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Football : Standard-Anderlecht et la vie politique à tous ses stades...mardi 19 janvier 2010, par Eric Bruckmann 2 réactionsStandard-Anderlecht, le 17 janvier 2010. L’exemple métaphorique de l’état de la démocratie en Belgique.
Ce n'est pas du match en lui-même dont je vais parler ce matin. Pas seulement parce que le Standard n'a pas bien joué et que l'arbitre a été indigne d'un sport de haut niveau mais aussi parce qu'à y regarder de plus loin, avec un peu de recul, j'ai remarqué beaucoup de similitudes entre le cirque du football pro en Belgique et l'état de sa démocratie. Bien sûr, on peut toujours dire que j'exagère et même, si mes propos dérangent, que je suis populiste. Mais la cohérence est chez moi une ligne de conduite. Déjà, j'avais exprimé que la place du football ou du sport poignon de masse (lire ici) semblait être une priorité très soignée et pas vraiment fortuite. Match après match, année après année, l'importance du football dans la société belge en général mais liégeoise en particulier pointait des similitudes dans le fonctionnement de notre pays. Ou plutôt son non-fonctionnement. Pourquoi tant de similitudes? Parce que là où il y a beaucoup d'argent, le peuple n'est jamais acteur mais spectateur. Au stade, c'est normal, dans la vie démocratique, ça l'est moins! Le pouvoir exécutif Comment résister au parallélisme entre la ligue belge de football et notre gouvernement fédéral? Tout y est. Une armée de légalistes (la plupart avocats) pour prendre des décisions dans des domaines qu'ils ne maîtrisent pas (le foot de haut niveau pour les uns, la vie de tous les jours pour les autres). Des décisions absurdes, des réformes tarabiscottées que personne ne comprend... des petits plaisirs entre amis, parfois... mais surtout, des résultats en dessous de tout. La Belgique est devenue aussi médiocre sur la scène internationale que ses Diables Rouges (de honte). Peut-être que notre salut viendra d'un coach hollandais (c'est un comble) et qu'au lieu d'un Premier Ministre qui chante bien la Marseillaise, l'original Français serait bien moins ridicule pour sauver ce Pays. La désignation de M. Verbiest comme arbitre de la rencontre après multiples sanctions et les preuves de sa difficulté à appréhender un match de haut niveau sont éloquentes. J'ai presque envie de le mettre en parallèle avec la promotion de M. Daerden de la Région aux Pensions... M. Verbiest est sûrement compétent et maîtrise le réglement, certainement, mais il semble être aussi peu distrait que l'autre serait sobre et ça pèse sur ses prestations. Le pouvoir législatif Le football est le seul sport de haut niveau qui refuse l'intrusion de technologies pour son arbitrage et où "l'apréciation de l'arbitre" est plus importante que la règle à respecter. Comme dans notre Pays. Toujours l'émotion à l'avant, jamais l'analyse ni le recul. Juste l'émotion. Le football adapte ses règles en fonction des demandes des spectateurs: ajouts des minutes additionnelles pour compenser les pertes de temps (enfin, c'est théorique, c'est quand même l'arbitre qui décide, à la fin... on l'a encore vu hier), multiplication des soirées pour passage télé, etc... C'est pareil en politique: les boîtes de communication dictent aux partis ce qu'il faut défendre ou critiquer pour plaire au plus grand nombre. Les idées passent donc à la trappe au profit du politiquement correct et du compromis de position susceptible de plaire au plus grand nombre. Et l'histoire a montré que le plus grand nombre n'est pas nécessairement le juste nombre. Le stade est comme un grand parlement: d'un côté les locaux, de l'autre les visiteurs et, quoi que fasse son équipe, on est derrière. Comme tous ces presse-boutons de nos multiples parlements qui reçoivent leur consignes "votez oui", "votez non" pour soutenir son équipe, son syndicat d'élus, au risque de ne plus pouvoir obtenir son abonnement pour la législature suivante car le stade est