois, dont le pays va assurer la présidence tournante de l’Union à partir du 1er juillet. À la volée, celui-ci accepte de prendre la succession du Tchèque. « Il a coordonné la position européenne et nous avons donc pu faire une déclaration au nom de l’UE », raconte un diplomate.

 

 
 

« La République tchèque a fait comme si elle n’exerçait pas la présidence et s’est comportée comme un pays », s’indigne-t-on au quai d’Orsay. En pleine crise politique, Prague semble donc avoir renoncé à exercer son rôle. « C’est le bordel complet », ajoute-t-on à la Commission : « on ne sait même pas qui va présider les différents sommets à venir hormis celui avec la Russie qui sera présidé par Vaclav Klaus, le président tchèque, ce qui promet. Le problème, c’est moins le changement de gouvernement que la lutte à mort engagée entre Klaus et sa majorité ». « Heureusement que Mahmoud Ahmadinejad a occupé le devant de la scène et a permis de dissimuler ce pataquès », soupire-t-on à Paris…

Ce cafouillage des Européens lors de la conférence de Genève n’est pas le seul : si le boycott de cette réunion par l’Allemagne, les Pays-Bas et la Pologne, trois pays qui craignaient une mise en cause d’Israël comme celle qui a eu lieu lors de Durban I en 2001, a bien fait l’objet de discussions à vingt-sept, la défection de l’Italie, elle, a pris tout le monde par surprise. « On l’a apprise la veille du Sommet et on a été mis devant le fait accompli », raconte un diplomate. « Tout semble être parti de l’annonce, par Franco Frattini, le ministre des Affaires étrangères, de son intention de se rendre à Téhéran. Devant le tollé en Israël et au sein de la communauté juive italienne, Frattini a renoncé à son voyage et, dans la foulée, a décidé de boycotter la conférence de Genève », raconte un diplomate français.« Les Italiens ont eu un comportement de gougnafiers », conclut un de ses homologues européens.

Ces couacs à répétition sont d’autant plus désolants que, sur le fond, Durban II est un véritable succès de la diplomatie européenne. « Avant la conférence, on est parvenu à se mettre d’accord à 27 sur nos lignes rouges », raconte un diplomate français : pas de mise en cause d’Israël, pas de référence à la notion de « diffamation des religions », pas de restriction à la liberté d’expression. « Ce n’était pas évident, car il s’agit d’une question très difficile pour l’Union qui reste très divisée dès qu’il est question du Moyen-Orient », ajoute-t-il : « l’unité était improbable et nous n’avons pas été surpris que plusieurs pays décident de ne pas assister à la conférence. Mais au moins, on était d’accord sur le fond ». Surtout, à la surprise générale, « le document final, adopté mardi, est dans nos lignes rouges », se réjouit un diplomate européen en poste à Genève. Mais, figure habituelle de la diplomatie européenne, la forme a, encore une fois, dissimulé le fond : quatre pays européens ne sont pas allés à Genève et un cinquième s’en est retiré. Et par n’importe lequel, celui qui exerce la présidence de l’Union : « cette division apparente brouille le message de l’Union », reconnaît-on au quai d’Orsay.



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