Devenez rédacteur


Halte au feu entre Catherine Ashton et les États membres ?

lundi 8 mars 2010, par Jean Quatremer


translate : Nederlands English Deutsch +

 

Voir en ligne : http://bruxelles.blogs.liberation.f...

Réunis en Conseil « informel » à Cordoue, en Espagne, plusieurs ministres des affaires étrangères de l’Union ont volé au secours de la ministre européenne des affaires étrangères qui fait l’objet de rudes critiques, notamment dans les médias : « je n’admets pas les critiques contre (Madame Ashton) et je ne les soutiens pas », a martialement déclaré son compatriote David Miliband. Son collègue finlandais, Alexander Stubb, a accusé « plusieurs États » de vouloir« couper l’herbe sous les pieds de Mme Ashton » par « des critiques anonymes ». « Nous ne devons pas avoir un combat interinstitutionnel entre le Conseil, la Commission et le Parlement. Cela risque de déraper », a mis en garde le Luxembourgeois Jean Asselborn. « Les critiques contre Lady Ashton sont en grande partie mal à propos », a ajouté l’Allemand Guido Westerwelle. On appréciera le « en grande partie ».

 

Car il y a une bonne dose d’hypocrisie dans ces déclarations, les États membres ayant été les premiers à s’inquiéter ouvertement des premiers pas de la Baronne. Car, après la Suède et la France, qui ont critiqué la nomination, sans consultation des États membres, de Joao Vale de Almeida, l’actuel directeur général des relations extérieures de la Commission et protégé de José Manuel Durao Barroso, au poste d’ambassadeur de l’Union à Washington, le Royaume-Uni et la Suède ont envoyé, il y a quelques jours, une nouvelle lettre à Catherine Ashton dans laquelle ils s’inquiètent des tentatives de la Commission de placer sous sa coupe le futur service diplomatique européen (service d’action extérieure de l’Union européenne). Ils exigent donc que les diplomates nationaux (un tiers des effectifs à terme, selon une décision du Conseil européen de juin 2009) soient, dès le départ, bien représentés dans le futur service.

Westerwelle est sur la même longueur d’onde : « nous avons besoin d’un service diplomatique indépendant qui ne soit pas aux ordres de telle ou telle institution », a-t-il déclaré à Cordoue. L’Allemagne s’inquiète aussi, si l’on en croit une note du ministère des Affaires étrangères, de la propension de Lady Ashton de donner une place trop importante aux Britanniques à la fois dans son cabinet (la moitié de ses membres sont de cette nationalité) et dans les projets d’organigrammes du service diplomatique, comme l’a révélé le Guardian dans son numéro du 28 février. Chypre et les trois pays baltes ont, eux, demandé à ce que les petits pays ne soient pas oubliés. Bref, comme l’a reconnu le Suédois Carl Bildt, « nous avons beaucoup d’intérêts en concurrence ».

Catherine Ashton tente, en tout état de cause, de montrer qu’elle est capable d’entendre les reproches qui lui sont adressés. Ainsi, après son absence remarquée à la réunion informelle des ministres de la Défense, la semaine dernière, elle a rencontré aujourd’hui à Paris, le ministre de la Défense Hervé Morin (à son retour d’Haïti où elle s’est enfin rendue, deux mois après le tremblement de terre) et a accepté l’idée de créer un conseil autonome des ministres de la Défense (aujourd’hui, ces derniers se réunissent avec les ministres des Affaires étrangères). Pour ce faire, il faudra que le Conseil des ministres des Affaires étrangères le décide à la majorité qualifiée. La Baronne semble enfin comprendre qu’elle a aussi un rôle à jouer dans ce domaine. Il n’est jamais trop tard pour apprendre…

 

 



translate : Nederlands English Deutsch +

Laisser un commentaire

?

Derniers articles de Jean Quatremer :


Quand la commission redécouvre la croissance...

Euro : Sarkozy se « mélenchonise » dans la dernière ligne droite

L’UE d’espoir au conseil européen

 

D'autres articles:

Union Européenne

Pourquoi l’Union et le FMI demandent à la Grèce de diminuer ses salaires (et ses prix) (Jean Quatremer)

Cohn-Bendit : "L’Europe négocie un traité dont elle n’a pas besoin" (Jean Quatremer)

L’Union veut déjouer les fausses notes (Jean Quatremer)


Catherine Ashton

Guerre de tranchée autour du service diplomatique européen (Jean Quatremer)

Les week-ends de Lady Ashton (Jean Quatremer)

Catherine Ashton se prend les pieds dans le tapis des nominations (Jean Quatremer)





Medium4You.be  Politique éditoriale | Conditions générales et vie privée | Contactez-nous