sold-out et les places seront plus chères, d'année en année... pas une seule place de libre pour les nouveaux venus. C'est la règle. Et même si son syndicat d'élus, son équipe, triche, même si elle se comporte comme des pavés, on est derrière et l'adversaire est un ennemi. Le même paradoxe en football qu'en démocratie: à l'origine, on veut le défi, le beau jeu, le plaisir et être le meilleur; aujourd'hui, gagner à tout prix car beaucoup de sous sont en jeu, on crie sa haine de l'adversaire quelle que soit sa valeur, on est "anti"... alors que s'il n'y a pas d'adversaire, il n'y pas de sport et s'il n'y a pas d'adversaire politique, il n'y a pas de démocratie. Un stade, donc, double hémicycle, où les presse-boutons sont un nombre toujours égal, tantôt un peu plus d'une couleur, tantôt un peu plus de l'autre... mais un stade toujours fermé aux nouveaux venus et surtout au soutien du bien commun! Certains diront qu'au football aussi, il y a des fils de: Daerden, Vandenbergh, Lukaku,... mais eux, ils ont dû se battre pour être sur le terrain. Ceux-là sont tout de même jugés sur leurs résultats au final. La présence de plus en plus médiatisée d'hommes politiques dans les stades comme dans les projets de développement m'inquiètent tant l'odeur de l'argent devient plus forte que celle du gazon... y a qu'à voir le scandale du RFC Liégeois qui peine à se trouver un stade pour des raisons purement politiques qui n'ont rien à voir avec quoi que ce soit d'autre. Le pouvoir judiciaire Comme dans la vraie vie, accusations de collusion entre ceux des différents pouvoirs et les instances disciplinaires se sont multipliées. Les textes ont pris le pas sur l'esprit. C'est compréhensible: il y a tant d'argent en jeu que le jeu n'est plus vraiment ce qui vaut la chandelle. Comme la politique qui devait être une activité de vocation et qui est maintenant un enjeu alimentaire quand il n'est pas très financier. Alors c'est très drôle puisque les instances de la ligue de football se défendent elles-mêmes vis-àvis de leurs propres tribunaux, un peu comme le PS le fait avec son comité d'éthique. Là aussi, ce qui compte, c'est de protèger des pontes corporatistes dans des logiques très particratiques afin que jamais les positions des uns et des autres ne soient légalement contestables pour que chacun continue à retirer des revenus sans créer de vagues. Chacun sait qu'un conflit avec l'Etat belge tourne rarement en sa faveur et que, même quand on gagne, la séparation des pouvoirs est telle aujourd'hui qu'elle ne donne pas nécessairement une application des règles comme elles le devraient. Sans parler des incohérences: des contrôles d'alcoolémie ou de vitesse se multiplient mais le but n'est pas de diminuer la vitesse ou l'alcool au volant, il est juste de taxer très indirectement des personnes (qui le méritent souvent). La subtilité est de soutirer de l'argent à des personnes qui ne respectent pas les lois, quelles que soient les circonstances, sous prétexte justement qu'elles sont hors-la-loi afin que personne ne puisse contester les actions. Mais en aucun cas, on ne va faire ce qu'il faut pour que la vitesse tue moins (amènagements en ville) ou pour que l'alcool tue moins (mettre la limite à 0,00%, par exemple). Comme le tabac: les fumeurs ont le droit d'acheter les cigarettes en payant de fortes accises mais ils ne peuvent plus fumer qu'en cachette. Quelle hypocrisie de société. Aucun choix, que des tarifs. Ce sera pareil avec la pseudo faute de Witsel: pour ne pas décrédibiliser un corps arbitral qui est de pire en pire, sur toutes les pelouses, parce qu'on demande à des non-professionnels de juger des joueurs pros sans aide de technologies (alors qu'au rugby et dans bien d'autres sports, c'est un must). On préfère salir un joueur parce que ce serait un exemple, un dommage collatéral pour ne pas devoir avouer que ceux qui ont la responsabilité de diriger la rencontre sont désarmés et trop peu préparés devant les ruses professionnelles