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Face à la crise, pas de salut sans industrie !

jeudi 22 décembre 2011, par LucasAimont


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Certes, la crise que traverse actuellement la zone euro passe, à court terme, par la maîtrise des déficits publics. Mais si essentielle soit-elle, cette question ne doit pas masquer l’évidence : pour sortir de la crise, il faut avant tout créer de la croissance, de la richesse et des emplois. Or, cela ne pourra pas se faire sans une vigoureuse politique de réindustrialisation.

 



 « La crise, écrivait le penseur révolutionnaire italien Antonio Gramsci, est ce qui sépare l’ancien du neuf. » Autant dire qu’elle oblige à des révisions parfois déchirantes. Ainsi, l’Europe redécouvre, dans la douleur, les vertus trop vite oubliées de… l’industrie !  « Avant le 15 septembre 2008, dans un contexte d’obsession financière et de coupes fébriles dans les coûts, la thèse de fonder la réussite d’un pays sur la capacité industrielle de ses entreprises apparaissait ringarde. La “fabrication” n’était plus considérée comme un moteur du progrès ou une source d’avantages concurrentiels », rappelle Raymond Collard, professeur à l’université de Louvain (1). Depuis l’irruption de la crise, ce songe creux n’est, heureusement, plus de mise.
 
Pas de croissance sans industrie?
 
Désormais, plus personne n’ose vanter le modèle d’une entreprise sans usine ou d’une économie sans industrie. Même les consultants l’on parfaitement compris. Président d’Alter&Go Groupe, un cabinet spécialisé en conduite du changement, Xavier Sabouraud en témoigne : « La crise économique, écrit-il, nous a rappelé que sans outil industriel, il est difficile de remonter la pente pour restaurer une richesse nationale sapée par une dette de plus en plus lourde. Et tout indique que, contrairement aux espoirs des années 80, la disparition de l'industrie s'accompagne aussi de la disparition rapide des activités de R&D puis de services (2). » La cause est donc entendue : pour retrouver la croissance, sortir de la crise et maintenir notre rang dans la mondialisation, il faut « ré-in-dus-tri-a-li-ser » ! A l’heure où les pays d’Europe se déchirent sur les moyens et les procédures à mettre en œuvre pour juguler la crise financière, cet impératif, du moins, fait consensus.
 
Pour une réindustrialisation offensive
 
Reste maintenant à donner corps à cette injonction et à éviter qu’elle ne soit parasitée par de nouvelles illusions idéologiques ou démagogiques. On ne peut en effet que s’inquiéter de la façon dont certains décideurs – il est vrai plus engagés sur la scène politique que sur le terrain économique… – font rimer réindustrialisation avec démondialisation. En effet, le réarmement industriel de l’Europe ne saurait passer par un illusoire retrait des marchés mondiaux. Il exige au contraire la conquête de ces mêmes marchés par nos entreprises. Pour le dire autrement, dans la grande compétition économique que constitue la mondialisation, la bonne posture n’est pas défensive mais offensive. Même s’il est bien sûr légitime de plaider pour une meilleure gouvernance de la mondialisation, le défi de la concurrence internationale ne sera pas relevé par l’édification de nouvelles lignes Maginot…
 
La victoire passe par les entreprises
 
Seule la création et le développement d’entreprises industrielles innovantes et capables de se mouvoir avec agilité à l’international sont de nature à nous donner la victoire. Comme l’écrit avec justesse Serge Blanchard, « chaque pays peut se décrire comme une gigantesque plaque tectonique, remorquée par un attelage de chevaux qui sont ses fameux champions. Un pays est tiré par ses entreprises. Plus celles-ci sont fortes et se déplacent rapidement, plus le potentiel de développement du pays est important (3). »
 
Fort heureusement, pour relever un tel défi, la France n’est pas dépourvue, loin de là ! Elle dispose en effet de beaux champions nationaux. « Dans le classement des 500 premières entreprises mondiales, rappelle Jean-Marc Vittori, la France en compte 40. Même si son poids économique la place au cinquième ou sixième rang mondial, elle se situe là au troisième rang. Derrière les États-Unis et le Japon mais devant l’Allemagne, la Chine et le Royaume-Uni » (4).C’est bien, mais pas suffisant. Pour l’emporter, il faut aussi renforcer la capacité de nos entreprises moyennes à se lancer, elles aussi, dans l’aventure de l’international, comme y parviennent si bien leurs homologues allemandes, mais aussi nombre de fleurons français.
 
