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Bon, comme souvent : 'après la bagarre', mais après tout pourquoi pas. Le problême c'est que beaucoup a été dit et aussi n'importe quoi, comme si véritablement on voulait à dessein ranger le film de Von Trier aux oubliettes ' bon, c'est distribué partout, ça on y peut rien mais au moins ça n'intéressera personne', de le releguer au statut de petite curiosité du moment et vraiment pour ceux que ça intéresse, ou si vous avez deux heures à perdre. Pourtant l'heure est grave, c'est ce que nous dit le film, alors asseyeons-nous un moment jusqu'à ce qu'elle ne le soit plus puisque c'est comme ça que notre monde est fait... S’il y a une chose à préçiser sur Lars Von Trier pour couper court à toutes les accusations de boursufflures ou de pédantisme, c’est bien celle-ci : dans un documentaire qui avait été diffusé sur ‘ Arte’ ( mais que l’on peut également trouver sur l’édition dvd de ‘The kingdom’ – ‘L’hopital et ses fantômes’ ) intitulé ‘Transformer’, on trouve -entre autres- le témoignage de son producteur qui nous explique sa propre ‘fascination’ à propos du réalisateur : lui qui ment des millions de fois par jour, il s’avoue absoolument déstabilisé par la personnalité de Von Trier qu’il définit comme quelqu’un ‘ qui ne ment jamais’. Et c’est un point qui me semble hautemnent digne d’intérêt, que justement Lars Von Trier est froncièrement un amoureux de la vérité. Quand celui-ci inclût une partouze en plein dans son film ‘ Les idiots’, c’est plus qu’un tour de force narratif, faire se téléscoper différents registres dans une même histoire. En soi ce n’est pas forcément une innovation, d’autres font de même quand ils font le tour de leur sujet, mais en employant le registre pornographique c’est une prise de risques et surtout une démarche réaliste et exigeante. Inclure de la pornographie dans une fiction, c’est faire voler en éclats tous les standarts, après ça vous pouvez imaginer vous-mêmes le moment partouze dans le film de votre choix, ‘ Armageddon’, ‘ Moulin rouge’, ‘Star Wars’…, car c’est littéralement inclure ‘le chaînon manquant’ en toutes choses, le petit truc qu’on ne vous dit pas, qu’on vous laisse peut-être deviner avec un clin d’œil coquin, mais qui est finalement partout et qui sert surtout à tout et n’importe quoi : il ne s’agit pas de dire que derrière tout moment de cinéma, il y a une bite dans une chatte, il s’agit de dire que c’est aussi, simplement mais surtout …là. Et ce n’est certainement pas pour rien que l’on a dit à juste titre que la scène d’ouverture était d’un publicitaire insoutenable, nous qui regardons pourtant de courts petits clips parfois, ou l’on vous fout une meuf à poil pour un produit douche, et quelles valeurs on nous sert avec le produit. Je n’apprendrais rien à personne sur ce point, et je n’ai pas besoin d’un truc mi-arty mi porno pour me faire bander la tête, merci bien. Ce qui m’intéresse c’est la démarche de Von Trier , son exigence artistique grandement motivé par sa haine des faux-semblants. Il n’y a absolument rien de gratuit dans la sexualité exacerbée montrée par ‘Antichrist’, et l’intéressant n’est pas qu’elle soit ‘justifiée’ par un propos - il n’y a qu’à re-regarder ‘Breaking the waves’ pour avoir une idée de la vision de Von Trier sur l’amour, et déjà ce film en dit beaucoup. Le fait est qu’elle est le sujet. On nous a balancé tout un tas d’histoires sur les crimes passionnels ou sur des histoires qui finissent mal en général mais rarement avec la même acuité. Scoop : la sexualité est intrinsèque au drame. Surtout ne me remerciez pas nous répond l’auteur. On a pu définir ‘Antechrist’ comme ‘un grand film abstrait’, je répondrais moi qu’il s’agit au contraire d’un film éminament concret.
Le seul reproche que je me permettrais vis-à-vis du film, malgré son approche virtuose de sa thématique, serait celui-ci : si les deux personnages étaient dans des âges similaires, il n’ y aurait pas d’histoire. La différence d’âge entre les personnages permet, valide les niveaux d’incompréhensions entre eux d’eux. Charlotte Gainsbourg, qui a plus ou moins la trentaine, incarne à merveille une femme encore jeune, et on s’est permis de dire que dans le film elle a juste un rôle de timbrée du fait d’un certain côté ‘saute au paf’ et c’est quelque chose qui tient à mon avis uniquement à la différence d’âge, au vu qui plus est de la relation entre eux d’eux qui nous est progressivement montrée ( et ayons, je vous prie, une pensée émue au souvenir de la grande époque du cinéma ou les hommes n’arrivaient même pas ne serait-ce qu’à effleurer la main de celle qui était le réceptacle, le sanctuaire béni de tous leurs fantasmes : Jeremy Irons dans ‘Un amour de Swann, et vous autres bande de Visconti, revenez, car vous nous manquez tellement… ) si elle est dans la ‘consommation’ je dirais que c’est de son âge. Si l’histoire se déroulait avec des héros d’âges similaires, on aurait peut-être plus affaire à des gens qui savent pourquoi ils ont à un moment décidés de 'fusionner' n'est-ce pas l’un avec l’autre’… La scène ou Charlotte Gainsbourg se mutile est véritablement et définitivement anthologique : après avoir infligé à son amant ce que c’est que de porter quelquechose dans sa chair, ce qui clôt toute la partie du conflit liée à l’incompréhension mutuelle, elle prend conscience de sa faute à elle, celle qui lui est propre, d’avoir cédé à ses propres pulsions au lieu de ne serait-ce que tenter de sauver son enfant – le rôle de la conscience donc, le fait que rien n’est jamais sans conséquences – et cette mutilation est la marque de son passage à un statut égalitaire avec lui en terme de compréhension, elle lui offre, puisque elle est consciente de ses erreurs, un amour dorénavant raisonné. Le problême c’est que lui est désormais dans le ressenti pur, un mélange de pulsion et de survie, ou l’un légitime parfois l’autre, et aussi dans la même connection qu’elle avec la Nature, connection qu’il se refusait à admettre lui-même complètement. Au lieu de se rejoindre ils ont juste échangés leurs places, l’un et l’autre demeurent toujours des étrangers. Et c'est ça qui est dramatique, non ?
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