pour fausser le jugement. C'est pareil avec l'affaire De Tandt où l'on a diabolisé un juge de façon très légère pour ensuite la réintégrer. Quelle miracle fait que cette affaire soit si médiatisée lors de son (bizarre) déboulonnement et si discrète lors de sa réintégration? Transition facile... Le quatrième pouvoir: la presse Il a fait vendre, ce Standard-Anderlecht. Autant que l'intervention du Ministre des Pensions au Sénat... Le 11 janvier 2010, le journal Le Soir avait appelé le Ministre Daerden (lire ici) pathétiquement à ce qu'il gère son département avec sérieux tout en rappelant avec la condescendance qui convient pour garder ses subsides "toujours qu’en spécialiste des finances publiques, vous avez l’expertise requise pour assumer votre fonction"... mais ne demande pas sa démission... Quel drôle de démocratie: l'existence de M. Daerden se justifierait donc par des compétences et non par sa large élection??? Et de quel droit un journal se prononcerait pour une démission? Sur quel éléments objectifs se base ce journal pour juger de l'expertise d'un homme qui a géré nos routes Wallones durant neufs ans avec pour résultats des trous aussi profonds et nombreux que ceux dont souffrent nos finances régionales? Et de quel droit ce journal pense que le département des pensions est mal géré si il est si brillant? Qu'en pense le parlement? Que de chatouillements pour se faire rire. Le procédé est simple: faire mousser assez pour exister mais pas trop pour ne heurter personne. Mais surtout, pas de prise de position pour garder son "dû", sa place, et garder un peuple moutonesque dans son état de léthargie le plus adapté possible. Pas trop pour qu'il achète, pas trop peu pour qu'il ne se réveille jamais. Au foot, les enjeux sont tels que les procédés sont les mêmes. En effet, dans la dhnet. be, on pouvait lire le même jour "Standard-Anderlecht: le SPF Intérieur demande de la sénérité aux médias" , puis quelques jours plus tard (le 15 janvier pour être précis "la DH persiste et signe: nous jouons la carte du fair-play" mais surtout sans oublier dès la première phrase de rappeler "Il aurait été si facile et sans doute très vendeur, en prélude médiatique du choc de dimanche, de (re) publier la photo, terrifiante, de la faute commise par Witsel sur Wasilewski et de redonner vie, par témoins interposés, à une polémique qui a si longtemps alimenté les conversations"... un peu comme le gosse qui dit à son père "hein non, on ne peut pas dire gros con?" avec insistance pour se délecter de le dire... On ne reviendra pas non plus sur Marc Delire et Bertrand Crasson qui ont joué à "Radio Mille Collines" sur Belgacom TV lors du match aller et qui portent aussi une certaine (ir)responsabilité dans ce qu'il s'est passé. D'autant plus que d'autres incidents similaires ensuite s'étaient produits et que jamais on ne les a entendus (cfr l'agression sur Defour d'un Malinois qui n'a même pas été sanctionnée d'un coup franc et qui lui a occasionné aussi une fracture...). L'émotion, toujours l'émotion. Laissons le foot de côté. Dans quel autre pays les journaux appellent un BON Ministre selon eux à changer d'image? Dans quel pays au monde un Ministère demande à la presse de la retenue dans ses propos, fut-ce pour un bête match de foot? Comme si les spectateurs dans les stades étaient des bêtes sauvages susceptibles et incontrôlables, comme si les joueurs pros étaient des chiens de combats. Ridicule. Cette situation révélée au grand jour soulève beaucoup de questions car ces comportements n'existent que dans les dictatures et les régimes communistes. La presse joue-t-elle vraiment son rôle lorsqu'elle loue les capacités intellectuelles d'un mec d'une part pour lui demander de ne plus paraître bourré d'autre part (ne plus paraître... pas ne plus être... ce serait admettre qu'il l'est parfois au moins)? Dans quelle mesure des Ministères ne dictent pas leur vision à la presse subsidiée dans d'autre cas, en toute discrétion? Jamais de tels