Votre stigmatisation de la particratie est pleinement justifiée : elle s’acharne à dépecer notre pays comme la fronde des princes aurait dépecé la France si on l’avait laissé faire.
Les particularismes et les forces centrifuges se retrouvent dans tous les pays. En Europe comme ailleurs. Cela n’a rien d’étonnant. Et rien de dramatique, pour autant qu’on puisse équilibrer les tensions entre le centre et les composantes.
Nos composantes "naturelles" ce sont nos neuf provinces de naguère. D’où viennent-elles ?
Quand les révolutionnaires français décidèrent de nous annexer à leur République, chacun se souvenait de notre révolution de 1789-1790, menée par nos Etats provinciaux (souvent réactionnaires) confédérés contre le "despotisme éclairé".
Dans sa logique, l’occupant français a choisi de scinder nos plus grosses "nations provinciales" : le Brabant, la Flandre, la principauté de Liège. Selon les vœux des jacobins, nos nouveaux départements (comme les leurs) ne devaient plus être que les instruments dociles des choix de la grande nation centralisée.
En 1815, le royaume des Pays-Bas a trouvé que ce découpage départemental lui convenait fort bien : peu de choses ont donc changé. Quelques aménagements frontaliers du côté du Limbourg, du Hainaut, du Namurois. Et la dénomination. Les départements ont été baptisés provinces et les préfets des gouverneurs…
En 1830 (une quarantaine d’années seulement après la fin de la confédération des Etats belgiques), le nouvel état a repris, lui aussi, le découpage des jacobins. Une fois de plus les provinces ont été muselées par l’autorité centrale.
De 1970 à nos jours, dans un état qui s’est divisé et se prétend fédéral, on a scindé le Brabant, une fois encore. (Sauf BHV. Ce qui ne saurait tarder.)
Une (soi-disant) fédération.
Les dernières évolutions institutionnelles ont été baptisées pompeusement "réformes de l’Etat", "fédéralisme d’union"… (Cette dernière expression est un pléonasme parfaitement vicieux : fédérer signifie unir.
Etait-ce autre chose qu’un "sur-découpage" électoral et linguistique ? C’est peu probable : dans ce "sur-découpage", chacune des familles politiques pouvait espérer se tailler son fief. Et dans ce cadre-là chacune des grandes composantes nouvelles a pu renforcer son centralisme interne, jacobin et particratique. (Fusion des communes. Nouvelle cure d’amaigrissement des compétences provinciales. Etc.)
Par ailleurs, ces superstructures se sont révélées ruineuses : nouveaux parlements, gouvernements et cabinets, "à gogo". Ceci, sans apporter aucun apaisement communautaire. Au contraire. Ces institutions ont forcément constitué de nouvelles et puissantes forces centrifuges. Le petit nombre des composantes (finalement deux) a conduit aux blocages que nous avons vécu, que nous vivons et que nous vivrons : à deux, il n’y a pas d’autre issue que l’unanimité ou le blocage.
Les exemples suisses et autrichiens existaient. Comparés à nos structures, seraient-ils plus coûteux, moins efficaces, ou moins démocratiques ?
Si, finalement, le bon sens devait conduire à pérenniser notre pays… Faut-il continuer à limiter le débat entre un petit nombre de Régions (ou Communautés) antagonistes ? Faut-il, tout au contraire, renforcer les compétences des composantes plus nombreuses, moins antagonistes, plus aptes à tisser entre elles des collaborations concrètes et nécessaires ?
Répondre à ce message
Signaler un abus