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L’euro, le dollar et les analystes yoyotent

mercredi 3 mars 2010, par Jean Quatremer


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Une chose fascinante est la capacité des analystes de marché – et des médias - de dire tout et son contraire et réciproquement dès qu’il s’agit de prédire l’évolution des monnaies entre elles dans un marché des changes flottant. Rappelez-vous, c’était en novembre dernier : l’euro valait 1,50 dollar et chacun de s’interroger : où s’arrêtera la chute du billet vert ? Certain n’hésitaient pas à prédire un euro à deux dollars pour la fin de 2010 et personne ne s’avisait à parier sur une remontée du billet vert. Une perspective vertigineuse et angoissante pour la reprise économique sur le vieux continent. Trois mois plus tard, l’euro ne vaut plus « que » 1,36 dollar (ce soir) et il a même touché le « seuil » de 1,34 dollar ces derniers jours. La question est désormais de savoir où s’arrêtera la « chute » de l’euro…

 

Selon le Wall Street Journal, une théorie de dirigeants de hedge funds (fonds spéculatifs) se serait même retrouvée en grand secret le 8 février pour partager leurs analyses sur l’évolution de la parité euro/dollar. Selon le journal américain, généralement très bien informé, ils auraient estimé que l’euro, piégé par la Grèce, tomberait « probablement » à parité avec le dollar. Un pari fascinant alors que les taux d’intérêt au sein de la zone euro restent supérieurs (1 %) à ceux des États-Unis (où la Réserve fédérale vient seulement de décider de couper en douceur le robinet à liquidités qui inonde le marché et a réaffirmé que ses taux resteraient proches de zéro pour une longue période) et alors que les fondamentaux Européens (notamment les déficits, la dette, le déficit commercial ou le déficit de la balance des paiements) restent bien meilleurs que ceux des États-Unis. Certes, la reprise semble plus vigoureuse outre-Atlantique, mais, pour l’instant, il semblerait que cela soit dû à un phénomène de restockage classique. En réalité, le pari que font ces hedge funds est que les marchés vont continuer à paniquer devant un risque largement fantasmatique d’éclatement de la zone euro et vont donc fuir la monnaie unique.

Un petit rappel historique semble en tous les cas nécessaire pour tous les apprentis analystes : le 15 juillet 2008, l’euro a atteint son record historique à plus de 1,60 dollar. Mais il retombait le 24 octobre 2008 à 1,25 dollar ! Avant de remonter à 1,40 fin décembre puis de retomber à 1,26 en mars 2009 puis de remonter à plus 1,51 fin novembre avant de retomber à 1,36 aujourd’hui… De véritables montagnes russes dont la logique ne peut qu’échapper au commun des mortels, mais aussi aux analystes qui, à chaque fois, se sont fait prendre par surprise et qui, à chaque fois, ont soigneusement omis de le reconnaître. Il est vrai que prévoir comment va réagir à court terme un marché des changes où s’échange chaque jour 4000 milliards de dollars est un tantinet difficile, il faut le reconnaitre.

Euros_dollar_469_300_1344bContinuons ce petit voyage dans le temps qui vous donnera un aperçu du passé à défaut de pouvoir prédire l’avenir. En janvier 1999, lors de son lancement, l’euro est côté 1,17 dollar. Mais ce qui n’est encore perçu que comme une monnaie virtuelle (la monnaie fiduciaire n’apparaitra qu’en janvier 2002) connaît sa première crise qui fait croire à certains que l’euro ne survivra pas longtemps. En octobre 2000, il ne vaut plus que 0,82 dollar. Tous les eurosceptiques se déchainent contre cette « monnaie de singe » souvent les mêmes qui aujourd’hui vouent aux gémonies l’euro fort… Il faudra attendre le 15 juillet 2002 pour que l’euro revienne à la parité avec le dollar et le 23 mai 2003 pour qu’il retrouve son cours de lancement.

En 2002, le cours moyen de l’euro a été de 0,94 dollar, de 1,13 en 2003, de 1,24 en 2003 et 2004, de 1,25 en 2006, de 1,37 en 2007, de 1,47 en 2008, de 1,39 en 2009. Si on retient ces temps longs et, surtout, les fondamentaux économiques, il faudra du temps pour que l’euro retombe à un dollar… Sauf, bien sûr, si la Grèce est éjectée de la zone euro, ce à quoi certaines banques d’affaires et fonds d’investissement américains s’emploient activement.


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