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Et la responsabilité, bordel…

jeudi 6 août 2009, par Charles Bricman


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Voir en ligne : http://blog.pickme.be/2009/08/05/et...


Un blog libertarien québécois sonnait l’autre jour le tocsin en dénonçant une bien curieuse démarche du ministre britannique de l’enfance. Le Daily Express, auquel se référait le blog, forçait la note en annonçant l’installation de caméras de surveillance dans les foyers de familles « à risque» . Or, en fait de surveillance, il ne s’agirait « que»  de celle de travailleurs sociaux (voir ici l’explication moins sensationnaliste du Daily Telegraph).

Je ne connais évidemment pas l’étendue des problèmes posés par ces familles en Grande-Bretagne. Mais je ne suis pas du tout sûr que si elle paraît moins « orwellienne» , la version du Telegraph soit beaucoup plus rassurante.

Le problème posé ici est en effet, généralement, celui de toutes les mesures « préventives»  destinées à éviter que se développent des situations que l’on veut éviter, dans quelque domaine que ce soit.

Il vaut mieux prévenir que guérir, enseigne la sagesse populaire. C’est difficilement contestable. Encore faut-il savoir ce que l’on entend exactement par « prévenir» … et qui s’en occupe.

Pour voir où je veux en venir, prenez la liberté d’expression, et celle de la presse. Voilà un domaine dans lequel toute mesure préventive est précisément interdite, parce qu’elle relèverait peu ou prou d’une censure préalable, et donc d’une négation de cette précieuse liberté. Cela ne revient aucunement à nier que des abus soient susceptibles d’être commis: l’exercice de n’importe quelle liberté s’arrête toujours là où commence le droit d’autrui. Mais cela signifie que pour exercer son pouvoir de coercition, la puissance publique doit attendre qu’une infraction ait été commise, et donc qu’un dommage ait été causé. La « prévention» , s’il en est, doit se contenter d’informer, de tenter de convaincre.

C’est pour ça que je suis inquiet quand j’entends, comme en Grande-Bretagne, invoquer le concept de prévention pour autoriser des mesures plus ou moins coercitives à l’égard de familles dites « à risque» . Mais jusqu’où? Selon quels critères?

Une quelconque autorité serait-elle en droit, demain, de surveiller la consommation d’alcool d’individus « à risque»  pour leur éviter une cirrhose du foie ou un accident de la route? Ou le temps consacré par les étudiants redoubleurs à l’étude, pour leur éviter un nouvel échec?

Je ne fais pas précisément partie des adeptes du « streng verboten»  et de la répression féroce. L’attention portée à la prévention des risques de toutes natures me semble évidemment louable. Mais poussée à l’extrême, cette logique me paraît potentiellement vicieuse et liberticide. Le risque fait partie de nos existences. Il faut pouvoir l’assumer. Et ne pas « criminaliser»  le risque pour éradiquer le crime… A la liberté, l’égalité et la fraternité, il est peut-être temps d’ajouter un quatrième élément fondateur de l’idéologie républicaine: la responsabilité.



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