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Je préférerai toujours la personne aux « gens » !

mardi 21 octobre 2008, par Pascal de Roubaix


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 S’il y a bien une expression typique de la politique actuelle, c’est celle qui parle « des gens », celle qui s’adresse « aux gens ».
Nos politiciens, surtout ceux qui s’autoproclament « humanistes » (ce qui doit être un peu vexant pour les autres qui le seraient donc moins !) ne parlent pas de vous ni de moi, ils ne parlent plus des habitants, ni surtout plus des citoyens, et encore moins des Belges, ces notions ringardes qui rappellent trop que certains sont d’ici et d’autres pas. Ils parlent « des gens ».



Les gens c’est bien plus confortable et bien plus facile que les personnes. C’est indifférencié, les gens. Ca n’a pas d’identité et ça permet donc de parler en leur nom sans risquer en retour la contestation de l’un ou la contradiction de l’autre. « Les gens » forment la masse opportunément imprécise des individus pris dans une globalité nécessaire et suffisante pour pouvoir gouverner en leurs noms, sans avoir de compte à rendre individuellement à aucun. Gouverner pour « les gens », c’est donc pratiquer une sorte de populisme soft en se donnant des airs de bon sens généreux. Je ne jurerais pas qu’ils l’aient faite exprès, mais la trouvaille est assez subtile.

En tout cas elle va directement à l’encontre de la prise en considération de chaque personne individuelle, comme devrait le faire tout régime qui se veut régime de liberté. Dès que « l’unité humaine » prise en considération par le politique n’est plus la personne individuelle, il me semble qu’on s’écarte d’un régime de liberté. Il y a deux mille ans, c’est la parabole de la brebis perdue qui fondait le personnalisme. Et ce personnalisme concerne bien évidemment toute l’humanité, même celle des non-croyants, car il est la base, incontournable à mon sens, d’une société de liberté responsable.

Or cet oubli de la personne et des valeurs qu’elle doit véhiculer, ne nous joue pas des tours qu’en politique. Comme je l’observais dans mes précédents billets, il est aussi à l’origine de la crise financière et de la récession que nous vivons à ce jour. Là où l’argent n’est plus un outil au service de l’homme, mais un but qui néglige ou écrase l’homme sur son passage, tôt ou tard, l’humanité paie la note. Aujourd’hui, nous sommes en train de recevoir l’addition que nous laisse l’oubli des vertus humaines dans les affaires.

 Je ne voudrais pas avoir l’air de me vanter (quoi que…) ou de chercher des effets publicitaires (quoi que…), mais cette dimension personnaliste qui exige de donner en toute chose la priorité à l’humain est aussi celle qui m’a poussé à inventer le métier que je fais aujourd’hui.

Depuis plus de vingt ans maintenant, (après mon brillant passage en politique !), je m’occupe de questions de recrutement, d’accompagnement et d’aide à la gestion de carrière.

Ici aussi, je crains que les choses n’aient fait qu’empirer dans une déshumanisation galopante. Le génie informatique est venu s’en mêler pour faire croire aux recruteurs que les diaboliques machines binaires allaient pouvoir mesurer pour eux la valeur de chacun. Jamais on n’a entendu autant de discours sur « la seule vraie richesse de l’entreprise » qui se résume, bien entendu, dans l’humanité de son personnel, et jamais les processus de recrutement uniformisés, parfaitement aveugles et froids, n’ont été aussi incontournables.

Ainsi ai-je réalisé que, tant que je restais à l’écoute de la demande des entreprises, je n’étais pas vraiment à l’écoute de ce que me disaient ceux que je recevais. Tant que j’étais payé par des entreprises qui me demandaient de remplir une case de leur organigramme, je n’étais pas dégagé, je ne pouvais pas me consacrer, l’esprit libre, aux besoins de celui qui venait me voir.

Par contre j’ai vérifié cent fois que, plus que de l’aide pour (re)trouver un travail, c’est de l’aide pour se (re)trouver eux-mêmes dont beaucoup ont besoin.

J’ai donc pris une décision assez radicale : je ne m’occupe plus de recrutement. J’ai laissé ce travail (qui reste très utile), aux plus jeunes et moins expérimentés qui font ça très bien, avec certainement plus d’enthousiasme que moi. Moi, par contre, je fais profiter de mon expérience ceux qui, le matin, se demandent devant leur glace pourquoi diable ils se sont levés, ou qui craignent soudain d’être en train de perdre leur âme.

Ces gens là sont nombreux et, faute d’interlocuteur compétent et professionnel, ils ne trouvent nulle part « à qui parler ».

Face à l’évolution qui veut coûte que coûte chiffrer l’humain, j’essaye donc d’humaniser les chiffres. Seul dans mon coin, dans la mesure de mes moyens, je n’aide pas des « gens », j’aide des individus à développer en eux la personne qu’ils sont. Je fais en quelque sorte du personnalisme brut à temps plein, et j’en suis heureux.



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