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Nous ne voudrions pas dire que Guy Verhofstadt a tout faux quand il persiste à répéter que le nationalisme est une horreur, mais il nous étonne quand il n’a pas de mots assez durs pour critiquer l’organisation du débat public au sujet de l’identité, qu’a tenté le Ministre Besson en France.
Quand un « grand » libéral, comme il prétend l’être, en vient à écrire : « Ma seule cible était et demeure cette absurde initiative de lancer un débat public sur l’identité nationale », il nous semble qu’on est en droit de s’étonner. Depuis quand est-ce absurde de lancer un débat public ? A moins d’avoir fait vœu de totalitarisme, nous ne voyons vraiment pas en quoi l’idée de lancer un débat public sur un sujet qui appartient, par définition, à chaque citoyen, serait une stupidité. Nous serions franchement tentés de penser exactement le contraire. Nous sommes totalement d’accord avec lui pour dénoncer avec force et sans hésitation le nationalisme au sens péjoratif du terme. C’est-à-dire cette instrumentalisation honteuse d’une identité collective qui exploite les sentiments les plus répugnants de l’âme humaine à des fins de pouvoir et en dressant les hommes les uns contre les autres. L’Europe du XXème siècle a commis cette lourde faute qui fut à l’origine des carnages les plus sanglants de l’Histoire ; tout le monde, à quelques malades près, est parfaitement d’accord là-dessus. Mais cela ne nous semble pas une raison suffisante pour dénier toute valeur à la nation, ni surtout au principe même de l’identité qui nous semble, au contraire, le premier garant de la liberté de chacun. Aujourd’hui encore, chez nous, ce thème de l’identité fait l’objet d’instrumentalisations très peu reluisantes. Nous ne dénoncerons jamais assez les manipulations qui, honteusement inscrites dans notre constitution, imposent une identité flamande et néerlandophone à tous ceux qui habitent le Nord du pays (un territoire qui n’a aucun rapport historique avec celui de Flandre) et en écho, une identité « wallonne » au Sud mais qui, elle, purement inventée au XXème siècle, ne tracasse que de rares politiciens et ne motive, fort heureusement, que quelques groupes cultureux et folkloriques. La dernière allusion à ce sujet de l’actuel leader socialiste local a d’ailleurs, fort logiquement, fait un flop largement consensuel. Mais est-ce parce que l’identité des personnes et celle des nations ont été, depuis la révolution française, l’objet de manipulations aux conséquences plus ou moins monstrueuses, que, pour autant, il soit nécessaire de leur dénier toute vertu ? Ou même toute vérité ? Nous pensons que ce serait jeter le bébé avec l’eau du bain, alors que ce bébé s’appelle précisément « Liberté ». Le même malheureux XXème siècle n’a-t-il pas connu, avec les régimes communistes policiers, la négation autoritaire de toute identité personnelle ou collective autre que la « dictature du prolétariat » ? Et qu’a-t-on vu ? Ces régimes, uniformisant les masses, ont commis des crimes et des exactions encore plus nombreux et encore plus sanglants que les conflits mondiaux qui les avaient précédés. (Et nous ne sommes pas encore, hélas, malgré la mondialisation des échanges, arrivés au terme de ces exactions.) Observer ces deux formes d’excès, aussi dramatique l’une que l’autre, nous mène tout autant à cultiver les identités comme un bien très précieux, qu’à en dénoncer tout risque d’instrumentalisation au profit d’agendas inavouables. Une fois de plus ces observations confirment que la liberté est avant tout un équilibre. Ici il s’agit de l’équilibre délicat d’une identité propre, d’un sens de la nation qui ne verse jamais ni dans l’exclusion de l’autre, ni dans la négation des racines de chacun. Si une de nos raisons d’être, comme le symbolise le BEFFROI, est de veiller sur nos libertés, nous croyons indispensable de veiller par la même démarche au respect de l’identité de l’autre, comme à l’indispensable obligation d’assumer librement la nôtre. Ceci nous ramène immanquablement à la signification de la liberté qui ne demande en rien la négation de notre histoire et de notre culture. Notre destin ne doit pas être vu comme une entrave à éviter, mais bien comme un projet à mener. Bien sûr, on peut imaginer que le remorqueur est plus libre quand il n’est pas entravé par le paquebot qu’il pilote, que le cheval est plus libre quand il n’est pas harnaché ni attelé, mais pouvez-vous nous dire quel serait le sens de ces libertés-là ? L’oubli de leur identité rendrait vaine cette « libération » qui les priverait de leur raison d’être. « Si je veux, quand je veux » est une définition du caprice, pas de la liberté. Nous croyons que la liberté consiste à assumer son projet, même si on n’a pas toujours le choix, suivant les aléas de la vie, de décider de sa forme ni de son contenu. Nous croyons que le « Bonum commune » ne se construira qu’en assumant fièrement notre identité, individuelle et collective, tout en reconnaissant sereinement celle des autres. Quoi qu’en pense Monsieur Verhofstadt, l’Europe ne se construira pas sur l’oubli de son fond (et de son fonds !) chrétien et de ses diverses structures nationales, ce n’est qu’en les assumant en toute sérénité qu’elle trouvera les ressources indispensables à mener son projet et à tenir sa place dans le monde. Laisser un commentaire |
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