évènements n'arriveraient dans un pays libre, où la démocratie fonctionnerait correctement. Moi, ça m'inquiète. Le peuple Le peuple oublie une chose importante: des clubs, comme le Standard, par exemple, sont des Sociétés Anonymes. Un club n'est pas une démocratie. Les syndicats d'élus que sont les partis doivent aussi protèger leurs intérêts, M. Fournaux et ECOLO l'ont bien dit directement et indirectement: on s'en fout de l'éthique. Le peuple est là pour soutenir son équipe favorite, il est là pour voter et mettre en place des représentants mais surtout, pour payer son abonnement, payer ses impôts, acheter le bonnet et l'écharpe, les chaussons pour le bébé mais aussi dépenser ses éco-chèques, demander des subsides au cabinet X ou Y... Le peuple est là pour soutenir son équipe mais surtout maîtriser son ardeur car il faut un troupeau de moutons inoffensifs, pas une meute de loups qui pourraient s'avèrer gourmande ou conquérante... Le peuple est là pour gémir au gré des résultats mais surtout, il faut le contrôler au propre et au figuré pour ne pas mettre en péril le business des amis... Sur les terrains, c'est aussi comme dans la vie: Witsel, jugé pour délit de sale gueule. Comme un illégal. On parle d'un gamin qui a été au centre des choux gras de journaux dans lesquels il n'a jamais été irrespectueux ou malhonnête, qui voit sa carrière salie parce que la ligue Belge de football qui vit de l'argent payé par les supporters pour assister à un spectacle, est incapable de gérer quoi que ce soit, même ses émotions, un peu comme si vous alliez au théâtre assister à une pièce où les acteurs ainsi que l'auteur sont de renom mais où le metteur en scène était un élève de première primaire. Attiré par l'affiche, vous auriez tout de même l'impression d'avoir été floué. Mais le peuple va-t-il au stade pour voir un match de foot ou parce que le désespoir économique est tel qu'il recherche la victoire par procuration pour embellir son quotidien moral? Les électeurs votent-ils pour un parti ou un autre par réflexe identique ou parce qu'il croit en un projet politique? Le peuple oublie qu'il paie son abonnement et que lui seul a les clés de la sanction économique envers une SA ou la ligue qui ne joue pas son rôle; il oublie qu'il paie ses impôts et que lui seul a les clés de la sanction démocratique. Mais comment? Le stade et le parlement sont des gâteaux qui changent de nuances mais où ceux qui gagnent et ceux qui perdent se le partagent sans jamais s'affaiblir ou se renforcer autrement que financièrement. Inutile de dire que ce soir, je ne regarderai pas Studio Un pour entendre Marcel Javaux dire "vu les antécédents du garçons, l'arbitre n'a pas voulu prendre risques", Rodrigo Beenkens dire "l'arbitre a influencé la rencontre mais Anderlecht était plus fort (vrai à 11 contre 11 donc forcément à 11 contre 10...), Stéphane Pauwels "Verbiest arbitre du classico, c'est du foutage de gueule" pour se faire reprendre par Michel Lecomte "carton jaune, c'est un propos engagé" (nous avons la seule presse libre au monde qui ne supporte pas l'engagement) et voir des images de Juhasz la semelle sur le tibia de Witsel sur des commentaires de Benjamin Deceulinck qui dira "mais il a la jambes tendue, même s'il joue le ballon"... (on n'a qu'à obliger les joueurs de foot à courrir sur les genoux... ). Non, ça m'énerve trop ces rangaines de politiquement correct qui ne posera jamais LA bonne question: dispose-t-on d'une ligue professionnelle vraiment professionnelle capable d'organiser de grands évènements pour lesquels les gens paient et de rendre à notre équipe nationale ses titres de noblesse? Le football n'est pas plus un sport que la Belgique n'est une démocratie. Ils sont tous les deux devenus de grands businesses. Pour le foot, je m'en fous, car il y a toujours d'autres sports comme le Rugby mais pour la Belgique, ça me révolte. Les derniers commentairesLaisser un commentaire |
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