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Deux ans plus tard, un autre instituteur nous faisait calligraphier dans la marge de nos cahiers les trois lettres « JMJ ». Jésus, Marie, Joseph. J’étais à l’école catholique. Un nouveau qui avait un autre accent que nous, Marc Bodenghien, s’est fait punir pour les avoir remplacées en rigolant par « MPW ». Mouvement populaire wallon. Le mouvement lancé après la grande grève de 60 par André Renard, le leader syndical que papa vouait au moins autant aux gémonies que Lumumba. Cela ne m’empêchait pas de bien m’entendre avec Bodenghien, le petit Wallon exilé à Bruxelles. A dix ans, je ne m’occupais pas encore de politique… Des intellectuels wallons un plus âgés que moi évoquent dans le numéro de novembre de laRevue Nouvelle le souvenir qu’ils ont gardé, eux, de cet hiver 60. Le dossier est titré: « Un trou de mémoire« . Eux aussi. Eux pourtant, ils étaient là… L’hiver 60, avec le recul, c’est le moment où se cristallise en Wallonie un vaste mouvement d’opinion en faveur du fédéralisme qui lui permettrait de prendre en main son destin trahi par les maîtres de l’économie « belge ». Depuis 1830, la Wallonie en avait été le moteur. Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, la Flandre avait commencé à s’y substituer. Quelques années encore, et le nombre de chômeurs wallons excèderait celui des Flamands sans travail. Les deux régions allaient se croiser sur la route de la prospérité comme les juillettistes et les aoûtiens sur celle des vacances. C’est bientôt le cinquantième anniversaire de l’hiver 60. Si l’on veut tenter comprendre quelque chose aux « événements de Belgique (qui) sont bien compliqués », comme le disait déjà Talleyrand en 1832, il est aussi important de comprendre ce qui s’est passé en 1960 en Wallonie que ce qui s’est passé en Flandre avec le mouvement flamand. On peut les voir comme des mouvements strictement antagonistes dont l’affrontement doit conduire, tôt ou tard, à la séparation; on peut aussi tenter de les voir l’un et l’autre comme des mouvements positifs d’émancipation se heurtant, avec leurs ombres et leurs lumières, à un ancien système qui se montre jusqu’ici incapable de se réformer pour les intégrer, je veux dire: de les fédérer. Je vous recommande donc sans réserve la lecture de ce numéro de La Revue Nouvelle, il me paraît être un point de départ intéressant pour une excursion dans les replis cachés de nos mémoires. Il y a aussi un colloque qui se tiendra sur ce thème, du 9 au 11 décembre à l’Université de Liège. Les derniers commentairesLaisser un commentaire |
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