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La Commission Barroso II engluée dans son anglophonie

mardi 16 février 2010, par Jean Quatremer


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Voir en ligne : http://bruxelles.blogs.liberation.f...

Imaginons un instant ce qu’auraient dit et écrit les médias non francophones, britanniques surtout,  
si le tiers des porte-paroles de la Commission avaient été Français… L’inverse, en revanche, ne dérange personne : sur 31 porte-paroles (il reste encore trois postes à pourvoir), on compte 12 « English native speaker », pas moins (7 Britanniques, 4 Irlandais, ceux-ci n’étant aussi nombreux que parce que « English native speaker », et une franco-britannique). Et si la plupart d’entre eux parlent parfaitement français, certains d’entre eux l’articu
lent péniblement alors que le français est, avec l’anglais, la seconde langue de travail de la salle de presse.

 

Les Français, eux, n’ont eu droit qu’à trois postes, le même nombre que les Allemands. Viennent ensuite les Portugais et les Italiens (2 représentants chacun). La Belgique (ou plutôt la Flandre), le Danemark, l’Espagne, Malte, les Pays-Bas, l’Autriche, la Slovénie, la Finlande et la Roumanie ont chacun un représentant. Je n’ai pas testé le Maltais, mais il faut noter que ces porte-paroles parlent un français parfait.

512MHDKMFXL._SL500_AA240_Pia Ahrenkilde Hansen (Danemark), la porte-parole de la Commission, francophone et mariée à un Français, a limité les dégâts : au départ, les vingt-sept commissaires avaient proposé une liste comprenant…20 anglophones de naissance ! Même le commissaire roumain chargé de l’agriculture a choisi un porte-parole britannique, la Politique agricole commune étant sans doute une priorité de la Grande-Bretagne. Nul doute qu’avec ce choix, le Financial Times dont l’avis compte tant dans les couloirs du Berlaymont, le siège de la Commission, va se montrer plus tendre à l’égard de la PAC.

Cette anglophonie est assez hallucinante alors que les porte-paroles sont censés être l’interface entre la Commission et les opinions publiques, qui, aux dernières nouvelles, ne sont pas majoritairement anglophones et ne pensent pas comme des Anglo-saxons : on ne voit vraiment pas quel avantage retire un commissaire hongrois en nommant un porte-parole britannique plutôt qu’un Polonais parlant français et anglais. Je dirais même que cela est contre-productif : personnellement, cette éradication du fait français au profit des « native » me crispe infiniment plus qu’il ne me séduit… Et je me demande bien pourquoi il n’y a pas de porte-parole polonais, letton, lituanien, estonien, hongrois, slovaque, tchèque, bulgare et suédois. Et,, en pleine crise grecque, pas un porte-parole capable de parler la langue d'Homère pour expliquer aux Grecs l'étendue de la cure de rigueur qu'ils vont subir... Manifestement, dans l’esprit des Européens, le talent est manifestement « native ». Une victoire de plus pour les Britanniques.
 


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