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Justification

mercredi 10 mars 2010, par Paul N. Goldschmidt

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Relisant récemment certaines de mes réflexions sur la crise financière depuis 2007, je me suis posé la question de savoir si les lecteurs ne s’étonnent parfois pas du caractère « utopique », « naïf » voir « irréaliste » de certaines propositions qui ne tiendraient pas suffisamment compte de la « réalité » politique.

 

Ce pourrait être le cas, par exemple, de la suggestion (très impopulaire) au plan national belge d’un rééquilibrage en profondeur de la fiscalité du travail et du capital avec l’introduction d’une taxation des plus values et d’une assimilation des revenus du capital à ceux du travail.

 

C’est aussi, au niveau de l’Union Européenne, l’appel à plus d’ambition dans la réforme du système financier, en plaidant pour un système de supervision/règlementation unique; c’est encore la suggestion d’accélérer l’extension de l’Union Economique et Monétaire à l’ensemble des Pays Membres ; c’est également de préconiser un  budget partiellement « fédéral » dans l’Eurozone, dans le cadre de l’intégration des politiques économiques et fiscales qui doivent faire le pendant à celle accomplie en matière de politique monétaire.

 

D’autres suggestions concernent la mise en place d’un système universel de « licences bancaires » visant, par des règles contraignantes d’échange d’informations, à combattre la fraude et la criminalité en contrepartie des garanties offertes par les pouvoirs publics sur les avoirs des déposants ; la mise en œuvre d’un système de compensation pour sécuriser les transactions « interbancaires » ou encore, une nouvelle approche du dossier sensible des rémunérations en distinguant la part qui constitue un « coût d’exploitation » (déductible) de celle qui s’assimile d’avantage à une « participation aux bénéfices » (non déductible).

 

Il est vrai qu’il est difficile, hors de période de crise, de mobiliser suffisamment de volonté politique sur ces sujets sensibles et de surmonter les pressions des lobbies qui défendent des intérêts partisans du secteur privé et public quand ce ne sont pas des intérêts purement électoraux.

 

Or, précisément, nous ne nous trouvons plus « en temps normal ». Tout le monde s’accorde sur le fait que la crise d’une amplitude exceptionnelle demande des changements profonds et qu’il est hors de question d’aspirer au « retour en arrière ». Comme l’écrit si bien Michel Serres dans son récent « Temps des crises » :

 

« Ou il s’agit vraiment d’une crise et il ne peut y avoir reprise car, équivalente à une répétition, celle-ci nous précipiterait, de nouveau, en cycle vers une situation critique au moins analogue……ou alors, inversement, le cours usuel peut reprendre et il ne s’agissait pas d’une crise ».

 

Cette situation demande un changement de paradigme et une réévaluation fondamentale de notre approche de la vie en société. L’accroissement des inégalités ne peut se poursuivre, tant dans l’intérêt bien compris de ceux qui en ont largement profité que dans celui des laissés pour compte qui en ont été les victimes. Cette obligation doit se traduire par une plus grande solidarité à tous les niveaux.

 

Au niveau européen tout d’abord, par la réalisation que seule une Union Européenne plus intégrée, c'est-à-dire – lâchons le mot – plus fédérale, peut faire face aux défis de la mondialisation irréversible de notre mode de vie, conditionnée par la transmission instantanée d’informations et la mobilité croissante des personnes, des biens et des services. Réduire les inégalités au sein de l’Union est nécessaire pour mieux défendre les intérêts de tous ses citoyens en parlant d’une seule voix dans le concert des nations. La crise grecque en donne un exemple emblématique : dès que l’Union  a exprimé sa solidarité, la spéculation de la finance internationale s’est calmée, du moins temporairement ; toute tergiversation la relancera. Cet exemple montre la nécessité d’accélérer le chantier d’intégration des politiques économiques et fiscales bien au-delà de ce qui eût pu être envisagé avant la crise.

 

C’est pourquoi ma proposition d’accélérer l’extension de l’UEM à tous les Pays Membres, même au prix d’un assouplissement considérable des conditions d’adhésion, loin d’être utopique, est urgente; elle offrirait à l’ensemble de l’Union des avantages considérables dans son positionnement sur l’échiquier international. L’UE aurait plus de flexibilité et de souveraineté en matière de politiques économiques, recouvrant un usage approprié d’une politique de change dont elle est aujourd’hui largement privée et qui la met en position d’infériorité structurelle. Cette souplesse sera d’autant plus nécessaire que,  comme l’a souligné Alexandre Lamfalussy au colloque des économistes de l’UCL, il faut concilier l’assainissement indispensable des finances publiques et les mesures de soutien à la relance.

 

Dans ce grand bouleversement sociétal, il est indispensable d’intégrer aux réformes économiques et financières, souvent très techniques et abscondes, les dimensions sociales et environnementales, faute de quoi, il sera impossible d’obtenir l’adhésion du citoyen. Ceux qui s’y opposent scient la branche encore prospère sur laquelle ils sont assis.

 

Les experts, qui ont cautionnés les réformes, ont dédouané par avance le manque d’ambition politique qui émerge des propositions soumises à la ratification du législateur. Ils devraient vérifier si leurs recommandations sont toujours à la hauteur des enjeux à l’aulne des développements récents. A défaut, l’apparente amélioration de la conjoncture favorisera un compromis au niveau du plus bas commun dénominateur annonciateur de crises futures. Le combat courageux que mène le Parlement Européen pour restaurer plus d’ambition aux réformes doit être encouragé.

 

La classe politique a l’immense responsabilité de résister à la tentation du repli identitaire et au protectionnisme qui marqueraient la fin de la prospérité et du rayonnement de l’Europe. Si par le passé la politique a été l’ « art du possible », elle devient dorénavant le gage du « nécessaire ». C’est pourquoi je persiste et signe.

 




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Les derniers commentaires

  • Justification

    par Pascal de Roubaix (IP:xxx.x6.3.122) - 10 mars 2010 12:14

    Utopique, irréaliste et naïf sont des adjectifs réservés à ceux qui osent exposer leur vision par tous ceux qui se trouvent très bien de la situation présente, fût-elle catastrophique pour le reste du monde. Il est rare que celui qui contrôle les octrois apprécie les idées de celui qui veut en faire sauter les verrous !
    Ceci dit, j’ajouterais en l’occurrence le mot "dangereux" car dans notre situation actuelle, les interventionnistes de tous bords sont tout heureux d’instrumentaliser un tel discours. Il justifie, selon eux, leur retour en force, et démontre les monstruosités qu’engendre le libre marché, à leurs yeux.
    Or la vérité est l’exact contraire de leurs critiques nostalgiques. La vérité est que les autorités politiques et financières américaines ont donné un label de qualité à des milliards de crédits que jamais une banque raisonnable n’aurait octroyés sans cette caution de poids. Ce faisant, elles ont tout simplement faussé le marché en y intervenant d’une manière qui restera, espérons-le, unique dans l’Histoire. C’est donc bien l’intervention catastrophique du politique dans le marché immobilier américain qui est à l’origine de toute la crise. La crise a eu lieu non à cause d’un marché "trop" libre mais à cause du court-circuit qu’y a provoqué le politique. C’est aussi la titrisation de ces créances viciées et leur revente dans le monde entier grâce au poids de cette même caution politique, qui forment l’origine principale de la mondialisation de la crise.



    Ceci dit, le danger est le lot de celui qui avance et savoir l’éviter le secret de celui qui entraînera la Société. smiley

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