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L’ennui est né de l’uniformité

lundi 29 juin 2009, par Charles Bricman


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DHLe SoirLa Libre Belgique

Ce matin, je suis entré dans la boutique d’Alexandre, comme d’habitude. Et ça m’a pris devant l’étal des quotidiens. Comme une nausée, un haut-le-coeur, à les voir tous là, sagement alignés dans leurs vêtements de deuil. Le Soir et La Libre annonçaient huit pages spéciales, la DH douze, Libé 20. Même Le Monde y consacrait ses pages 17 à 19. Et je me suis révolté. Comme un môme irascible et capricieux, j’ai décrété qu’aujourd’hui, je n’achèterais pas de quotidien, na! Marre de Jackson. Qu’il repose, le pépère, et me foute la paix.

Mais vous vous fichez pas mal de mes humeurs et vous avez raison. Aussi bien, ce n’est pas pour vous les faire partager que je vous les rapporte. C’est pour vous montrer quelle genre de raison on peut avoir, par un beau jour d’été, de NE PAS acheter le journal…

 

Un jour comme celui-là vous montre en fait comment la presse ancienne atteint ses limites, quand elle devient uniforme et courbe l’échine sous la dictature de l’audimat, quand elle joue les mass-media, sur la crête de la courbe de Gauss. Le sujet doit plaire au plus grand nombre, traitons le tous à l’unisson. A une des extrémités de la courbe sur le coup, moi, je n’ai plus rien à lire. Car pourquoi voudriez-vous que je paie tout un journal, dont les 8, 12 ou 20 premières pages n’ont aucun intérêt pour moi?

Sarcastique comme il peut l’être un samedi midi, quand la Loterie ou les AMP l’ont fait sortir de ses gonds qu’il a sensibles, Alexandre me rétorque:

- Parce que les jours « normaux» , tu les lis tout entiers, tes journaux?

Non. Il a raison, évidemment. Et c’est la question qui m’occupe et me préoccupe depuis longtemps pour mes amis journalistes: le journal comme on l’a connu n’est plus le moyen le plus efficient de collecter l’information dont on a besoin ou envie. Outre qu’on en jette souvent une bonne moitié sans la lire, il y a désormais des jours où on ne ressent aucun manque de n’en avoir acheté aucun.

Michael Jackson n’y est pour rien. C’est de l’éthologie élémentaire: la presse se comporte souvent comme ces bancs de poissons argentés ou ces nuées d’oiseaux migrateurs que frappe une quelconque alerte: sitôt qu’elle a été enregistrée en un point, toute la meute se déroute avec un ensemble parfait. Et vous, qui n’avez pas envie de la suivre dans ses élans populistes (ou people, sur le coup), vous vous trouvez tout seul, comme un con, sans journal, avec plus  rien qu’internet pour vous informer…

C’est ravageur vous savez, parce qu’en fin de journée, vous vous dites, comme moi maintenant, qu’au fond rien ne vous manque, et que vous avez par contre trois ou quatre euros en plus dans votre poche. Ce que doivent se dire tous ceux qui achètent moins souvent le journal.

Oh, j’en rachèterai bien un ou deux lundi, allez, on ne se défait pas comme ça d’une telle assuétude. Et les jours qui suivent aussi. Mais j’aimerais bien percevoir l’un ou l’autre signe qu’ils ont bien pris conscience du problème. Qu’ils comprennent que mes fils, eux, n’en lisent jamais et me paraissent pourtant raisonnablement informés de l’état du monde et de notre petit royaume. Ce ne sont que des constats, comme celui que j’essayais de dresser dans mon billet précédent, qui a fait se lever quelques sourcils chez d’anciens confrères. Je les comprends. Ce n’est pas drôle à entendre. Ce n’est pas comique à dire non plus. Mais le monde est en train de changer. Il faut changer avec lui, ou s’en aller avec tous les petits canards qui défaillent ici et là. Qui ne sont déjà plus là pour composer leur hommage à Michael Jackson.

Ce que j’essayais de dire, ce n’est rien d’autre que ceci, que j’ai retenu des quelques années que j’ai passées à mettre sur pied quelques nouvelles entreprises biotechnologiques: même si ce n’est pas un produit comme un autre, l’information journalistique n’en est pas moins un produit ou un service qui n’a de sens que s’il satisfait un besoin ressenti par ceux auxquels on la destine. Il faut donc la formater pour qu’elle constitue ce qu’on appelle une USP, ou unique selling proposition.

Internet rend-il encore plus bête?Et finalement, je crois bien que c’est ça qui m’a soulevé le coeur, ce matin: en voyant toutes les gazettes côte à côte, j’ai perçu qu’aucune d’entre elles n’avait quoi que ce soit d’unique qui puisse m’intéresser. Au contraire même: elles me proposaient toutes la même bouillie qui m’écoeurait déjà depuis 24 heures… Et finalement, je n’ai acheté qu’un magazine qui trônait un peu à l’écart sur le comptoir. Unnuméro spécial de Books: « Internet rend-il encore plus bête?»  Je vous laisse. Je m’en vais en entreprendre la lecture.



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