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Jean-Claude Trichet propose un saut fédéral pour sauver l’eurolundi 6 juin 2011, par Jean Quatremer Voir en ligne : http://bruxelles.blogs.liberation.f...
Tirant les leçons de la crise de la dette souveraine qui a montré qu’une monnaie unique ne pouvait pas survivre sans gouvernement économique, Trichet propose de modifier les traités en deux étapes.« À moyen terme », il propose qu’un pays en difficulté qui ne parvient pas à redresser ses comptes publics au risque de causer des dommages aux autres États membres de la zone euro, soit directement géré par les autorités européennes, à savoir le conseil des ministres des Finances. « Sur la base d’une proposition de la Commission et en liaison avec la BCE, (le conseil des ministres pourrait, et devrait), le cas échéant, prendre (lui-même) les décisions qui s’appliquent au niveau de l’économie concernée. Je pourrais imaginer que les autorités européennes aient le droit d’opposer leur veto à certaines décisions de politique économique nationale. Cette compétence pourrait en particulier concerner les principaux postes de dépense budgétaires et les facteurs déterminants pour la compétitivité du pays ». Pour Trichet, une telle mise sous tutelle se défend dans le cadre d’une monnaie partagée : « en effet, l’appartenance à l’Union européenne, et plus encore à l’UEM, implique l’exercice de la souveraineté à un niveau collégial. L’interdépendance signifie que les États ne jouissent pas, de facto, d’un contrôle total sur les conditions économiques nationales. Ils peuvent se trouver confrontés à des crises causées entièrement par les politiques économiques inadaptées menées par d’autres. Avec ce nouveau concept (…), nous redéfinirions en profondeur la gouvernance actuelle fondée sur la dialectique de la surveillance, des recommandations et des sanctions ». Car « le concept actuel veut que toutes les décisions continuent de relever de la compétence du pays concerné même si les recommandations ne sont pas appliquées et que cela engendre des problèmes majeurs dans d’autres pays membres ».
En fait, Jean-Claude Trichet reprend les idées que la France a défendues lors de la négociation du traité de Maastricht, en 1991. À cette époque, le négociateur français n’était d’ailleurs autre que Trichet Jean-Claude, directeur du Trésor… Dans un projet de traité rédigé par Bercy en janvier 1991, on peut ainsi lire que « le Conseil (des ministres) coordonne la politique économique des États membres ». Chaque pays serait tenu de se conformer aux orientations définies en commun sous peine de voir réduire ou suspendre les versements du budget communautaire, que ce soit, par exemple, au titre des aides régionales ou de la politique agricole commune. Surtout, au cas où un État ne respecterait pas les recommandations lui enjoignant de réduire son « déficit excessif », le Conseil pourrait décider de mesures contraignantes comme, par exemple,« l'inscription d'office dans le budget de l'État concerné »d'une « réduction des dépenses ou d'une augmentation des impôts ». Autrement dit, cette instance européenne aurait le pouvoir de réviser un budget national voté par un Parlement national.
Les évènements récents donnent pourtant raison à la France, vingt ans plus tard. En octobre 1990, François Mitterrand, prophétique, avait prévenu qu’une monnaie unique sans gouvernement européen ne survivrait pas longtemps. On y est. Le problème est que les gouvernements, notamment allemand, résistent à une telle communautarisation de la politique économique et budgétaire de peur d’être un jour contraints à leur tour… Comme l’a compris Jean-Claude Trichet, la zone euro ne peut plus rester ainsi au milieu du gué : l’intergouvernementalisme actuel condamne à terme la monnaie unique. Laisser un commentaire |
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