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Enlèvements internationaux d’enfants : la fin de l’impunité allemande et autrichiennelundi 12 juillet 2010, par Jean Quatremer Voir en ligne : http://bruxelles.blogs.liberation.f...
On connaît les paradis fiscaux, on connaît moins les paradis judiciaires. L’Union en abrite pourtant au moins deux, l’Allemagne et l’Autriche. Ou plutôt abritaient, la justice européenne ayant entrepris de réduire ces enclaves de « non-droit » où les tribunaux ne s’estiment pas tenus de respecter le droit international dès lors qu’il s’agit de protéger leurs ressortissants au détriment d’autres citoyens européens. En l’occurrence, ces deux pays refusent de rendre un enfant enlevé par un de leurs ressortissants dans un autre État afin de le soustraire à la garde de son ex-conjoint – souvent étranger, mais pas toujours — avec lequel ils sont entrés en guerre. Et ce, alors même qu’une décision judiciaire rendue par le tribunal du lieu de résidence habituel de l’enfant attribue soit la garde, soit un droit de visite à l’autre parent. Pour les juges allemands et autrichiens, « l’intérêt supérieur de l’enfant »implique qu’il vive en Allemagne ou en Autriche avec son parent allemand ou autrichien, même s’il a été enlevé à son autre parent. Une conception très ethnique de l’intérêt de l’enfant régulièrement dénoncée par des associations regroupant des centaines de parents privés de leur enfant et totalement démunis face à ce déni de droit.
L’affaire sur laquelle s’est prononcée, le 1er juillet 2010, la Cour de justice de l’Union européenne est exemplaire. Un couple mixte (elle Autrichienne, lui Italien) vit en Italie, en Vénitie, et a une petite fille, Sofia, née en décembre 2006. En janvier 2008, ils se séparent et la guerre commence. Le père accepte que Sofia vive avec sa mère, mais à condition qu’elle reste en Italie. Inquiet, il saisit un tribunal italien en février 2008 qui interdit à la mère de quitter l’Italie avec sa fille. La mère n’en a cure et fuit immédiatement en Autriche. En mai 2008, le tribunal italien accepte finalement que Sofia vive avec sa mère en Autriche, mais confie provisoirement la garde aux deux parents et établit les modalités d’un droit de visite… Que la mère refusera d’honorer. En janvier 2009, un tribunal autrichien, saisi par le père en avril 2008, refuse d’ordonner le retour de l’enfant en invoquant « un risque grave de dommage psychique pour l’enfant ». En juillet 2009, le tribunal italien, qui refuse d’abdiquer sa compétence, ordonne le retour immédiat de l’enfant en Italie. Plutôt sympa, le juge prévoit même qu’un logement social sera mis à sa disposition afin l’enfant puisse « rétablir les contacts avec le père »… Mais les juges autrichiens refusent d’ordonner le retour de l’enfant. C’est l’impasse. Des histoires comme celle-là, il y en a des milliers.
Mais, avec le traité d’Amsterdam de 1997, l’Union a acquis des compétences dans le domaine judiciaire. Et, le 27 novembre 2003, un règlement communautaire relatif à la compétence, la reconnaissance et l’exécution des décisions judiciaires en matière matrimoniale et en matière de responsabilité parentale a été adopté. Il prévoit notamment la reconnaissance automatique des décisions judiciaires en matière de garde d’enfants rendues par le tribunal compétent, en l’occurrence celui du domicile habituel de l’enfant avant son enlèvement. L’Allemagne et l’Autriche pensaient cependant avoir bien verrouillé leur affaire, puisque le règlement prévoit explicitement que la convention de La Haye de 1980 continue à s’appliquer. Mais voilà : à la différence de cette convention, l’interprétation du règlement communautaire (et donc la convention de La Haye) relève d’un tribunal suprême dont les arrêts s’imposent à l’ensemble des juridictions européennes, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE). Dans l’affaire italo-autrichienne, la Cour suprême autrichienne (Oberster Gerichthof) a joué le jeu et
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