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Voir en ligne : http://blog.pickme.be/2009/12/28/in... La Libre pleure son passé. Je plaisante. C’est toujours un grand journal. Qui a eu l’idée un peu convenue mais peut-être excellente – on jugera sur pièces – de faire parler les grands anciens, ceux qui « ont été ministres» . Le premier, aujourd’hui, c’est Philippe Maystadt. Un grand, un vrai. Je l’ai suivi, comme journaliste, depuis ses débuts, à la fin des années 70. Et il y a toujours eu une certaine connivence entre nous. Peu après que j’ai quitté la presse, j’étais à l’ULB et j’avais écrit une tribune libre dans Le Vif. J’ai eu la surprise d’entendre son attaché de presse au téléphone. Léon Vivier. « Je te mets en communication avec Philippe» , m’a-t-il dit. Ah bon? Il voulait simplement parler un peu avec moi de mon article. Le genre de démarche que certains politiques cajoleurs entreprennent parfois avec des journalistes présumés influents. Mais je ne l’étais plus, si je l’ai jamais été. Non, il voulait me parler, c’est tout. Fin 2005, je l’avais invité à Lille, au salon européen de la biotechnologie. Je voulais organiser une rencontre entre lui et les acteurs belges et français du secteur. Il a déplacé son cours, à l’UCL, et il est venu. Quand je lui ai dit que je ne pouvais l’accueillir officiellement parce que je n’étais plus administrateur-délégué de BioVallée – Philippe Suinen, le patron de l’Awex, l’a fait à ma place -, il a trouvé ça dommage. « Parce que vous savez, Charles, moi, c’est pour vous que je suis venu» . Je ne vous raconte pas tout ça pour la ramener comme un papy nostalgique mais pour vous dire que j’ai pour Philippe Maystadt beaucoup de respect et, oui, de l’affection. Il y en a quelques-uns comme lui dans les hommes de pouvoir que j’ai fréquentés professionnellement, mais il y occupe une place spéciale. Bon. Cela pour dire que je ne suis pas du tout d’accord avec certaines des confidences qu’il a faites à Francis Van de Woestyne. Car si c’est évidemment à très juste titre qu’il dénonce l’hyper-médiatisation de la scène politique d’aujourd’hui – l’image a remplacé le message – et qu’il avoue qu’il ne pourrait pas jouer dans cette pièce, je crois qu’il se trompe fondamentalement en accusant le media – internet – d’être à l’origine de cette dérive. C’est un refrain bien connu. Je me souviens avoir appris dans ungrand classique de la littérature politico-journalistique que le vieux speaker de la Chambre des Représentants, aux Etats-Unis, avait tristement hoché la tête devant un reporter, après avoir assisté au débat télévisé final entre Kennedy et Nixon, en 1960. Avec la télé, la politique ne sera plus jamais comme avant, se lamentait-il. Kennedy n’avait pas gagné sur le fond, mais sur l’apparence: jeune et sympa, le teint hâlé, la chemise bleue ciel, devant un adversaire mal rasé, à qui l’on n’aurait certainement pas envie de confier son portefeuille, quoiqu’il puisse dire et faire. La faute à la télé? Non: à sa mauvaise utilisation. Internet, c’est la même chose. Avec un petit plus. Comme tous les gens un peu sensés, Maystadt est choqué par la popularité de Daerden et par son discours paternaliste: « Ne vous en faites pas pour vos pensions, papa est là» . Le patron de la Banque Européenne d’Investissement ajoute:
Et là, je lui dis: c’est faux. Ne se soumettent à la logique de l’immédiateté que ceux qui le veulent bien, qui s’y complaisent. Cela peut valoir une popularité rapide, mais une popularité à l’ancienne. Celle qui fait qu’on parle de vous, en mal ou en bien. Celle de l’ère des medias de masse. Je pense que cela ne fait encore gagner des voix aux imbéciles et aux démagogues intellectuellement malhonnêtes que parce que les gens sérieux ont toujours une guerre de retard. Ils n’ont pas encore appris à se servir intelligemment d’internet. Le premier qui y est arrivé, c’est Obama. On est d’accord ou pas avec sa politique, c’est autre chose. Mais on ne peut nier qu’après le premier président radiophonique ( Roosevelt et ses fireside chats) et le premier président télévisuel (Kennedy et son débat contre Nixon), Obama soit le premier président internet. Il y a bâti son image autant sinon plus qu’il y a diffusé son message? Sans doute. Mais on ne l’y a pas vu saoûl dans les bars d’Atlanta, il n’a peloté aucune bimbo dans les loges des Mets. Il a mis internet au service de sa campagne en utilisant tous les moyens qu’il propose: websites, blogs, Facebook, Twitter… Image building? Regardez une fois encore le discours de Nashua. Si ce n’est pas du contenu, je ne sais plus ce que c’est, le contenu. Treize minutes. Plus de trois millions de visiteurs sur YouTube. Et si j’avais été américain, les amis, je crois bien que ce discours aurait pu me convaincre de céder, lucidement, à l’obamania… A tout le mojns d’aller voir de plus près ce que disait ce candidat. Et dix-huit mois plus tôt, ce type était complètement inconnu, il n’était rien de plus qu’un sénateur anonyme de l’Illinois. Moi je dis que c’est possible en Belgique aussi. Il suffit de le vouloir et de s’y atteler. Mais d’abord, il faut apprendre comment il fonctionne, le nouveau media. Il est radicalement différent des anciens. On peut y réussir avec unbuzz, mais c’est éphémère et cela produit autant de mécontents que de supporters. Car il faut changer ses critères d’évaluation. Un media de masse traditionnel, c’est un produit que l’on vend avec les techniques du XXe siècle: la pub, l’audimat, les slogans. Internet, c’est le porte-à-porte « industrialisé» . Ça ne commence pas par le produit, mais par le « client» . On ne s’adresse plus au public « moyen» , concept absurde qui conduit à toutes les dérives putassières, mais à des groupes précis, à des individus, on rassemble des « communautés d’intérêt» . Et c’est là que, comme tant d’autres encore, vous faites un parfait contre-sens, cher Philippe. Internet n’abîme pas la noble activité politique. Il offre tous les moyens de la faire renaître de ses cendres encore fumantes. Lire aussi: cet excellent billet de Pamina dans Le Bien Commun. Laisser un commentaire |
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