Devenez rédacteur
|
Voir en ligne : http://blog.pickme.be/2010/01/07/sa... Michael Kinsley est un expert américain connu et reconnu. En journalisme. Dans le dernier numéro paru de la revue The Atlantic (viaEric Mainville), il publie un article dans lequel il applique scrupuleusement les principes qu’il préconise : l’essentiel est dans le titre et dans le premier paragraphe. C’est la fameuse « pyramide inversée ». Le titre : Cut this Story ! (raccourcissez-moi ce papier). Le premier paragraphe (ma traduction) :
L’expert illustre ensuite son propos en commentant des articles du New York Times et du Washington Post. Il y dénombre les mots qu’il juge inutiles. Et dénonce le recours de plus en plus fréquent aux trucs et astuces des auteurs de thrillers et de polars pour entretenir artificiellement le suspense. Ce qui égare, suggère-t-il, le lecteur qui ne trouve plus ce qu’il cherche : l’information. Du point de vue de l’écriture, c’est certainement pertinent mais je crois que Kinsley se trompe magistralement de cible dans sa critique de la pratique journalistique. Mon impression est que les amateurs de nouvelles délaissent les journaux pour une raison bien plus déterminante que les tics d’écriture des journalistes : ils connaissent « les nouvelles » bien avant que le journal soit imprimé. Le journal n’en est plus le messager privilégié. Mais ça fait longtemps déjà. Depuis l’avènement de la radio et de la télévision, en fait. Le journal y a pourtant survécu. Il lui restait le commentaire. La mise en perspective. La profondeur. Et l’atout de sa disponibilité permanente : on peut le lire à tout moment, le conserver précieusement, découper soigneusement les articles qu’on a sélectionnés. Ces derniers avantages concurrentiels ont disparu avec les medias numériques. Les archives enregistrées depuis 2005 ans sur mon disque dur ou chez del.icio.us, YouTube, Flickr, etc., sont incomparablement plus étendues que les classeurs que j’avais accumulés en 30 ans et que je ne consulte presque plus ; la documentation sur n’importe quel sujet, on la trouve sur internet et on la traite et la remixe à sa guise. Le journal quotidien en papier, comme on le connaît, appartient au passé. Il disparaîtra, tôt ou tard, et ce sera probablement plus tôt qu’on ne l’imagine encore. Je crois qu’on perd son temps à spéculer sur les moyens de sauver les journaux. Ils sont perdus. Ce ne sont pas les journaux qu’il faut sauver. C’est le journalisme. Chassez l’inutileBien sûr, si l’on parle maintenant d’écriture et de style, ce qui était l’intention prermière de notre expert, celui-ci a entièrement raison sur ce point : il faut impitoyablement chasser de ses écrits tout ce qui est inutile. Mais cela vaut pour tout le monde. Pour le poète, pour le romancier et pour l’essayiste aussi bien que pour le journaliste d’agence, pour l’éditorialiste ou pour l’auteur de rapports annuels. Dans un remarquable petit bouquin qu’il a écrit pour ceux que démange l’envie de devenir un auteur à succès, le romancier Stephen King explique ainsi que pour lui, l’écriture d’un livre se passe en deux temps. Dans le premier, il couche son histoire sur le papier, comme elle vient. Dans le second, après l’avoir laissée de côté quelques semaines, il se fixe pour objectif de la raccourcir d’environ 20 p.c. Les livres de Stephen King sont souvent palpitants. Ils sont généralement des best-sellers. Mais ce sont parfois de grosses briques. Pour les journalistes, c’est la même chose. L’instruction « faire court » ne doit pas être prise au pied de la lettre. Elle doit plutôt se lire : « Trouvez la juste longueur pour ce que vous avez à dire et – surtout – pour ceux à qui vous voulez le dire ». Soyez long si cela se justifie. Ou très court quand la situation l’exige. Mais dans un cas comme dans l’autre, épargnez-nous tout ce qui est inutile à l’effet recherché. Laisser un commentaire |
?
Derniers articles de Charles Bricman : D'autres articles: InternetInternet et le citoyen (Argoul) Un chiffre qui tombe à point nommé (Bernard Delattre) JournalismeUn confrère (Bernard Delattre) Quand le journalisme devient littérature (Charles Bricman) Une « indécence » ? (Bernard Delattre) |