Les ETI françaises sur le marché global
 
Il convient en effet de ne pas faire preuve d’une excessive modestie : de nombreuses entreprises françaises de taille intermédiaires sont également parvenues à s’imposer sur le marché mondial, sans que leur succès soit hélas salué par les médias. Ainsi, qui connaît, en France, les succès à l’international du Groupe CNIM dans les secteurs porteurs de l’environnement, de la mécanique et de l’énergie ? Ce groupe français de 3.000 salariés dont les racines remontent à 1856 est pourtant emblématique de la capacité des entreprises françaises à relever les défis successifs d’un monde en mutation permanente. Sur l’impulsion de ses dirigeants et tout particulièrement de son président, Nicolas Dmitrieff (5), CNIM est désormais présent dans 15 pays du monde. En Chine, sa filiale Bertin Technologies a décroché récemment une commande pour 18 silencieux destinés aux circuits secondaires de centrales nucléaires. Aux États-Unis, ce sont les collecteurs d’aérosols biologiques, conçus et distribués par Bertin Pharma, qui rencontrent un grand succès sur le marché du contrôle de la qualité de l’air. Bien positionné sur le segment de l’énergie et du développement durable, CNIM a aussi remporté un appel d’offres en Azerbaïdjan. Il va y bâtir un centre de valorisation énergétique capable de traiter quelque 33 tonnes de déchets ménagers par heure !
 
Les enseignements d’une réussite
 
Les clefs d’un tel succès méritent probablement d’être examinées. Tout d’abord, CNIM est une société innovante dont la compétitivité repose sur la maîtrise de technologies de pointe. Elle consacre ainsi une part substantielle de ses moyens à la R&D. Comme l’explique Nicolas Dmitrieff, « CNIM est la preuve vivante que, loin d’amoindrir la place de l’industrie, l’essor de la fameuse économie de la connaissance dépend, en réalité, de l’existence d’entreprises industrielles dynamiques ». Autre enseignement : CNIM est aussi une société agile qui a toujours su s’adapter avec souplesse aux requêtes spécifiques de ses clients et aux évolutions des marchés. Plutôt que de restée rivée à des secteurs traditionnels en déclin, CNIM a préféré été attentif aux nouveaux besoins qui émergent. « Le groupe s’est positionné précocement sur les marchés de l’environnement, de développement durable et de l’énergie », souligne son président. Enfin, loin de voir dans la mondialisation un risque, ses dirigeants ont toujours considéré qu’il s’agissait d’une opportunité en veillant à élargir dès que possible l’offre commerciale du groupe aux pays émergents. Ces deux axes stratégiques – innovation et internationalisation – vont de concert.  « L’innovation permet l’internationalisation mais cette dernière renforce en retour l’innovation. En effet, l’implantation à l’étranger joue un rôle essentiel pour accéder à des ressources et des savoirs spécifiques. Elle challenge nos compétences et stimule la créativité et la réactivité de nos équipes », explique Nicolas Dimitrieff.
 
Qu’en déduire ? Probablement qu’une authentique politique de réindustrialisation de la France et de l’Europe passe nécessairement par une mobilisation massive en faveur des deux impératifs que sont l’innovation et l’internationalisation. Et aussi qu’un tel élan doit bénéficier à toutes les entreprises industrielles, quelles que soient leur taille et pas seulement aux fleurons bien connus du CAC 40. Sans quoi, la nécessaire réindustrialisation de la France et de l’Europe en resterait, hélas, au stade de l’incantation.
 
 
(1) Cité in « Le retour de l’industrie. Quand l’Europe se réveillera », par André-Yves Portnoff, Futuribles n°364, juin 2010.
(2) « Le manager industriel, trésor national », par Xavier Sabouraud, Journal du Net, 21/04/11. Le cabinet Alter&Go Groupe publie une lettre d’information mensuelle abordant les enjeux managériaux des mutations économiques.
(3) « Notre avenir dépend d’eux », par Serge Blanchard, François Bourin Éditeur, 230 p.,20 €
(4) Préface à « Notre avenir dépend d’eux », op. cit.
(5) « La spécificité humaine des grands groupes familiaux », par Aymeric Dewimille, Les Echos, septembre 2011

(CC) Attribution (by)


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