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L’affaire est largement passée inaperçue et c’est dommage. Mardi dernier, la Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme de la bourse américaine, a publié, sur son site, un rapport qui établit ce que l’on soupçonnait depuis longtemps : les agences de notation, c’est du grand n’importe quoi et mieux vaut éviter de les croire si on ne veut pas y laisser des plumes.
Certes, seule l’agence Moody’s est directement épinglée pour ses malversations, mais le rapport tire des leçons générales sur l’absence de sérieux des procédures de notation et la faiblesse des contrôles internes. L’affaire est délicieuse et concerne un produit financier assez dément inventé par la banque néerlandaise ABN Amro qui n’a jamais été commercialisé aux États-Unis, les CPDO ou « constants proportion debt obligations ». Il s’agit d’un produit dérivé complexe bâti à partir d’autres produits dérivés, les fameux CDS ("Credit default swap") qui sont ces assurances contractées pour se prémunir contre le risque de défaut d’un État à qui l’on a prêté de l’argent. Ces CDS se sont eux-mêmes autonomisés (on les vend et achète indépendamment de la possession de toute dette). Ces CPDO étaient censés permettre aux investisseurs de parier à long terme sur le maintien à un niveau élevé de la notation de certains titres de dette. Vous suivez ? Non ? Ce n’est pas grave. Peu de gens sont capables de comprendre de quoi il s’agit. L’AFP cite ainsi une étude de la Réserve fédérale américaine qui qualifie les CPDO « d’exemples monstrueux des excès de l’ingénierie financière sur le marché du crédit ».
Moody’s et Standard and Poors, les deux principales de notation, attribuaient régulièrement aux CPDO la note d’excellence, « AAA », et jugeaient que les évènements qui se sont produits en 2007-2008 avaient une chance sur dix millions de survenir… Avec la crise, la valeur de ces dérivés s’est effondrée et ils ont depuis disparu de la circulation. Le rapport de la SEC révèle l’absence de sérieux avec laquelle les agences procédaient. Ainsi, en 2007, un analyste de Moody’s s’est aperçu qu’une erreur informatique avait « relevé de 1,5 à 3,5 crans le modèle utilisé pour déterminer les notes » des CPDO. « Néanmoins, peu de temps après, lors d’une réunion en Europe, un comité de notation de Moody’s s’est prononcé contre la proposition de corriger les notes, en partie à cause des conséquences négatives » qu’entrainerait une telle décision « sur la réputation de Moody’s ».
Imperturbables , les agences de notation continuent à mettre le feu aux marchés, après avoir encouragé l’euphorie financière. Ainsi, tout comme Moody’s en juillet, Standard & Poor's a abaissé le 24 juillet, et pour la troisième fois en un an, la note souveraine irlandaise d'un cran à AA- parce qu’elle s'attend à ce que le soutien aux institutions financières locales devienne de plus en plus coûteux. S&P estime que Dublin devra dépenser 90 milliards d'euros pour soutenir son système bancaire alors que l'agence évaluait auparavant ce coût à 80 milliards d'euros. Cette décision a immédiatement déclenché une panique sur le marché obligataire, les taux d’intérêt sur les titres des pays les plus endettés retrouvant leur niveau du printemps dernier…
La logique suivi par les agences est pour le moins étrange : en effet, quel serait le coût d’une absence de sauvetage des banques irlandaises ? Faut-il que Dublin leur retire tout soutien ? On imagine sans peine la panique qui en résulterait. C’est exactement le même raisonnement dément suivi par les agences à propos de l’endettement public: si les pays n’avaient rien fait, ils auraient été dégradés, car leur économie aurait été gravement fragilisée ; mais en creusant le déficit, ils ont été dégradés, car les investisseurs se sont inquiétés de leur capacité de remboursement ; et en adoptant des politiques de rigueur pour résorber ledit déficit, ils ont aussi dégradé, car cela risque de ralentir la croissance… Bref, impossible actuellement, d’éviter d’être dégradé. C’est ce qu’on appelle en psychanalyse des « ordres contradictoires ».
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