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La gauche européenne se mobilise pour l’euro… sans les socialistes allemands

mardi 19 juillet 2011, par Jean Quatremer


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Dix-huit mois après le début de la crise de la crise grecque, le constat est là : les dix-sept gouvernements de la zone euro ont été incapables non seulement de sortir la Grèce du marasme, mais d’éviter la contagion à d’autres pays. L’incompréhension de la gravité de la crise semble être totale en Allemagne, sans qui rien ne peut être fait, où le gouvernement d’Angela Merkel voulait, il y a quelques jours encore, attendre l’automne avant de décider d’un nouveau plan d’aide à la Grèce. Finalement, devant les risques d’une contagion à l’Italie, Berlin a dû se résoudre à ce qu’un Conseil européen des chefs d’État et de gouvernement de la zone euro soit convoqué dans l’urgence jeudi 21 juillet, à Bruxelles, en pleine fête nationale belge.

 

La gauche européenne, qu’on n’a guère entendue jusqu’à présent, se décide enfin à donner de la voix. Il faut dire que la gestion de la crise est un échec de la droite : sur 27 gouvernements au sein de l’Union, on ne compte que 5 gouvernements de gauche et, au sein de la zone euro, le rapport de force est un peu plus favorable, puisque les 5 gouvernements en question en sont tous membres (Espagne, Autriche, Slovénie, Grèce et Chypre). La Commission, fidèle reflet des États membres, est aussi dominée de la tête et des épaules par la droite, tout comme le Parlement européen issu des élections de juin 2009.

Pour la gauche, la zone euro a failli, car elle a toujours été à la remorque des marchés et a été incapable de proposer un plan d’ensemble, par manque d’une « vision claire », comme le souligne un appel publié dans Le Monde du 15 juillet et notamment signé par Jacques Delors, ancien président de la Commission européenne, Felipe Gonzalez, ancien premier ministre espagnol et Romano Prodi, ancien président du Conseil italien et ancien président de la Commission. Ces « pères » de la monnaie unique estiment que« l’euro doit survivre à cette crise et lui survivra. Il en sortira même renforcé : les instruments qui manquaient à ce projet sans précédent d’une zone monétaire sans États et sans budget ont déjà commencé à être élaborés. Des premiers pas ont été accomplis tout au long de la gestion de la crise : dans la douleur, certes, chaque obstacle a été franchi, et, à chaque fois, le projet commun des Européens a survécu ».

Samedi, treize leaders socialistes européens, dont la Française Martine Aubry (les idées de François Hollande sont ici), ont, presque en réponse à ce texte, demandé à ce que les États décident enfin « de mesures courageuses et résolues » afin qu’ils « affirment leur primauté sur les marchés financiers » : « si nous échouons une nouvelle fois à mater le marché, l’Europe risque de retomber dans la récession et de perdre sa souveraineté ».  Les dirigeants socialistes proposent ainsi outre la création d’euro-obligations (eurobonds), celle d’une « agence de stabilité pour le reprofilage de la dette des États de la zone euro » ce qui permettrait de prévenir la déstabilisation des pays trop endettés. Il s’agirait en fait de renégocier en amont et à plusieurs la restructuration des dettes.  Ils veulent aussi un « mécanisme véritablement efficace de la zone euro, avec des garanties conjointes, afin d’aider les pays attaqués par les spéculateurs et qui garantisse que les investisseurs privés prendront également à leur charge une part du coût ». Là, je dois dire que je ne comprends pas très bien la différence avec le futur Mécanisme européen de stabilité (MES).

RTR2OVFM_CompVoilà pour l’urgence. Afin de stabiliser durablement la zone euro, le parti socialiste européen réclame aussi « une stratégie européenne d’investissement afin de promouvoir une croissance équitable et la création d’emplois », « une taxe européenne sur la spéculation pour lever de nouveaux revenus sans pénaliser les citoyens ordinaires », une réforme financière qui « limite le pouvoir des agences de notation » et, enfin, la création d’une « agence de notation européenne » financée sur deniers publics.

L’appel initié par Jacques Delors va grosso modo dans le même sens. Il propose plus précisément que la zone euro et le FMI rachètent « une partie des dettes souveraines les plus décotées, pour les annuler », ce qui permettrait de « faire bénéficier le pays concerné de cette perte de valeur », une solution vers laquelle les Européens semblent se diriger. Les pères fondateurs de l’euro s’opposent aussi avec virulence à tout défaut grec, même s’ils sont favorables à une participation du secteur privé : « personne ne saurait aujourd’hui en maîtriser les conséquences. Et n’oublions jamais que ce sont les Grecs eux-mêmes qui en souffriraient les premiers ».

Cette mobilisation des socialistes européens est la bienvenue. Mais ces deux initiatives suscitent un malaise : mis à part Martin Schulz, le président du groupe socialiste au Parlement européen, aucun père fondateur allemand, aucun dirigeant socialiste allemand. Vous avez dit malaise ?



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